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La construction, cet autre pilier du Luxembourg
Économie 4 min. 08.03.2021 Cet article est archivé

La construction, cet autre pilier du Luxembourg

Avec quelque 48.000 salariés, le secteur de la construction représente un salarié sur dix au Luxembourg.

La construction, cet autre pilier du Luxembourg

Avec quelque 48.000 salariés, le secteur de la construction représente un salarié sur dix au Luxembourg.
Photo: Pierre Matgé/archive
Économie 4 min. 08.03.2021 Cet article est archivé

La construction, cet autre pilier du Luxembourg

Jean-Michel HENNEBERT
Jean-Michel HENNEBERT
Si le secteur emploie près de 48.000 salariés, représente un poids direct de 3,5 milliards d'euros et pèse 6% du PIB, il reste méconnu. Pourtant, en 2020, en pleine pandémie, ses entreprises ont créé 1.700 emplois, indique la Fondation Idea.

Si la question du logement reste encore et toujours la première préoccupation des résidents, le secteur chargé de faire sortir de terre des milliers de logements chaque année reste peu connu. Pourtant, la construction emploie près d'un salarié sur dix au Luxembourg - autant que la place financière - et pèse 6% du PIB, soit un peu plus que le Findel. Un déséquilibre qui sera au coeur d'une table ronde organisée ce lundi soir par l'Ordre des architectes et la Fondation Idea. 

Bien que le Luxembourg soit un pays où 70% de ses résidents sont propriétaires, le secteur de la construction et son rôle dans l'économie du pays demeurent peu connus. Pourquoi?

Muriel Bouchet, directeur de la Fondation Idea - «C'est une question à laquelle je n'ai pas de réponse précise. Ce que je peux en revanche dire, c'est que ce secteur représentait en 2019 une valeur ajoutée brute de 3,5 milliards d'euros et correspondait à 47.700 emplois directs, aussi bien indépendants que salariés. Ce qui correspond à un emploi sur dix (10,3%), dont 56% sont occupés par des frontaliers.

Vincent Hein, économiste - «Il faut aussi souligner que si le secteur représente 6% du PIB, c'était déjà le cas il y a 15 ans, mais dans ce laps de temps, le PIB a largement augmenté. Autrement dit, le nombre de création d'emplois est très important et répond réellement à une spécificité luxembourgeoise. Si ce succès est en partie lié à celui d'autres secteurs, comme celui de la Place, la construction est clairement un secteur qui compte.

La table ronde à laquelle vous participez porte sur les effets de la crise sur le secteur. Quel est-il, selon votre analyse?

Muriel Bouchet - «En comparant les chiffres 2019 et 2020, nous trouvons une baisse de 7% de l'activité, ce qui est à peu près dans la droite ligne de ce qui se passe en Europe. Mais en regardant plus finement, on observe que l'activité au troisième trimestre 2020 est plus élevée que le niveau enregistré fin 2019. Il y a bien évidemment un phénomène de rattrapage lié à l'effet mécanique du confinement, mais cela signifie qu'il n'y a pas eu trop de stigmates liées à l'arrêt complet des chantier au printemps 2020.

Vincent Hein - «Toute une série d'autres indicateurs nous permet de dire que le choc dans la construction a été concentré en un mois, mais que la reprise a été forte et rapide. Et surtout qu'au cours des trois premiers trimestres 2020, le secteur a créé à peu près 1.700 emplois. C'est donc l'un des rares secteurs du Luxembourg qui parvient à ce résultat au plus fort de la crise covid, même si, bien sûr, les entreprises ont eu recours au chômage partiel massif et parfois dû licencier. Donc globalement, aujourd'hui, la construction est un secteur dans le vert.

Cette bonne santé générale reflète donc la demande, très élevée en comparaison de la capacité à finaliser les chantiers, notamment ceux liés aux logements...

Vincent Hein - «Près d'un tiers des entreprises du secteur (32%) déclaraient en janvier dernier être limité dans leur production par les difficultés rencontrées dans leur recrutement, alors que le niveau des carnets de commande est jugé bon. Des commandes qui concernent bien évidemment les logements ou les immeubles de bureaux, mais aussi les infrastructures comme les écoles et lycées, les routes ou les lignes de chemin de fer. 

Face à cette forte demande, il est clair que ce secteur fait face à des difficultés notamment face à cette guerre des talents qui perdure, sans compter les défis futurs comme la nécessaire transformation environnementale qui va se traduire par le besoin de réduire les émissions de CO2 du secteur de 57% d'ici à l'horizon 2030.

Même si les prix de la construction ne sont pas totalement corrélés à ceux des logements, estimez-vous que la hausse de plus de 10% observée depuis plusieurs années peut encore durer longtemps?

Muriel Bouchet - «Plusieurs scénarios existent, dont l'un envisage un million d'habitants au Luxembourg en 2050 et donc 760.000 résidents en 2030. Dans ce cas de figure, la demande potentielle de logements liée surtout à l'immigration nette, augmenterait de 25% par rapport au niveau actuel. On imagine tout de suite la conséquence de cette situation sur les prix si l'offre ne parvient pas à suivre. Les derniers chiffres du Statec, les prix des appartements anciens augmentent de 17,5%, ce qui est une tendance qui n'est pas soutenable en tant que telle, car déconnectés des fondamentaux de l'économie.

Vincent Hein - «Il ne faut pas oublier non plus que le Luxembourg possède un taux de propriétaires très élevé, notamment chez les ménages résidents de nationalité luxembourgeoise et que cette hausse correspond à une hausse de leurs actifs nets. La maxime 'le logement a fait quelques très grosses fortunes et beaucoup de petites fortunes' reste vraie. Mais effectivement, en tant qu'économistes, nous ne voyons pas comment cela peut perdurer, notamment en raison des nombreux déséquilibres que cela génère. C'est donc une question éminemment politique.»

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