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La Chambre de commerce prévoit une année maussade
Économie 3 min. 11.12.2019 Cet article est archivé

La Chambre de commerce prévoit une année maussade

Carlo Thelen, de la Chambre de commerce, réitère sa demande de baisse des coûts du travail et de la fiscalité pour les entreprises

La Chambre de commerce prévoit une année maussade

Carlo Thelen, de la Chambre de commerce, réitère sa demande de baisse des coûts du travail et de la fiscalité pour les entreprises
Photo : Guy Wolff
Économie 3 min. 11.12.2019 Cet article est archivé

La Chambre de commerce prévoit une année maussade

Patrick JACQUEMOT
Patrick JACQUEMOT
Si commerces et industries luxembourgeoises ne s'attendent pas à une année 2020 favorable, les services hors finances sont nettement plus optimistes pour les mois à venir.

Le ciel était à l'unisson de l'humeur des représentants de la Chambre de commerce, ce mercredi: tout gris. En effet, à l'heure de sa conférence de conjoncture, l'organisme n'a guère parlé d'embellies pour les affaires de ses membres en 2020. Et Carlo Thelen, son directeur général de lancer le premier éclair : «La compétitivité et l'attractivité du Luxembourg peinent à s'améliorer, alors que les coûts des entreprises augmentent sous l'effet de la congestion des facteurs de production, d'une productivité stagnante, d'une surréglementation et de procédures administratives qui peinent à s'alléger». 

Les raisons de ce pessimisme affiché, Carlo Thelen en trouve partout autour de lui. Le manque de main-d'œuvre qualifiée, le coût du travail, le conflit commercial Chine-USA, les toussotements de l'économie en Allemagne (premier partenaire commercial du Grand-Duché) ou le Brexit: voilà les nuages qui inquiètent aussi l'activité nationale «dans une économie aussi ouverte sur l'extérieur».


Incertaines à court terme, les entreprises sont nettement plus confiantes pour l'avenir plus lointain.
L'incertitude gagne les entreprises
Dans son 2e Baromètre de l'économie, la Chambre de commerce a pu constater combien l'attentisme semblait gagner les entrepreneurs luxembourgeois. Près de 10% tablent d'ailleurs sur un ralentissement d'activité dans les six prochains mois.

Même le président de la Chambre, Luc Frieden, y est allé de son couplet attristé en évoquant «l'urgence d'agir pour une meilleure compétitivité». Un SOS passant par un allègement des conditions fiscales pesant sur les sociétés.

A défaut de grand soleil, quelques rayons positifs pourraient venir réchauffer les ardeurs en 2020. Le PIB du Luxembourg devrait ainsi connaître une croissance de 2,6%. Soit bien plus que ses voisins allemands (1%), français (1,3%) ou belges (1%). Les rangs des salariés devraient grossir de 3,4%, le taux de chômage stagner à 5,3% et la dette publique baisser à 19,2% du PIB.

Une administration moins tatillonne

Tiens, l'économie luxembourgeoise pourrait même apercevoir un arc-en-ciel lui redonnant le moral. Mais pour cela, selon le chef économiste de la Chambre, sept chantiers sont à mener. En premier lieu, Marc Wagener compte beaucoup sur un cinquième plan PME. Pour les 32.000 petites et moyennes entreprises du pays, il est temps selon lui de revoir les règles encadrant aussi bien la digitalisation que l'implantation sur les zones d'activités ou les lourdeurs administratives.

Sur ce point, 41% des adhérents à la Chambre de commerce estiment que les procédures et formalités se sont complexifiées en 2019.


Carlo Thelen, président de la Chambre de commerce, appelle de ses vœux une croissance «qualitative» basée sur l'innovation.
La Chambre de commerce veut des dépenses prudentes
L'organisation patronale a appelé le gouvernement à rester sur ses gardes dans sa réaction au projet de budget 2020, jeudi. En épargnant davantage et en boostant notamment la digitalisation et le fonds souverain intergénérationnel.

Pour le spécialiste, le ciel s'éclaircirait si la législation sur les faillites était revue. Si au premier semestre 2019, le pays a vu 628 entreprises fermer, nombre d'entre elles étaient de petites structures. Aussi, la Chambre de commerce invite-t-elle le législateur à se pencher sur un texte spécifique pour ces PME TPE pour faciliter leurs démarches ultimes. 

Mais dans les orientations attendues toujours autour des faillites, Carlo Thelen et les siens verraient bien la Chambre et le gouvernement œuvrer aussi pour la mise en place d'une loi sur la «deuxième chance». A charge pour ministres et députés de trouver les bons leviers permettant à un entrepreneur et ses salariés de remettre en marche leur outil de production après un trou d'activité. Le projet de loi sur les faillites datant de 2013, il serait temps d'activer la réforme dans le contexte actuel.

Parmi les 7 chantiers évoqués ce mercredi, il faut également retenir l'indispensable besoin d'aide au renouvellement des personnels. Pour 69% des adhérents à la Chambre, le manque de main-d'œuvre qualifiée constituant le principal défi du développement économique des entreprises en 2020. Bien trop souvent les recruteurs peinent à embaucher en raison de l'absence de certains profils absents dans le paysage professionnel luxembourgeois ou de la Grande Région.

Par ailleurs, l'embauche au Grand-Duché se voit aussi compliquée par des facteurs indépendants de la bonne volonté des chefs d'entreprise comme des problèmes de maîtrise des langues (LU, FR, DE ou/et EN), mais aussi un coût de la vie trop élevé qui n'attire pas certains expatriés (coût du logement notamment) ou alors la difficulté à relocaliser sa famille. Autant de points pour lesquels la balle est bien dans le camp du gouvernement. Qui, c'est bien connu, fait la pluie et le beau temps.


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