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La bière artisanale a de plus en plus d'adeptes
Dans son magasin de Clausen, Damien Lesprit peut mettre la bière sous pression

La bière artisanale a de plus en plus d'adeptes

Guy Jallay
Dans son magasin de Clausen, Damien Lesprit peut mettre la bière sous pression
Économie 1 3 min. 11.02.2018

La bière artisanale a de plus en plus d'adeptes

Thierry LABRO
Thierry LABRO
«All people want beer» à Wiltz, le bar Craft-corner à Bonnevoie, brasseries gipsys et concept-store Artisan'ale à Clausen: le business de la bière artisanale continue à se développer. Des bières qui surfent sur l'envie de qualité et le retour aux sources.

par Thierry Labro

Son concept-store est une ancienne pâtisserie, montée de Clausen, haut lieu de la bière luxembourgeoise. L'odeur de chocolat et les sacs de farine ont disparu. 

Le carrelage blanc s'efface derrière des étagères métalliques remplies de 150 des premières 300 références de bières artisanales que Damien Lesprit veut commercialiser. 

Les bouteilles ont des formes différentes, des noms amusants, les étiquettes sont des objets d'art. 

Face à la toute-puissance des grands brasseurs et des grandes maisons, les brasseries artisanales ont bien l'intention de profiter de la tendance. 

Plus de houblon, plus de fermentation 

«Les gens ont envie d'avoir le choix, de découvrir de nouveaux goûts. Peut-être de boire moins, mais mieux», assure ce sommelier de la bière, installé depuis 1999 au Luxembourg. 

Après avoir occupé à peu près tous les postes dans la restauration, ce jeune quadragénaire originaire de Champagne décide de donner une vitrine à ces bières, qu'il va non seulement chercher auprès des sept ou huit brasseurs «alternatifs» luxembourgeois, mais aussi en France, en Suisse, en Suède, aux Etats-Unis, au Canada ou en Pologne. La «Revolution» de la Stuff Brauerei à Steinsel et la «Satellite» de la Grand Brewing Company (qui produit à Clausen ou dans le Nord) côtoient des produits qu'il choisit soigneusement. 

«Parfois, je les goûte plusieurs fois avant de me décider», glisse ce «beer geek» dans un clin d'oeil. «Les grands groupes ont bien compris le mouvement et essaient de le rattraper», explique-t-il. «Mais ce n'est pas sûr qu'ils y parviennent directement. Leur objectif est de toucher un marché très large, avec des prix bas, par les réseaux de commercialisation comme la grande distribution ou les bars. 

Les micro-brasseries ont une autre philosophie: elles sélectionnent soigneusement leurs produits, surtout le houblon, en mettant probablement des quantités plus grandes et leur temps de fermentation peut atteindre plus de deux semaines contre deux jours pour les autres. Ce n'est pas jouable pour les industriels.» 

Le patron d'Artisan'Ale devrait dire des industriels modernes parce que la célèbre India Pale Ale est devenue une légende en s'imposant auprès des officiers britanniques dans les Indes au XIXe siècle. 

Qualité pression, click 'n' collect et dégustations de groupe 

Son credo est plutôt de défendre ces «nouvelles» saveurs. «Pourquoi les restaurants étoilés devraient toujours proposer de grands vins? Pourquoi la bière serait-elle condamnée au triptyque bière-pizza-football? Il y a ici une gamme plus large que celle des vins, avec des produits qui ont une belle acidité, qui sont fruités ou noirs, qui offrent un accord parfait avec du fromage, avec une vinaigrette et tellement d'autres choses.» 

De plus en plus de bières artisanales arrivent sur le marché.
De plus en plus de bières artisanales arrivent sur le marché.
Guy Jallay

Premier ambassadeur de ses produits, il commence à réunir des groupes pour des dégustations. «De trois à dix bières, cela dépend de ce que veulent les clients, pour 18 à 30 euros par personne avec les amuse-bouche. J'essaie de faire un peu de pédagogie, mais pas de les saouler. Les deux premières sessions ont été un succès», explique ce passionné qui termine son site internet. 

Son magasin n'est pas un magasin comme les autres, assure-t-il. Il a donc acheté une machine qui permet de retirer l'oxygène de la bière pour la mettre en bouteille et avoir, à domicile, une bière pression. 

Trois variétés de ces bières valent de 9,50 à 13 euros le litre. «Elles peuvent se garder jusqu'à deux semaines fermées», dit-il. Enfin, devant la boutique, des «zébras» devraient lui permettre d'organiser un «click and collect», commander sur internet et venir récupérer ses achats. Car les goûts des amateurs de bière ont changé bien au-delà de la bière elle-même, assure-t-il.