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L'or noir broie du noir
Économie 6 min. 22.11.2018 Cet article est archivé

L'or noir broie du noir

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AFP
Économie 6 min. 22.11.2018 Cet article est archivé

L'or noir broie du noir

Les cours du baril de pétrole dégringolent. Frappés par une offre trop abondante, les prix ont touché un plus bas de 13 mois, à 62,5 dollars, en chute libre, après avoir atteint un plus haut de quatre ans, le 3 octobre, à 86 dollars.

Par Daniel Pechon

Si, visiblement, les automobilistes l’ont encore peu remarqué, les cours du pétrole se sont effondrés de près de 30 % depuis le 3 octobre. Et paradoxe, les gilets jaunes en France et en Belgique bloquent péages, bretelles d’autoroute et raffineries afin de protester, entre autres, contre la hausse du prix de l’essence.


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Une chute spectaculaire du prix du baril que tente d’enrayer l’Arabie saoudite, espérant entraîner dans son sillage les pays de l’OPEP, ainsi que la Russie. Pas de répit. Car les efforts de l'OPEP et de ses partenaires restent vains pour l'instant, alors qu'il y a six semaines, les traders parlaient plus, presque d'une même voix, d'un baril qui se dirigeait vers 100 dollars...

Au départ, cet été, les sanctions américaines contre l’Iran qui menaçaient de faire baisser l’offre mondiale, ont fourni la substance à la hausse des cours. Estimant que la perte d'un million de barils iraniens allait durement pénaliser un marché pétrolier déjà tendu, bon nombre de traders avaient accompagné le mouvement avec des paris à la hausse pour viser les 100 dollars.

Tout allait bien jusqu'au 3 octobre, avec un prix qui touchait les 86 dollars, un plus haut de quatre ans. Le phénomène inverse s'est ensuite produit. Ces sanctions redoutées se sont avérées moins sévères que prévu avec la décision de Washington d’accorder des exemptions à huit importateurs de pétrole iranien.

Les spéculateurs, eux, ont pris une porte de saloon, avec des prix en chute libre. Alors que pour anticiper la baisse de l'offre iranienne, l’Arabie saoudite, la Russie, le Koweït et l’Irak avaient eu le réflexe facile d'augmenter leur production de brut, et les Etats-Unis celle de pétrole de schiste, accélérant la baisse.

Tandis que la production libyenne a grimpé en flèche au cours de la seconde moitié de l’année pour atteindre son plus haut niveau en plus de cinq ans, à 1,28 million de barils par jour en novembre, soit plus du double de sa production de 500.000 barils par jour en juin.

Record dans la consommation

Les pays pétroliers avaient tous augmenté leur production en même temps, arrosant un marché aveuglé par l'impact des sanctions.


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La récente diminution des prix de pétrole est aussi le résultat d’une demande moins forte qu'estimée en Chine, le plus grand importateur, qui connaît un ralentissement de sa croissance. Mais aussi, en général, des premiers doutes sur la croissance mondiale.

Mais, malgré cela, au niveau global, l’appétit pour l’or noir est resté fort. Ainsi, en septembre, pour la première fois, le monde a consommé plus de 100 millions de barils par jour.

Pour stopper la persistance de baisse du cours du prix du pétrole début novembre (douze séances consécutives de baisse, un record), l'Arabie saoudite a annoncé réduire sa production dans un premier mouvement de 500.000 barils dès décembre, stoppant momentanément la chute. Mais les prévisions du cours du pétrole deviennent de plus en plus mission impossible.

Trump Tweet

Car les investisseurs ont à peine eu le temps de digérer les annonces de l'Arabie saoudite que le président des Etats-Unis Donald Trump a relancé la chute des cours. Le locataire de la Maison-Blanche a immédiatement fait savoir qu'il n'était pas du tout du même avis. « J'espère que l'Arabie saoudite et l'OPEP ne baisseront pas leur production. Les prix du brut doivent être bien inférieurs si l'on se base sur l'offre», a-t-il écrit sur Twitter.

Dans la foulée, les cours ont repris leur décrochage. La chute s'est accélérée dès le 13 novembre. Et rien que ce mardi, le brut américain a perdu jusqu'à 7,14 % à 52,50 dollars. Tandis que le Brent de la mer du Nord s'est arrêté à 62,5 dollars.

Pour les prochaines semaines, la position de la Russie, regardée de près par les investisseurs, reste ambiguë. L'économie russe peine à redémarrer solidement et les revenus des hydrocarbures fournissent la moitié des revenus de l'Etat.

Bob Minter d'Aberdeen Standard Investments  a son avis sur le prix du baril: «Un pipeline américain qui a été achevé trois mois avant la date prévue, augmentant l'approvisionnement de 390.000 barils par jour plutôt que prévu, a aussi favorisé la baisse. La demande des marchés émergents a probablement subi une pression, en raison de la dépréciation de leur devise, qui a fait monter le prix du brut sur le marché local. Dans nos projections, nous estimons que le Brent restera dans une fourchette de 60 à 70 dollars le premier trimestre 2019.»


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Marco Scherer, Portfolio Manager for European Equities et contact officiel pour le secteur de l'énergie de DWS, a expliqué: «L'accélération de la chute semble avoir coïncidé avec le tweet du président Trump qui réagissait à la décision informelle de l’Arabie saoudite de réduire d'un million de barils de production par jour. Des vendeurs sont entrés sur le marché et ont accéléré davantage le processus de baisse. Alors que la Russie et les pays de l'OPEP ont augmenté leur production d'environ deux millions de barils par jour.

La demande commerciale pour 2019 et 2020 est incertaine avec l'issue imprévisible de la guerre commerciale. Mais de nombreux économistes prédisent déjà un ralentissement des taux de croissance du PIB mondial. Par réflexe et par précaution, des stocks importants ont été constitués; en anticipation des sanctions américaines destinées à l'Iran.»

Mais le gérant de DWS semble indiquer que le marché est dans un excès baissier. «Sur le plan physique, les raffineries sortent maintenant de la saison de maintenance aux Etats-Unis. Nous devrions commencer à constater des baisses des stocks de brut. La demande aux Etats-Unis reste robuste et je ne serais pas étonné que la demande mondiale soit relevée par l'IEA. Les acheteurs ont été écœurés et nous observons déjà un accroissement de positions vendeuses dans le marché. Point de vue actions, mieux vaut se réfugier sur des grandes valeurs pétrolières, diversifiées dans leurs activités.»

Vincent Juvyns, stratégiste chez JPMorgan AM, est positif sur le secteur pétrolier à court terme. «Le rebond de ces derniers mois – même effacé récemment – a permis de fournir des revenus aux sociétés pétrolières. A moyen et long terme nous adoptons une vue plus négative. Le Brent devrait avoir un prix moyen de 65 dollars en 2019 et 2020, 60 dollars en 2021, selon nos prévisions», explique le stratégiste.

Cadeau de Saint-Nicolas

La chute du pétrole a fait fuir des capitaux du high yield US (composé de nombreuses sociétés pétrolières américaines). Ces sorties de capitaux ont été aimantées par les valeurs refuges, comme le T bonds US ou le Bund allemand. Le Bund allemand dix ans est retombé à un rendement de 0,37 % ce mercredi.

Cadeau de Thanksgiving ou peut-être de Saint-Nicolas, le prix du gallon d'essence (3,7874 litres) affichait un prix de 2,61 dollars aux Etats-Unis contre 2,86 dollars, il y a moins de deux mois.

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