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L'industrie est-elle menacée de délocalisation ?
Économie 7 min. 31.10.2022
Explosion des coûts

L'industrie est-elle menacée de délocalisation ?

DuPont de Nemours produit au Luxembourg depuis le début des années 1960. Les coûts élevés de l'énergie menacent la compétitivité de nombreuses entreprises industrielles en Europe.
Explosion des coûts

L'industrie est-elle menacée de délocalisation ?

DuPont de Nemours produit au Luxembourg depuis le début des années 1960. Les coûts élevés de l'énergie menacent la compétitivité de nombreuses entreprises industrielles en Europe.
Photo: Guy Jallay
Économie 7 min. 31.10.2022
Explosion des coûts

L'industrie est-elle menacée de délocalisation ?

Marco MENG
Marco MENG
Les prix élevés de l'énergie en Europe font qu'il est de plus en plus coûteux pour les entreprises de produire sur le Vieux Continent.

Dans une récente prévision sur l'évolution des coûts de l'énergie, la Banque mondiale a évoqué le fait que les prix élevés, notamment en Europe, pourraient entraîner un «changement de modèle industriel». La question est la suivante : la production quittera-t-elle l'Europe parce que c'est tout simplement trop cher ici ? Le «modèle industriel» de l'avenir consistera-t-il à n'importer que d'ailleurs et à ne plus rien produire soi-même ?


Virgule , Wirtschaftsminister Franz Fayot Foto: Anouk Antony/Luxemburger Wort
«Certaines entreprises feront peut-être faillite»
Dans une interview accordée à Virgule.lu, le ministre de l'Economie passe en revue la situation économique actuelle du pays et ses dossiers en cours.

Depuis la crise de l'acier dans les années 1980, l'industrie luxembourgeoise se contracte. Le secteur financier est devenu le moteur de l'économie. Dans l'ensemble de la zone euro, la part de l'industrie (hors construction) dans la performance économique est passée de près de 20 % à 16,4 % entre 1995 et 2021. Au Luxembourg, celle-ci chute de 13,2 % à seulement 5,3 %. Selon Eurostat, l'industrie génère ainsi moins de revenus que le transport/logistique/communication (11,8% en 2020) ou le commerce/restauration/hôtels avec 9,7% en 2020.

A cela s'ajoute le fait que les prix élevés de l'énergie rendent de plus en plus difficile la viabilité économique en Europe, c'est en tout cas la mise en garde des associations comme celle des entreprises de production d'acier Eurofer. Dans une prise de position mercredi dernier, Eurofer a évoqué «l'explosion des prix de l'énergie, qui entraîne des coûts de production insupportables». Axel Eggert, directeur général d'Eurofer, précise : «Ce qui est encore plus inquiétant dans ce contexte, c'est le niveau toujours élevé des importations d'acier dans l'UE, qui fausse la concurrence. Nous risquons d'aller vers une destruction importante de la capacité industrielle en Europe si des mesures commerciales d'urgence ne sont pas prises pour tenir compte de la situation précaire de certains secteurs critiques en Europe.»

Des sites de production à l'arrêt

En fait, ArcelorMittal a arrêté des installations de production en France, en Pologne, en Espagne et en Allemagne en raison des prix élevés de l'électricité, et la production est également réduite au Luxembourg au moment où l'électricité est particulièrement chère. «L'augmentation exorbitante des prix de l'énergie nuit gravement à la compétitivité de la production d'acier», expliquait le groupe sidérurgique en septembre. Le producteur luxembourgeois d'acier inoxydable Aperam a également arrêté une installation en Belgique, dans laquelle sont normalement fondues des ferrailles d'acier inoxydable, parce que la fusion est actuellement trop chère.

Dans de nombreux pays membres de l'UE, les prix élevés de l'énergie font trébucher les aciéries et les usines d'aluminium, l'industrie chimique et les fabricants d'engrais. Le cimentier luxembourgeois Cimalux croule sous les prix élevés de l'énergie, qui entraînent cette année la première perte de l'histoire de l'entreprise. Le concurrent allemand Heidelberg Materials devra fermer des usines si les prix ne baissent pas, selon le président du groupe. Il s'attend à des coûts supplémentaires de plusieurs milliards d'euros pour 2023.

Les fabricants européens doublement sous pression

DuPont de Nemours Luxembourg, l'une des plus grandes entreprises industrielles au Luxembourg avec plus d'un millier de collaborateurs, explique : «DuPont suit de très près la situation énergétique actuelle en Europe et en particulier au Luxembourg. DuPont dispose d'un réseau mondial de sites de production qui restent pleinement opérationnels et ne sont pas directement touchés par une pénurie d'énergie».

Cependant, chaque site européen et chaque pays dans lequel l'entreprise est implantée étudie des plans d'urgence qui seront activés sur place en cas de besoin. «Le site de Contern s'est lui aussi préparé à l'utilisation de sources d'énergie alternatives, afin que la production puisse se poursuivre et que nos clients puissent être livrés», a déclaré l'entreprise lorsqu'on l'a interrogée. On examinera «tous les changements de politique à venir et leur impact sur nos activités.» En effet, outre les coûts élevés de l'énergie, les entreprises européennes sont aussi soumises à la pression de réorganiser leurs processus de production de manière moins polluante et avec le moins d'émissions possible.

Des solutions à long terme nécessaires

En ce qui concerne les coûts énergétiques, les entreprises à forte consommation d'énergie placent désormais leurs espoirs dans un éventuel prix européen de l'électricité industrielle. La Commission européenne s'est déjà prononcée pour que le prix du gaz naturel ne soit pas déterminant pour la composition du prix de l'électricité. «Ces mesures doivent être envisagées en priorité afin d'obtenir une amélioration de la situation le plus rapidement possible», déclare ArcelorMittal.


06.10.2022 Bäckerei Jean-Marie Hoffmann , Wormeldange , Bäcker Produktion ,  , Foto: Marc Wilwert / Luxemburger Wort
Comment artisans et entreprises font-ils face à la crise?
Les coûts de l'électricité, du gaz et des produits pétroliers ont fortement augmenté au cours des derniers mois - les entreprises luxembourgeoises sont également fortement touchées.

Le fait que la situation se soit quelque peu détendue sur le marché du gaz récemment, compte tenu des réservoirs pleins et des températures douces, est au moins un signe d'espoir. Des solutions à long terme sont toutefois nécessaires. Face à cette spirale prix-salaires qui s'est accélérée à partir de l'automne 2021, la Fédération de l'industrie luxembourgeoise (Fedil) met également en garde contre les effets néfastes d'un taux d'inflation très élevé sur l'activité de l'industrie et des entreprises. Elle n'est pas entièrement satisfaite du résultat de la tripartite de mars, car il aurait fallu aller plus loin dans la recherche «de solutions durables».

Aides publiques aux entreprises

Si des entreprises comme DuPont ou ArcelorMittal, qui ont des sites de production dans le monde entier, ne produisent plus que là où les prix de l'énergie sont bas, l'économie européenne s'en trouverait significativement affaiblie. Des prix de l'énergie compétitifs en général, et de l'électricité en particulier, sont décisifs pour l'avenir de l'Europe en tant que site économique - d'autant plus que les besoins en électricité augmenteront à l'avenir en raison de la mobilité électrique

Le cauchemar des entreprises industrielles locales est que, compte tenu des prix élevés de l'énergie en Europe, les importations en provenance d'Extrême-Orient soient moins chères que les marchandises fabriquées en Europe, même avec des droits de douane européens de protection supplémentaires.


Le Luxembourg se dirige tout droit vers la récession
Entre des bonnes et des mauvaises nouvelles, le Statec prévoit également une nouvelle tranche d'indexation pour le premier trimestre 2023.

Interrogé à ce sujet, le ministère de l'Économie explique : «Depuis de nombreuses années, le Luxembourg fait partie des États membres de l'UE qui demandent une approche plus stratégique et coordonnée pour moderniser et diversifier la structure industrielle européenne.» Il s'agit de viser une autonomie stratégique dans des secteurs critiques comme les matières premières ou les technologies de pointe. Cela permettra de réduire la dépendance de l'UE vis-à-vis des pays tiers et de préserver, développer et diversifier la structure industrielle européenne à moyen et long terme.

«La guerre d'agression menée par la Russie contre l'Ukraine est une nouvelle preuve que la base industrielle de l'Europe doit être rendue encore plus résistante et compétitive à court terme», fait savoir le ministre de l'Économie Franz Fayot, «notamment dans le contexte de la hausse des prix du gaz et de l'énergie». 

C'est pourquoi le ministre de l'Économie s'engage à ce que le cadre spécial d'aides d'État décidé par la Commission européenne pour soutenir l'économie européenne dans le contexte de l'invasion de l'Ukraine («Temporary Crisis Framework») soit considérablement élargi. Un cadre d'aides élargi de l'UE devrait permettre aux États membres, dont le Luxembourg, de soutenir les entreprises de manière encore plus efficace et de contribuer ainsi au maintien du tissu industriel.

Cet article a été publié pour la première fois sur wort.lu/de

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