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L'héritière des Stenbeck de passage au Luxembourg: Cristina, la «reine» discrète
A l'adresse de Millicom, pas question de rencontrer Mme Stenbeck, à l'agenda surchargé

L'héritière des Stenbeck de passage au Luxembourg: Cristina, la «reine» discrète

Thierry Labro
A l'adresse de Millicom, pas question de rencontrer Mme Stenbeck, à l'agenda surchargé
Économie 5 min. 18.05.2015

L'héritière des Stenbeck de passage au Luxembourg: Cristina, la «reine» discrète

Vendredi matin, à deux pas de la gare, il aura fallu moins de 25 minutes à Cristina, l’héritière de la famille Stenbeck, pour régler l’assemblée générale de Millicom, la société luxembourgeoise de télécommunication aux 56 millions de clients en Amérique latine et centrale et en Afrique. Pas question de lui parler ni de l’approcher: Mme Stenbeck est une femme pressée.

par Thierry Labro

Vendredi matin, à deux pas de la gare, il aura fallu moins de 25 minutes à Cristina, l’héritière de la famille Stenbeck, pour régler l’assemblée générale de Millicom, la société luxembourgeoise de télécommunication aux 56 millions de clients en Amérique latine et centrale et en Afrique. Pas question de lui parler ni de l’approcher: Mme Stenbeck est une femme pressée.

«Non, non et non, monsieur! Mme Stenbeck a un agenda surchargé et j’ai des ordres. J’appelle la sécurité!» Avec un agenda de ministre, comme on dit dans le métier, mieux vaut avoir une réceptionniste ferme. Souriante mais ferme.

A deux portes du saint du saint, où se déroulait vendredi matin l’assemblée générale de Millicom, le 2 rue du Fort Bourbon aura rarement porté aussi bien son nom: dans ce luxueux et moderne bâtiment du quartier de la gare, il faut montrer patte blanche – ou s’engouffrer derrière un livreur – pour passer les deux premières portes sécurisées. Millicom, qui a déménagé là en juillet 2012 depuis son ancien siège de la rue Léon Laval à Leudelange, occupe les troisième et quatrième étages alors que les deux premiers abritent la kyrielle de sociétés d’Aviva et Herbalife.

Les vingt-cinq points à l'ordre du jour ont été si vite adoptés que le fidèle Paul Donovan a bien failli ne pas récupérer à temps le manteau qu'il avait oublié dans son Relais et Château... Adoptées les nominations au conseil d'administration de Millicom: au côté de la «Reine», de ses lieutenants du premier cercle Paul Donovan, Dame Amelia Fawcette (qui supervise la société au quotidien à Stockholm), Tomas Eliasson, Lorenzo Graban et Alejandro Santo Domingo, apparaissent deux «nouveaux», le Brésilien Odilon Almeida, précieux pour sa connaissance de l'Amérique latine et sa grosse expérience tirée de ses années chez Western Union et Coca-Cola, et l'ex-ministre suédois des Finances, Anders Borg, élu meilleur ministre européen des Finances en 2014 par le Financial Times.

Nouveau p.-d.g.,
nouvelle ère

L'assemblée générale a également approuvé le rapport d'activités pour 2014 qui fait apparaître un chiffre d'affaires qui passe de 5,1 milliards de dollars en 2013 à 6,4 milliards pour 2014, avec un Ebitda qui suit le mouvement (1,9 milliard en 2013 et 2,1 milliards l'an dernier).

La nouvelle préférée de cette assemblée, plus encore que la nouvelle structure de la rémunération du nouveau p.-d.g., Maurizio Ramos, arrivé en avril pour remplacer l'emblématique Hans-Holger Albrecht, démissionnaire en décembre, tient dans les 264 millions de dollars de dividendes que Millicom va payer à ses actionnaires sur les 354,6 millions de dollars de bénéfices.

Autant de bonnes nouvelles qui ne suffisent pourtant pas à faire taire ceux qui la taxent de trop «conservatisme», dans les choix ou dans la part des bénéfices qu'elle cède aux actionnaires, par exemple, alors que d'autres groupes s'intéressent à elle, comme Zalando, qu'elle dirige depuis janvier 2014.

Même si les deux premières générations ont misé sur les bonnes révolutions – Jan Stenbeck a été un des premiers investisseurs de la Société européenne de satellites pour contourner le monopole de la télévision suédoise – la vie n'a jamais vraiment été un long fleuve tranquille pour la dynastie.

Transitions 
dans l'urgence

Comme son père avant elle – obligé de prendre les manettes du géant suédois en 1976 après les décès aussi brusques qu'inattendus de son fondateur historique, son père Hugo, et de son frère, à quelques mois d'écart, la «Reine Cristina», comme l’ont surnommée les médias suédois, n’a pas eu le choix.

Certes, Jan lui parlait de l’importance des affaires depuis qu’elle a eu six ans. Mais à New York, où il installe ses bureaux dans tout un étage de la Citicorp Tower à Manhattan après sa rencontre et son mariage avec l’Américaine Merrill McLead, la famille grandit avec les naissances de Max, Sophie et Hugo.

Certes, il l'avait prévenue dès 1999 de ce qui l'attendait. Mais c'est trop tôt qu'elle doit sauter dans le feu de l’action quand son père meurt d'une crise cardiaque à Paris en août 2002. Elle a 24 ans. Bachelor en science de l’université de Georgetown en 2000, elle a tout juste deux ans passés chez Polo Ralph Lauren à son actif.

«Même dans notre maison du Luxembourg», où la fratrie est venue se réfugier en cette fin d'été 2002, «nous étions harcelés par les journalistes», raconte son frère Max.

Fronde calmée en Suède

A Stockholm, en Suède, dans la salle du conseil d’administration, où trônent les portraits des fondateurs du groupe d’investissement, celui de son grand-père et de son père, Cristina Stenbeck doit affronter le regard méfiant des administrateurs. C’est une femme, elle est jeune et finalement assez inexpérimentée, même si elle avait intégré le groupe dans sa branche de services financiers, dès 1997. Et elle n'a commencé à apprendre le suédois que depuis quelques années.

«Il y avait de nombreuses personnes avec de grandes attentes», explique-t-elle dans une de ses rares interviews, au Financial Times, il y a trois ans. «Ils s'étaient engagés auprès d'un serial entrepreneur de 59 ans qui avait brisé des monopoles et lancé plus de deux cents sociétés depuis les années 1980 et ils se retrouvaient avec moi.» Qu'importe! Elevée dans le moule de l'entrepreneuriat, Cristina Stenbeck va relever le défi, commençant par couper les branches pourries du groupe avant de lui rendre une structure plus lisible, plus transparente, dit-elle quand elle doit en parler.

A la tête d'une fortune estimée à plus de 650 millions de dollars selon Forbes, elle s'est mariée en 2005 avec l'homme d'affaires britannique Alexander Fitzgibbons avec qui elle a eu trois filles. A Londres, où elle réside, la «Reine Cristina» a probablement déjà commencé à les préparer...