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«L'égalité passe par la contraception»
Économie 3 min. 28.06.2021 Cet article est archivé
Droits des femmes

«L'égalité passe par la contraception»

La pilule reste le contraceptif le plus utilisé au Luxembourg.
Droits des femmes

«L'égalité passe par la contraception»

La pilule reste le contraceptif le plus utilisé au Luxembourg.
Photo: AFP
Économie 3 min. 28.06.2021 Cet article est archivé
Droits des femmes

«L'égalité passe par la contraception»

Marie DEDEBAN
Marie DEDEBAN
Malgré les engagements gouvernementaux, la pilule, le stérilet ou le préservatif ne sont pas intégralement remboursés au Grand-Duché. Une situation «discriminante» à l'égard des femmes, selon certains professionnels de santé.

Officiellement, tous les moyens de contraception devraient être accessibles gratuitement et sans limite d'âge depuis le début de l'année au Grand-Duché. Pourtant, les pilules contraceptives, stérilets et autre patch ne sont actuellement remboursés qu'à «80% par la CNS et uniquement jusqu'à 30 ans», indiquait en fin de semaine dernière le ministère de la Santé. Si le ministère de la Sécurité sociale, de son côté, n'a pas été en mesure d'apporter d'explication, ce nouveau retard n'est pas si anecdotique qu'il y paraît. 


Préservatifs et stérilets gratuits d'ici peu
Le remboursement à 100% de plus de produits contraceptifs et sans limite d'âge devrait être instauré -au plus tard- d'ici début 2021. Plus tardivement que prévu, la faute au... covid-19.

Dans les faits, cet ajournement de la promesse figurant dans l'accord de coalition est discriminant pour les femmes les plus pauvres. «Ce poste budgétaire occupe une place importante«, notifiait en septembre 2020 Ainhoa Achutegui, présidente du Planning familial, ajoutant que «de nombreuses personnes en situation précaire ne peuvent poursuivre leur contraception, faute de moyens».

Et si les résidentes et frontalières peuvent toujours accéder gratuitement à une contraception au Planning familial, le dispositif de remboursement perpétue en réalité les inégalités entre les femmes et les hommes. Il fait reposer la responsabilité de la contraception sur les seules femmes, «alors que le sujet concerne les deux partenaires», relève le Docteur Alan Charissou. Médecin au Planning familial du Luxembourg, le praticien estime que le fait que «ni le préservatif, ni la vasectomie ne soient mentionnés dans la classification de la CNS» montre que le chemin à parcourir est encore long.

D'autant que d'autres solutions de contraceptions masculines sont actuellement à l'étude à l'étranger, supprimant les spermatozoïdes par la chaleur ou les empêchant de circuler. Pourtant, là encore «seule une volonté politique pourrait permettre à ces méthodes de devenir disponibles au Luxembourg», souligne le Dr Charissou. Dans une réponse parlementaire publiée début juin, la ministre de l'Egalité entre les femmes et les hommes Taina Bofferding (LSAP) elle-même reconnaît «qu'il n'existe pas de statistiques concernant les méthodes de contraception destinées aux hommes». 

Pourtant, pour les partisans d'une répartition plus équitable de la contraception, la société aurait beaucoup à gagner dans le développement des méthodes contraceptives masculines. Ainsi, les projets à l'étude ne constituent qu'un achat unique, d'un coût ne dépassant pas une quarantaine d'euros, là où la pilule contraceptive représente entre 10 et 15 euros par trimestre, pendant plusieurs années. 

«L'égalité passe par la contraception», estime le Dr Charissou, déplorant que les mentalités évoluent lentement. «Certains de mes confrères prescrivent plus facilement la pilule que le stérilet ou l'implant, alors même que ce choix revient à la patiente», souligne-t-il. Rappelant qu'imposer une méthode contraceptive est considéré comme une violence obstétricale en France, le professionnel de santé plaide pour que les femmes ne soient plus «infantilisées» et considère que ce phénomène «mériterait de faire l'objet d'études permettant de le quantifier, de le comprendre et de lutter contre».

Selon les dernières données communiquées par le ministère de l'Egalité entre les femmes et les hommes, 1,31% des femmes de moins de 30 ans utilisant un contraceptif étaient sous stérilet, tandis que 85,91% prenaient la pilule contraceptive, en 2020. Le remboursement total des moyens de contraception représenterait ainsi une avancée non négligeable en termes d'égalité, à l'instar de l'abaissement de la TVA sur les protections hygiéniques, ou l'instauration d'un congé en cas de règles douloureuses

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