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L'argent noir du Pérou au Luxembourg
Économie 4 min. 10.03.2017 Cet article est archivé
Jugement de la Cour d'appel

L'argent noir du Pérou au Luxembourg

Vladimiro Montesinos, bras droit de l'ancien président péruvien Alberto Fujimori devant la Cour Suprême péruvienne, en 2008.
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L'argent noir du Pérou au Luxembourg

Vladimiro Montesinos, bras droit de l'ancien président péruvien Alberto Fujimori devant la Cour Suprême péruvienne, en 2008.
AFP
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L'argent noir du Pérou au Luxembourg

Pierre SORLUT
Pierre SORLUT
La cour d'appel du Luxembourg se penche ce vendredi sur la confiscation de l'argent noir du controversé Vladimiro Montesinos, conseiller proche de l'ancien président péruvien Alberto Fujimori et patron des services secrets de la république sud-américaine.

Par Pierre Sorlut

La cour d'appel du Luxembourg se penche ce vendredi sur le maintien ou la levée de la confiscation de l'argent noir du controversé Vladimiro Montesinos, conseiller proche de l'ancien président péruvien Alberto Fujimori et patron des services secrets de la république sud-américaine. Il avait été contraint à l'exil en septembre 2000 après être apparu dans une vidéo en flagrant délit de corruption de politiciens et de dirigeants d'entreprises. Selon la presse locale, très intéressée par le sulfureux personnage, 15 millions de dollars dorment dans les coffres de BGL BNP Paribas dans l'attente du délibéré.

L'attente dure depuis quinze ans. Le jugement de première instance (dont le «Luxemburger Wort» s'est procuré copie) prononcé en juin 2016 indique que les avoirs ont été saisis en avril 2002 par le juge d'instruction Doris Woltz, aujourd'hui responsable du Service du renseignement (SRE), suite à une commission rogatoire internationale datant de septembre 2001. L'ancien chef des renseignements péruviens et éminence grise de l'ex-président Fujimori (de juillet 1990 à novembre 2000) avait été arrêté au Venezuela à la fin du mois de juin. La justice péruvienne accusait celui qu'on surnommait le Raspoutine fujimoriste, de violations des droits de l'Homme, de blanchiment d'argent provenant du trafic de drogue, de trafic d'armes, de corruption et d'enrichissement illicite, entre autres forfaits.

Des fans de Lénine

Celui qui dort aujourd'hui dans la prison hyper sécurisée de Callao, ville portuaire donnant sur le Pacifique, a eu une vie «bien» remplie jusqu'à sa déchéance. Elle a même fait l'objet d'un roman («Cinco Esquinas») écrit par le prix Nobel de Littérature Mario Vargas Llosa, opposé à M. Fujimori à l'élection de 1990. Né en 1945 de parents communistes, Vladimiro Ilich Montesinos avait été baptisé en honneur de Lénine. Après avoir débuté dans l'armée nationale, il s'est rapproché dans les années 1970 de la CIA américaine pour lui livrer des informations sur le pouvoir en place. Après avoir dormi quelques mois en prison à son retour des Etats-Unis, M. Montesinos a servi comme avocat des barons de la cocaïne du Pérou et de Colombie.

Le curriculum vitae de M. Montesinos n'a pas inquiété Alberto Fujimori. L'étoile montante de la politique, d'origine japonaise, a pris l'avocat des cartels comme principal conseiller à la fin des années 1980. Ils ont mené ensemble dix années de pouvoir, marquées notamment par un coup d'Etat contre leur propre gouvernement (en 1992) et une répression violente contre les rebelles du Sentier lumineux (faction armée du parti communiste du Pérou).

Recours si besoin

Trois ans après leur départ précipité de Lima, Alberto Fujimori était désigné par Transparency International comme l'un des chefs d'Etat les plus corrompus des vingt années précédentes, un système de corruption dont la cheville ouvrière n'était autre que Vladimiro Montesinos, devenu chef des services secrets. Plus d'une centaine de procédures ont été ouvertes à son encontre. Les accusations portent différents degrés de gravité. Des organisations droit-de-l'hommistes l'accusent de génocide et d'actes de torture pour avoir été l'instigateur du massacre de Barrios Altos en 1991, une expédition meurtrière menée par les forces armées péruviennes qui avaient pris pour cible des civils au lieu de membres du Sentier lumineux. La justice l'a pour l'instant condamné à une quinzaine d'années d'emprisonnement pour trafic d'influence, vente d'armes illégale, abus de biens publics, association de criminels et corruption. Ce sont ces trois derniers chefs qui sont retenus contre V. Montesinos dans la procédure luxembourgeoise.

Il est question de confisquer – puis de restituer - de l'argent considéré «comme le produit (...) des infractions retenues à charge de M. Montesinos», est-il écrit dans le dispositif. Son avocat au Luxembourg, Jérôme Bertin, n'exclut aucun recours en cas de résultat défavorable.

Question parlementaire en 2002 puis... rien

Le Luxembourg faisait partie, avec la Suisse notamment, des pays où M. Montesinos avait caché ses avoirs. La Confédération helvétique a restitué 77 millions de dollars au Pérou dès 2002. A cette époque le député vert Robert Garcia posait la question (selon la procédure parlementaire) de la solidité des procédures anti-blanchiment. Contacté par le «Luxemburger Wort», le substitut du procureur d'Etat chargé de ce dossier, Carlos Zeyen, avait estimé que les inquiétudes de M. Garcia n'étaient «que du réchauffé».

M. Zeyen avait expliqué que quand M. Montesinos avait ouvert son compte, c'était une personne sans histoires: «C'est seulement vers la fin de 2000, après les élections au Pérou, que de premières rumeurs concernant cet homme ont vu le jour» avait-il balayé. La réponse du ministre à l'interpellation ne figure pas sur le site de la Chambre. BGL BNP Paribas, sollicitée, se refuse à tout commentaire. Le délibéré sera rendu le 4 avril.

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