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L'activité a chuté de 25% au pic de la crise
Économie 4 min. 05.05.2020

L'activité a chuté de 25% au pic de la crise

Près de 40% des salariés du secteur industriel ont été placés en chômage partiel en mars et avril, loin derrière les quelque 80% de personnels de la construction.

L'activité a chuté de 25% au pic de la crise

Près de 40% des salariés du secteur industriel ont été placés en chômage partiel en mars et avril, loin derrière les quelque 80% de personnels de la construction.
Photo : Chris Karaba
Économie 4 min. 05.05.2020

L'activité a chuté de 25% au pic de la crise

Patrick JACQUEMOT
Patrick JACQUEMOT
Même si l'économie a connu un coup de frein impressionnant, pendant de longues semaines, le Statec révèle que le Luxembourg s'en sort certainement mieux que les pays voisins. Le poids du secteur financier jouant en sa faveur.

Dans sa dernière étude de conjoncture, le service national des statistiques ne prend pas de gants pour affirmer: la confiance des acteurs économiques luxembourgeois s'est effondrée au mois d'avril. Jusqu'à atteindre, selon le Statec, un plancher historique. Et pourtant, à lire l'analyse, tout ne serait pas aussi sombre que cela. Ainsi, la baisse d'activité enregistrée entre mars et avril dernier se compare plutôt favorablement par rapport à celle relevée dans les autres pays pris en référence. 

Pourtant, la claque a été aussi forte que l'épidémie subite. Entre le 23 mars (annonce de l'arrêt des chantiers de construction) et le 17 avril (avant la reprise des travaux et de certains services), le Statec estime que la perte d'activité au Grand-Duché correspond à une baisse de 25%. Cela alors même que quasiment l'ensemble des domaines étaient à l'arrêt, confinement oblige. Pour les analystes, cette relative bonne tenue s'explique d'abord par le poids élevé du secteur financier au Luxembourg. Il représente en effet un quart de la valeur ajoutée totale du pays, quand dans les trois Etats voisins cette part approche juste les 5%.


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Ainsi, alors que l'économie paraissait paralysée, le secteur financier grand-ducal n'aurait vu son activité baisser "que" de 10%. Mais d'autres pans ont eux sérieusement dévissé à l'heure du pic sanitaire. Ainsi, l'activité industrielle a reculé de 47%, -90% pour la construction ou l'hôtellerie-restauration, -60% pour les sociétés de transports et entreposage, - 39% pour le secteur commercial. Mais en fonction de leur part relative dans la valeur ajoutée nationale, l'impact se trouve dilué. Heureusement.

Reste que, pour le Statec, comme l'activité a dû être bridée sur le même mode un mois de plus, l'impact sur le PIB annuel luxembourgeois pourrait approcher les -2%. La levée du confinement annoncée pour le 11 mai prochain devant, si elle a bien lieu, redonner un coup de fouet à l'économie nationale avec la remise en marche de secteurs aussi majeurs que les commerces et les services par exemple.


Corona-Virus, Wiedereröffnung der Baustellen, Bau, Baustellen , Ban de Gasperich, Foto: Guy Wolff/Luxemburger Wort
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En mars et avril derniers, environ 30% des employés ont été placés en chômage partiel. Une proportion inégalée, et dépassant largement celle observée pendant la crise de 2009. Voilà onze ans, la mesure n'avait concerné que 3,4% des salariés de l'économie luxembourgeoise. L'Etat ayant déjà mobilisé plus d'un milliard d'euros pour financer cet accompagnement social.

Inquiétant, ce recours inédit et massif au chômage partiel a été accompagné dans le même temps d'une nette progression du taux de chômage. Atteignant 6,1% de la population active en mars, contre 5,5% en février. Avril ne devrait guère apporter d'éclaircies dans le domaine, hélas. Même si la reprise des activités de construction, qui représentaient à elles seules 30% des effectifs soutenus par le chômage partiel, améliorera sans nul doute la situation globale.

Reste que le gouvernement, et le ministre des Finances Pierre Gramegna (DP) devront revoir leur feuille de route pour 2020. Le budget de l'Etat, qui compte déjà sur un recours à l'emprunt inattendu de 2,5 milliards d'euros, ne saurait s'appuyer notamment sur les rentrées de TVA attendues lors de sa présentation. Le Statec note tout de même que, pour le premier trimestre de l'année, «les recettes fiscales résistent».  Leur montant n'est que de 1,6% en deçà de celles collectées sur la même période en 2019. Mieux même de 20% supérieures à celle du premier trimestre 2018.


Lok , Coronavirus , Baustellene wieder offen , Post Gare Jallay/Luxemburger Wort
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Une satisfaction toute relative, car la crise covid-19 se manifeste dès mars par un recul des rentrées nettes de TVA mais aussi une baisse de collecte des accises sur le tabac (-43% en un an). Et le Statec ne voit rien venir de bon dans le domaine car, dans les trimestres à venir les recettes fiscales pâtiront de l'effondrement des bases fiscales et des reports de paiements d'impôts accordés aux entreprises en difficulté dans le cadre du plan de soutien gouvernemental.

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