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Kox parle, la Chambre immobilière gronde
Économie 3 min. 01.06.2020

Kox parle, la Chambre immobilière gronde

Jean-Paul Scheuren entend que l'Etat laisse sa chance aux acteurs la possibilité de l'aider à réaliser plus de logements à coût modéré.

Kox parle, la Chambre immobilière gronde

Jean-Paul Scheuren entend que l'Etat laisse sa chance aux acteurs la possibilité de l'aider à réaliser plus de logements à coût modéré.
Photo : Chris Karaba
Économie 3 min. 01.06.2020

Kox parle, la Chambre immobilière gronde

Patrick JACQUEMOT
Patrick JACQUEMOT
Le ministre du Logement n'évoque que le secteur public pour répondre au besoin en logements à loyer abordable, et cela irrite les promoteurs privés. Leur représentant, Jean-Paul Scheuren, dénonce même une politique inefficace.

«C'est illusoire de croire que l'Etat, seul, va régler tout le problème du logement à coût modéré.» Pourtant, dans sa dernière intervention, le ministre du Logement Henri Kox (Déi Gréng) n'a pas semblé enclin à voir «la main publique» recevoir le moindre coup de pouce du secteur privé. D'où le coup de sang de la Chambre immobilière du Luxembourg, et de son représentant Jean-Paul Scheuren. «Le Luxembourg a besoin de 15.000 unités de logement social par an et pas seulement des quelques centaines que les structures publiques (SNHBM, Fonds du logement et autres) sont capables de fournir...» 

S'appuyant sur le nouveau Fonds spécial de soutien au développement du logement, le ministre n'a effectivement pas évoqué d'autres projets de constructions à soutenir que ceux (déjà connus) des asbl ou portés par les communes. Elmen entre Olm et Kehlen, le développement du projet "Wooltz" à Wiltz ou "Neischmelz" à Dudelange. «A croire que chaque ministre du Logement transmet la mauvaise formule miracle à son successeur», ironise Jean-Paul Scheuren.


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Et d'interpeller chacun sur les résultats des politiques entreprises ces dernières années: «Même avec 75% de subsides publics, les structures portées par l'argent de l'Etat ne parviennent pas à atteindre ce que les promoteurs privés sont capables de mettre sur le marché en termes de logements sociaux. Nous en sommes à près de 4.000 logements créés et mis en location. Et eux?»

A l'heure où la flambée des prix de l'habitat participe de plus en plus à la "fracture sociale", la Chambre immobilière tape donc du poing. «Il serait temps d'écouter ceux qui font 95% du travail en matière de location à tarif abordable. Nous ne pouvons pas continuer avec ce modèle de développement où l'accès au logement crée des working poors (trad: travailleurs pauvres)». D'autant que les promoteurs, individuellement, ou les organes représentatifs disposent de modèles économiques qui fonctionnent. Ainsi, la Fédération des artisans a-t-elle déjà mis en chantier des centaines d'appartements et maisons à des tarifs accessibles pour les salariés du secteur de la construction et ses affiliés.

Préemption et rétention

La Chambre immobilière dispose, elle aussi, de projets sociaux en mode location avec option d'achat. «On propose un modèle gagnant-gagnant pour le constructeur et l'acheteur futur. Pas comme dans le modèle de Kox qui dit que tout ce qui sera construit par un organisme public ne pourra faire l'objet d'une plus-value. Pourquoi acheter un patrimoine alors?» Il est vrai que la "pierre", au Luxembourg, constitue bien plus qu'une valeur refuge. 

Au passage, Jean-Paul Scheuren regrette aussi d'entendre le ministre du Logement insister sur la possibilité pour les structures publiques, ou les communes, de disposer d'une priorité dans l'acquisition des terrains. «Les différents organismes œuvrant dans l'habitat social doivent déjà détenir près de 400 hectares de terrain sur tout le pays. Qu'ils les aménagent déjà plutôt que de bloquer ces surfaces, ça participerait à soutenir l'offre. Cette rétention et la préemption publique deviennent des schémas ridicules alors que le besoin grossit à vue d’œil.» 

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