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Knauf divise les ministres

Knauf divise les ministres

Sophie Wiessler
Économie 5 min. 31.05.2018

Knauf divise les ministres

Thierry LABRO
Thierry LABRO
Mercredi matin, le ministre de l'Economie était furieux que la nouvelle usine de Knauf aille à Illange plutôt qu'au Luxembourg. Pour la ministre de l'Environnement, le leader mondial de l'isolation n'avait pas répondu à certaines questions, cruciales, pour la défense de la qualité de l'air.

«J'ai pris connaissance de la décision de Knauf par la lettre que cette société a envoyée au Premier ministre aujourd'hui. Je prends note que des procédures étaient engagées dans deux pays en parallèle.» 

La ministre de l'Environnement marche sur du velours. «Pour moi», indique Carole Dieschbourg, «la procédure est close à la demande d'un requérant, sans décision». 

Très vite, face à la levée de boucliers du monde économique et industriel, l'écologiste abandonne le ton administratif. «Chez nous, Knauf a été traitée exactement de la même manière que toutes les autres sociétés. Nous examinons les dossiers et dans ce cadre, nous avons posé des questions supplémentaires à Knauf. Nous n'avons pas obtenu de réponses.» 

En jeu, les émissions de dioxyde de souffre et celles d'ammoniac

 «Ce n'est pas qu'une question économique mais aussi de qualité de l'air. Les taux d'émissions de Knauf n'étaient pas bons dans ce contexte, hérité des accords de Paris, la COP 21, mais auraient empêché les autres acteurs déjà présents au Luxembourg de pouvoir se développer, y compris les agriculteurs! Même si Knauf avait accepté de travailler avec de nouvelles technologies de filtrage, leurs émissions d'ammoniac étaient supérieures à celles de tout le transport.» 

«Un dialogue responsable»avec les Lorrains 

«Nous en avons discuté au conseil des ministres. Nous, nous voyons le sujet dans sa globalité, l'économie, les finances, l'emploi! Et pas seulement l'environnement. Et pas avec des mauvais chiffres! Les mauvais seuils que pourraient atteindre Knauf ne sont que sur quelques semaines ou un pic de production. Nous avions obtenu qu'ils travaillent avec un filtre d'une start-up luxembourgeoise. Un gros contrat. Ça non plus, ça ne se fera pas!» lui avait répondu le ministre de l'Economie dans la matinée.


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«Ce qui me fâche, c'est le message que l'on envoie à l'étranger!», s'énerve Etienne Schneider. «Il y a quinze jours, je suis aux Etats-Unis chez Guardian et Dupont, d'où je reviens avec des promesses d'investissement de 550 millions d'euros. J'ai déjà dû les rassurer sur l'attitude du Luxembourg, sur les problèmes avec les communes, avec le ministère de l'Environnement, sur la croissance. Et là, qu'est-ce que vous croyez? Qu'ils n'auront pas les informations sur ce qui se passe?» 

Mardi après-midi, Knauf Insulation (5.500 employés dans 35 pays et 37 usines dans 15 pays), a annoncé au cours d'une conférence de presse à Illange qu'il avait finalement retenu le site lorrain pour l'installation de sa nouvelle usine de production de laine de roche. 

 «Ce choix a été effectué suite à un dialogue constructif avec les responsables locaux et une minutieuse évaluation des options luxembourgeoise et française, réalisée au cours des mois passés. Suite à cette étude, la direction a conclu que le site retenu correspondait davantage à ses besoins en matière de développement. En outre, en proposant un espace exploitable bien connecté au réseau de transport régional, national et international, le site permettra d’intégrer cette production au sein même de la Grande Région, pôle et espace de croissance régionale dynamique», indique la directrice des affaires extérieures pour l'Europe du géant mondial des matériaux d'isolation, Siân Hughes. 

«Gut geschafft» ironise Nicolas Buck 

Mercredi matin, journalistes et politiques lorrains devaient s'envoler pour aller visiter une usine du groupe à Pau, dans le sud de la France mais la visite a été annulée en raison de la grève à Air France. 

«Gutt geschafft!!!». «Bien joué». Le patron de la Fedil, Nicolas Buck, est le premier à avoir dit sa colère. Dans un tweet, mardi soir, il refait le match. «Knauf 3 – Luxembourg 0: pas de création d’emplois directs ni indirects; image désastreuse de la politique industrielle de notre pays; émissions à 20 km de notre frontière qui arriveront avec le vent d’ouest.»  

«C'est dommage que Knauff ne vienne pas s'installer au Luxembourg. Quelle image nous donnons de notre pays quand un investisseur industriel veut fabriquer un produit ,vert‘ au Luxembourg et que nous lui répondons qu'il n'est pas le bienvenu», renchérit le président de l'Union des entreprises luxembourgeoises, Michel Wurth, toujours sur le réseau social Twitter. 

Deuxième polémique du même genre 

C'est la deuxième fois, après la polémique autour de l'usine de yaourt de Fage, qu'un problème oppose le ministre de l'Economie, Etienne Schneider, à la ministre de l'Environnement, Carole Dieschbourg. 

Pour l'usine de la société grecque, cette dernière notait qu'elle consommait l'équivalent en eau d'une ville de 20.000 habitants. 

«Notre approche est tout à fait cohérente», insiste cette fois la ministre de l'Environnement, qui répète qu'elle ne veut polémiquer avec personne à quelques mois des élections législatives. 

«Si le ministre de l'Economie revendique la Troisième révolution industrielle et Rifkin, celle-ci prévoit des industries efficientes en termes de ressources et d'émissions. La visite du roi des Pays-Bas et de son épouse a été l'occasion de passer une journée sur les bienfaits de l'économie circulaire. Le futur passera par l'innovation et la créativité! M. Schneider le sait bien puisque, par exemple, une plate-forme gérée à la fois par le ministère de l'Economie et celui de l'Environnement, nous permet d'accompagner ces développements!» 

Sur le Gadderscheier, entre Differdange et Sanem, d'ailleurs, les plans d'aménagement généraux des deux communes incluent des dispositifs favorables à des nouveaux acteurs de l'économie circulaire.... 

«Quand je suis arrivé au ministère, les bourgmestres venaient me voir pour me demander si je n'avais pas de projet d'investissement que l'on puisse installer dans leur commune. Aujourd'hui, ils n'en veulent plus! Mais qui finance nos infrastructures, nos retraites, les salaires dans la fonction publique! A ce rythme-là, nous allons détruire cela assez vite!», prévient Etienne Schneider alors que les Verts louent le développement de la Grande Région. 

Le sujet est assez grave pour que l'opposition, le leader du CSV, Claude Wiseler, et Laurent Mosar aient demandé que la question soit à l'ordre du jour de la commission de l'économie, ce jeudi à la Chambre.

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