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Join coûte cher à Post
Économie 6 min. 22.11.2018 Cet article est archivé

Join coûte cher à Post

Sur la place Guillaume II, la boutique de Join a changé

Join coûte cher à Post

Sur la place Guillaume II, la boutique de Join a changé
Guy Wolff
Économie 6 min. 22.11.2018 Cet article est archivé

Join coûte cher à Post

Thierry LABRO
Thierry LABRO
L'aventure Join (du nom de l'opérateur télécom alternatif), qui se terminera en Belgique cette année, a-t-elle coûté 100 millions d'euros à Post? «No comment», dit son directeur général, Claude Strasser.

«Il n'a jamais été question de faire faillite avec Join.» Le directeur général de Post est formel. Mardi matin au téléphone, Claude Strasser évoque de banals aléas dans la vie d'une société.

«Un accord de restructuration prévoit une option d'achat portant sur 31,4 % du capital social des sociétés Join au prix d'un euro pouvant être exercée par Post Capital en cas de non-faillite des sociétés Join. Cette prise de contrôle a eu lieu en date du 31 décembre 2017», indique pourtant Post Capital dans son rapport annuel.

Autrement dit, comme Join n'a pas fait faillite, Post a acquis pour un euro les 31,4 % qui lui manquaient par sa filiale à 100 %, qui détenait déjà les 68,6 % de Join Experience et de Join Infrastructure.

Le même document évoque des capitaux propres négatifs des deux sociétés à cette date, -20,9 millions d'euros pour Join Infrastructure et -32,8 millions d'euros pour Join Experience, après des résultats annuels toujours dans le rouge. La première a accumulé 2,78 millions d'euros de pertes et la seconde 9,4 millions d'euros en 2017. Au total, les pertes cumulées se montent à 18,45 pour la première et 40,57 millions d'euros pour la seconde. 

A ces sommes, la facture doit aussi comprendre les 14 millions d'euros que Post a investis dans cette aventure, quasiment depuis son début, pour prendre 50 % puis 68,6 % des parts. 

L'ardoise se monte-elle pour autant à près de 100 millions d'euros, comme le CSV et Laurent Mosar pourraient l'affirmer tout à l'heure, à l'occasion d'une nouvelle conférence de presse, sur ce sujet? «Je ne fais pas de commentaires», répond le patron de Post. «C'est beaucoup plus complexe que cela compte tenu des implications des sociétés les unes dans les autres. Et je répondrai selon ce qui se dira», assure-t-il.

Un prêt après l'autre en 2017

Quand l'établissement public a commencé à investir dans Join, Post y voyait un bon moyen d'expansion à l'international. Mais les pertes s'accumulent. Première grosse alerte en 2016, année que Join Experience termine avec -18,4 millions d'euros alors que tout le monde a déjà compris que la fin du roaming promise pour mi-2017 mettrait ce secteur d'activité déjà très concurrentiel sous une pression supplémentaire. Pour l'opérateur historique, ça tombe mal. En 2016, sa société de participations est passée à l'offensive et multiple les investissements: Post Capital prend 50 % dans IP-R Holding, 50 % dans GlobalSkyPark en Allemagne, 37,21 % dans EarthLab, 36,84 % dans ITTM et 28 % de Synedge.

Le capital social est augmenté de 31 à 36 millions d'euros. Mais comme les pertes se montent à près de 23,6 millions fin 2016, plus de 50 % du capital social. Pour se remettre en conformité avec la loi, Post réinjecte onze millions d'euros au capital social fin août 2017.

Puisqu'il n'est pas question de laisser Join faire faillite, Post Capital continue de son côté d'alimenter sa filiale: un prêt, d'abord plafonné à deux millions fin 2013 atteint sept millions d'euros après une augmentation de 750.000 euros en janvier. Puis Post Capital accorde un nouveau prêt de 6,25 millions d'euros le 21 février en deux parties (cinq millions tout de suite et 1,25 million le 2 juin). Puis un troisième, de trois millions d'euros, le 27 septembre. Et un dernier, de 3,619 millions d'euros le 22 novembre. Soit près de 19 millions d'euros pour la seule année 2017.

L'année se termine quand même dans le rouge mais Join n'a pas fait faillite. Le 1er février dernier, ses fondateurs historiques (Frank Fischer, Pascal Koster et Claude Lüscher) quittent la société sans un mot et le Belge Didier Rouma (patron de Tango de février 2008 à avril 2014) devient le directeur général des deux structures, en Belgique et au Luxembourg.

«Au changement de direction», explique M. Strasser, «nous avons directement pris deux décisions. D'abord, d'arrêter les activités de Join en Belgique. C'est en cours et cela devrait intervenir avant la fin de l'année. Les 20.000 clients belges seront transférés vers un autre opérateur. Ensuite, nous avons procédé à l'intégration et à la reprise des compétences techniques et ,infrastructure‘ de Join chez nous, pour favoriser les synergies.»

Reste le cas de Join au Luxembourg. «Pour l'instant, nous avons décidé un statu quo. Nous ferons une analyse complète de la situation en fin d'année et nous verrons», ajoute encore le p.-d.g. de Post. Car dès que l'opérateur historique a pris le contrôle de 100 % de Join, il a lancé des promotions, du 17 janvier au 31 mars: 17 euros pour la Join + Flat 4G M (au lieu de 19 euros), 25 euros pour la version L Free (au lieu de 29,95 euros), 35 euros la version XL (au lieu de 39,95 euros) et 45 euros la version XL addict (au lieu de 49,95 euros).

Post (et Join), 50% du marché

Dans sa première étude comparative, l'Institut luxembourgeois de régulation (ILR) montre que Join est imbattable pour le profil qui consomme peu et a au moins une de ses deux offres sur le podium pour les quatre autres profils. C'est un élément-clé d'acquisition dans un marché, en 2017, où Post (et Join) a failli repasser au-dessus de 50 % des 932.000 abonnements à un service mobile (dont 25.000 «seulement» pour Join), loin devant les opérateurs alternatifs (surtout Tango et Orange). Le revenu global de Post a ainsi atteint 318,4 millions d'euros pour la téléphonie mobile (+0,8 %). 

Comme le revenu mensuel par abonnement est en baisse (25 euros) et que le «Luxembourg est un des pays européens ayant le plus fort taux» de pénétration, la question du prix sera centrale pour attirer de nouveaux clients mobiles, si possible pas en provenance de Post.

Pour l'Internet fixe, c'est encore plus compliqué: selon l'étude de l'ILR, Join n'est compétitive que sur deux des 16 profils possibles, l'accès à Internet à 1.000 Mbps (la plus élevée) et l'accès à l'Internet et à la téléphonie fixe à 1.000 Mpbs. Avec seulement un «plus de recettes et moins de dépenses», il semble difficile de sortir Join Experience du rouge. Même si le directeur général de la maison-mère ne veut pas entendre parler de faillite, Claude Strasser le sait bien.

Pour les 175 ans de Post en 2017, l'établissement public ne pouvait pas terminer dans le rouge. Mais il n'aura pas tous les ans un trésor de guerre à vendre comme les parts dans Eutelsat (53 millions d'euros) pour tirer le bénéfice du groupe Post à 37,6 millions d'euros. 

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