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Interview: L'assurance-vie luxembourgeoise chamboule le marché français
Économie 3 min. 06.09.2014

Interview: L'assurance-vie luxembourgeoise chamboule le marché français

Pour Philippe Crevel, les clients sont venus au Luxembourg pour la sécurité de leur capital et restent pour les produits.

Interview: L'assurance-vie luxembourgeoise chamboule le marché français

Pour Philippe Crevel, les clients sont venus au Luxembourg pour la sécurité de leur capital et restent pour les produits.
Lorello Ecodata
Économie 3 min. 06.09.2014

Interview: L'assurance-vie luxembourgeoise chamboule le marché français

Les gros portefeuilles d'assurance-vie boudent la France pour le Luxembourg, estime Philippe Crevel, fondateur de la société d’études Lorello Ecodata et animateur du Cercle de l’épargne. L'économiste met en évidence un mouvement qui a pris de l'ampleur suite à la crise grecque et qui ne devrait plus se renverser.

Vous avez souligné dans un article cet été que depuis 2011 de gros contrats d'assurance-vie français sont transférés en droit luxembourgeois. Comment expliquez-vous l'attrait des Français pour les produits luxembourgeois?


L'attrait pour les produits luxembourgeois ne date pas de 2011 mais le mouvement s'est amplifié à ce moment-là car il existait en France la crainte d'une crise financière forte avec la Grèce, Malte et Chypre. Une clientèle possédant une fortune élevée a commencé à se demander quelles étaient les réelles garanties de leurs avoirs dans les produits d'assurance. Il y a alors eu une chute de la collecte en assurance-vie en France, tandis que certaines banques et assurances ont incité leurs clients à prendre des produits de droit luxembourgeois. BNP Paribas s'est d'ailleurs fait taper sur les doigts pour cela.

Dans une interview, vous avez mentionné le chiffre de 10 milliards d'euros transférés en deux ans. D'où vient cette estimation?


Ce chiffre n'est pas une certitude, plutôt un ordre de grandeur évalué en fonction des transferts de grands acteurs du marché de l'assurance-vie en France en 2011 et 2012. Les transferts ont été forts jusqu'en 2012, ensuite, la tendance s'est ralentie mais elle est toujours là. Cela concerne en tout cas les gros contrat d'assurance-vie, souvent proposés par des courtiers et des banques privées.

Quel est l'intérêt de privilégier les produits luxembourgeois pour un résident français?


L'attrait en 2011 et 2012 portait avant tout sur la protection totale du capital au Luxembourg en cas de faillite de l'assureur. Alors qu'en France, la garantie est limitée à 70.000 euros. Aujourd'hui, ce qui attire les professionnels de l'assurance et leurs clients, c'est la possibilité de créer facilement de nouveaux produits et d'y mettre à peu près tous les supports que l'on souhaite. A quoi s'ajoute la possibilité de distribuer ces produits partout en Europe.

Le fait que les produits de l'assurance-vie vont être intégrés dans l'échange d'information en matière fiscale ne va pas limiter l'attrait des produits luxembourgeois?

Non parce que le secret bancaire n'a pas joué dans la prise de décision. Les banques et compagnies d'assurances ont tout fait dans la transparence, ils ne pouvaient pas se permettre des transferts douteux. Je ne dis pas que l'élargissement de la directive sur l'épargne ne peut pas jouer à la marge pour certains clients mais cela n'impactera pas la tendance de fond. Le Luxembourg est désormais suffisamment reconnu. Aujourd'hui, le savoir-faire luxembourgeois passe avant le clair-obscur fiscal.

Comment réagit la place financière parisienne face à ce constat?


La place parisienne est très conservatrice, elle n'est pas aussi mobile que le Luxembourg, ce qui complique la réaction. Une des réponses a été la création de nouveaux produits – vie-génération et euro-croissance (qui permet plus d'actions dans les fonds) – mais il ne sont pas encore commercialisés alors que le texte a plus d'un an. En fait en France, les compagnies d'assurance ont suivi leur clients. Elles sont allées soit en Belgique, parce que leurs clients sont devenus belges, soit au Luxembourg.

Désormais pour les compagnies françaises, il faut proposer des produits luxembourgeois à un certain type de clientèle. Il faut pour cela avoir une plate-forme au Luxembourg, alors la création de filiales luxembourgeoises s'est développée depuis 2011. Toutes les compagnies sont présentes au Grand-Duché, jusqu'à CNP Assurances qui appartient à l'Etat français. Elle est venue plus tardivement, puisqu'elle a attendu les garanties luxembourgeoise en matière de transparence, mais cela montre l'importance d'une implantation luxembourgeoise pour les compagnies françaises.

Recueilli par Linda Cortey


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