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Index: le bonheur des uns, le malheur des autres
Tous les salaires augmenteront de 2,5% à partir du 1er août

Index: le bonheur des uns, le malheur des autres

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Tous les salaires augmenteront de 2,5% à partir du 1er août
Économie 4 min. 01.08.2018

Index: le bonheur des uns, le malheur des autres

Thierry LABRO
Thierry LABRO
Le Statec a annoncé mardi matin une nouvelle tranche indiciaire: les salaires seront augmentés de 2,5% pour faire face à l'inflation. Bonne nouvelle pour les salariés et moins bonne pour les patrons.

Dans la chaleur de l'été, tout va plus lentement... sauf les «bonnes nouvelles». 

Mardi matin, à deux mois et demi des élections législatives, le ministre de l'Economie, Etienne Schneider, s'est dépêché d'annoncer sur son compte Twitter que les salaires seraient augmentés de 2,5% à partir de ce mercredi 1er août.

Trente-sept minutes plus tard, le Statec publie son communiqué officiel, selon lequel «le taux d’inflation annuel de l’indice des prix à la consommation national (IPCN) s’élève à 1,5% pour le mois de juillet. Avec ce résultat, la moyenne semestrielle de l’indice raccordé à la base 1.1.1948du mois de juillet dépasse le seuil de 852.63 points, déclenchant ainsi une nouvelle indexation.» 

Avec l'évolution des prix des produits pétroliers, il était acquis qu'une tranche d'index serait accordée entre l'été et l'automne. En février, sur la base de ses calculs, le Statec avait laissé entrevoir une première indexation entre le troisième et le quatrième trimestre de cette année et une autre l'an prochain. 

L'inflation connue le 8 août 

Les résultats détaillés de l’indice des prix à la consommation de juillet seront publiés le 8 août, à l’issue de la réunion mensuelle de la commission de l’indice. 

Mais mardi matin, Eurostat a publié ses estimations de l'inflation dans la zone euro. Elle serait, pour le mois de juillet, de 2,1%, tirée principalement par la hausse des produits énergétiques (+9,4% contre +6,1% en mai et +8% en juin) et des produits alimentaires-alcools-tabac (+2,4%). 

La dernière indexation remontait à janvier 2017, portant le salaire minimum à 1.998,59 euros bruts. 

«Les employés sont contents et les patrons se plaignent», dit un économiste. «Mais ils oublient que l'indexation est déclenchée par l'inflation, autrement dit qu'ils ont déjà augmenté leurs prix.» 

Comme à chaque fois, le sujet fait bondir le patronat qui se plaint que ses marges sont rognées par ce dispositif d'adaptation des salaires à l'inflation. 

Dans le nouveau tableau de la compétitivité, s'était ému la Fondation Idea en janvier, un des 67 indicateurs inquiète les acteurs économiques: la rentabilité des sociétés non financières. Mesurée en divisant l’excédent brut d’exploitation (EBE) – les « marges » des entreprises et les revenus mixtes des indépendants – par le chiffre d’affaires, elle classe le Luxembourg... en dernière position européenne. 

Mais ce n'est pas si simple, nuance la fondation: en raison de la taille du pays, une ou deux entreprises peuvent modifier l'image globale; et les coûts salariaux ne sont qu'un élément dans la baisse de la rentabilité. 

"Le faible taux d’EBE calculé au niveau de l’économie marchande non financière est le reflet d’un tissu économique largement dominé par une minorité d’entreprises multinationales, puisque 5% des entreprises réalisent 90% du chiffre d’affaires", a répondu le Statec dans une analyse, le 24 juillet. "Les statistiques miroitent le phénomène de la globalisation, qui se manifeste depuis la dernière décennie par une forte présence du négoce international, des services manufacturiers ainsi que des services aux entreprises (B2B). Ces activités affichent des faibles taux d’EBE en raison du niveau très élevé du chiffre d’affaires, d’une part, et d’une plus faible part de la production, d’autre part."

"Un quart des entreprises au Luxembourg connaissent un taux d’EBE négatif", dit même le Statec. Et contrairement à une idée répandue: dans les entreprises marchandes non financières, le coût du personnel est passé de 12% en 2005 à 8% en 2015.

160 millions de plus à payer pour l'Etat

Si le secteur financier se plaint que cela rende ses services moins attractifs, l'immobilier et tout le secteur de support en profitent. A l'inverse, le secteur le plus pénalisé est celui de l'hébergement et de la restauration, qui parvient de moins en moins à compenser les hausses par plus de chiffre d'affaires. 

Selon notre calcul, la tranche indiciaire coûte une centaine de millions d'euros pour le secteur public (administration centrale de l'Etat, communes, sécurité sociale, syndicats intercommunaux et établissements publics). 


Les salaires en hausse de 2,5% dès le mois d'août
C'est officiel: le ministre de l'Economie, Etienne Schneider, a annoncé ce mardi sur son compte Twitter que les salaires, traitements et pensions augmenteront de 2,5% dès le 1er août.

Le premier indice des prix ainsi qu’une clause d’indexation pour les traitements et pensions des agents des chemins de fer et des fonctionnaires de l'Etat est introduit en 1921. 

L'indice est basé sur un panier de 19 articles de consommation qui sont censés être utilisés par un ménage de cinq personnes. En 1948, ce panier est élargi à 36 biens, aujourd'hui il comporte environ 8.000 biens et services regroupés dans 255 catégories. 

Le système d’indexation a été progressivement étendu avant d’être généralisé par la loi du 27 mai 1975. 

Sur cinquante ans, les salaires n'ont pas bougé pour cette raison qu'à deux reprises, en 2015 et en 2016. 

Et leur augmentation a été inférieure à 1% à trois reprises (1998, 1996, 1998).

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