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«Il faut enfin mettre en place des règles claires»
Économie 5 min. 24.09.2020

«Il faut enfin mettre en place des règles claires»

Pour Michèle Detaille, il faut tirer les conséquences du dossier Fage et aller de l'avant.

«Il faut enfin mettre en place des règles claires»

Pour Michèle Detaille, il faut tirer les conséquences du dossier Fage et aller de l'avant.
Photo: Anouk Antony
Économie 5 min. 24.09.2020

«Il faut enfin mettre en place des règles claires»

A la suite de l'échec du projet Fage, Michèle Detaille tire les leçons et souhaite éviter de nouveaux dysfonctionnements. La présidente de la Fedil demande «une politique industrielle ambitieuse portée par tous les acteurs».

(ER avec ndp) -Michèle Detaille, qui est selon vous le principal responsable de ce fiasco? Le ministère de l’Environnement? Le gouvernement dans son ensemble?

Michèle Detaille: «Une faute est souvent partagée quand quelque chose ne va pas. Dans l'industrie on a l'habitude que des choses ne se passent pas bien et souvent il n'y a pas qu'une seule raison à cela. Néanmoins, à mon avis, il y a dans cet échec deux choses à souligner: c'est le temps qu'a duré ce dossier et la façon dont la ministre de l'Environnement l'a géré en politisant cette affaire et en y mettant toute son idéologie.


Ministre Carole Dieschbourg - Foto : Pierre Matgé/Luxemburger Wort
Le dossier Fage sur le bureau de Carole Dieschbourg
Après que communes et particuliers ont participé à l'enquête commodo/incommodo sur la possible implantation de l'usine de yaourts grecs à Bettembourg, la ministre de l'Environnement reprend la main.

A cela j'ajouterai un principe bien connu que l'on peut résumer ainsi: marché connu, marché foutu. Je pense, et ce n'est pas pour cacher des malversations ou d'autres choses, que le business se fait dans la discrétion. C'est un peu le tort qu'il y a eu ces dernières années au Luxembourg: on vit maintenant tellement dans l'actualité que tout le monde veut aujourd'hui annoncer des choses avant qu'elles ne soient réalisées. Ce n'est pas bien, parce que les choses sont compliquées et prennent du temps. Mais c'est une maladie de l'époque. Je pense qu'on doit avoir la maturité, à un certain niveau de responsabilité, de dire: «Et bien non, cela je ne peux pas encore l'annoncer». C'est difficile bien sûr, parce qu'il faut résister à la pression des journalistes, à la pression de la rue, mais c’est une nécessité.

On ne connaît pas encore la raison officielle de la renonciation de Fage. Il est possible qu'elle ne soit pas liée aux longues procédures administratives, mais à des questions de réputation de l'entreprise...

«C'est possible, mais si Fage avait reçu son autorisation dans un délai que l'on peut considérer comme normal, à savoir un an, il aurait été en place depuis trois ans. On n'aurait sans doute plus parlé de cette affaire. L'entreprise aurait produit de beaux produits dans le respect de toutes les règles au Luxembourg. Après les dirigeants auraient fait face à des questions, à des sujets délicats qu'ils auraient pu traiter comme des entrepreneurs installés ici.

Il est donc temps de penser environnement et économie territoriale au-delà des frontières.  

Quel est, selon vous, le principal critère à prendre en compte pour accueillir des entreprises étrangères au Luxembourg?

«Je pense qu’on doit d'abord aller vers des entreprises qui créent de la valeur. Ensuite, j'hésite à donner des critères précis, parce que le terrain industriel suppose aussi un certain équilibre. Si vous n'avez que du high tech et personne pour emballer, ça ne va pas non plus. Pendant la crise sanitaire, quand on a voulu maintenir des activités essentielles, on s'est rendu compte que celles-ci dépendaient elles-mêmes d'activités qui n'étaient pas essentielles. Il ne faut donc pas se limiter à un type d'industrie, ni au seul territoire national. 


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On doit, à mon sens, avoir une vision sur l'ensemble de la Grande Région. Il peut y avoir des collaborations efficaces, parce qu'il y a plus de terrains industriels à ce niveau-là. Nous avons, de notre côté, un écosystème efficace, avec une université, des centres de recherche et Luxinnovation, que n'ont pas les régions voisines. Il est donc temps de penser environnement et économie territoriale au-delà des frontières. Ce que nous demandons aussi, c'est de la prévisibilité et de la sécurité juridique. Cela a existé au Luxembourg jusqu'il y a peu. C'est inscrit dans nos gènes, il faut juste un peu recadrer.

Vous plaidez pour une réduction des délais de procédure à six mois? Vu les délais actuels, cela semble impossible pour l'instant...

«Je dis six mois, parce qu'en France, il y a un gros effort pour réindustrialiser les territoires. Les autorités ont ainsi déterminé 72 zones industrielles qui sont prêtes à l'emploi. En même temps, elles s'engagent à ce que l'autorisation soit délivrée en six mois. C'est la ministre de l'Industrie en personne qui l’a annoncé. Alors je me dis que si un ministre français, qui vit dans un pays extrêmement compliqué, pense qu'il peut y arriver, on peut y arriver aussi! Dans le monde actuel qui va de plus en plus vite, avec des industries qui sont de moins en moins des industries lourdes, il faut absolument raccourcir les délais.


Desk, Industriegebiet, Gewerbezone, Corona Virus, Z.I. Wolser, Foto: Lex Kleren/Luxemburger Wort
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On entend beaucoup de commentaires sur le risque de réputation du pays. Mais ne faut-il pas d'abord prendre en compte les intérêts des résidents?

«Je pense qu'il faut arrêter d’opposer les intérêts des résidents et ceux de l'industrie. L'intérêt des résidents, c'est d'avoir une bonne qualité de vie, et ça c'est l'Etat-providence qui la finance. Le bien-être, ce n'est pas seulement le confort, c'est aussi le système de santé, l'assurance dépendance pour les personnes âgées, c'est un système d'éducation que tout le monde critique mais qui permet quand même à des jeunes de 18 ans de parler quatre langues. C'est aussi une vie sociale et culturelle largement subventionnée. Tout cela doit être payé par quelqu'un, entre autres par des industries pérennes et de qualité.


online.fr, FEDIL, Präsidentin Michèle Detaille,   Foto: Anouk Antony/Luxemburger Wort
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Quelle action immédiate préconisez-vous?

«Je suis contente d'avoir entendu le message du Premier ministre. C'est ce que demande la Fedil depuis un bon moment. Nous voulons une politique industrielle ambitieuse qui soit portée par le gouvernement dans son ensemble. Par ailleurs, lorsque je dis qu'il faut donner une autorisation en six mois, cela ne veut pas dire qu'il faut la donner à n'importe qui. Mais il faut qu'on travaille plus vite. Nous avons tous vu, pendant la crise du Covid-19, quand il faut aller vite, on peut. Il faut garder ce rythme. Je suis sûre que nous pouvons y arriver.»

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