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FinTech: le Luxembourg cherche son champion
Économie 4 min. 21.05.2015 Cet article est archivé
ICT Spring

FinTech: le Luxembourg cherche son champion

ICT Spring

FinTech: le Luxembourg cherche son champion

Guy Jallay
Économie 4 min. 21.05.2015 Cet article est archivé
ICT Spring

FinTech: le Luxembourg cherche son champion

Les monnaies virtuelles, le bitcoin en tête, renverseront l'ordre établi des banques dans deux ans ou dans dix ans. Le Luxembourg, qui veut compter dans les FinTech, doit en tenir compte pour découvrir la SES ou le Skype du futur, un exercice à de nombreuses inconnues. Les deux jours de l'ICT Spring ont permis de voir l'étendue du chantier. Et de mesurer les appétits des professionnels!

Demander, dans un repas de famille, qui était là en premier, l'oeuf ou la poule, c'est s'assurer d'heures de discussions animées. Demander, à l'ICT Spring, s'il vaut mieux un écosystème mature ou un champion des FinTech comme locomotive, provoque à peu près les mêmes discussions jamais tranchées. 

Mercredi matin, au nouveau centre de conférences du Kirchberg, le ministre des Finances, Pierre Gramegna, ambassadeur des technologies de la communication et de l'information (TIC), a déroulé ses meilleurs arguments: 

  • le soutien du gouvernement, de Luxinnovation, de l'Université et des centres de recherche; 
  • la loi sur la sàrl simplifiée (en un jour pour un euro par une personne); 
  • la palette des aides financières, des venture capitalists aux fonds du ministère de l'Economie en passant par ceux de la SNCI, 
  • aux 18 millions d'euros du plan Juncker pour lever 300 milliards au total en Europe 
  • ou aux 150 millions du LuxFuture Fund; 
  • les conditions de vie, 
  • la sûreté du pays 
  • ou encore les facilités accordées dans le cadre de la Blue Card pour permettre l'importation de talents; 
  • le marché des fonds, la taille du secteur de l'assurance; 
  • les infrastructures (réseaux et datacenters) 
  • ou, finalement, la promotion internationale du pays. 

  Londres était un centre financier cent ans avant Luxembourg, ça ne nous a pas empêchés de monter notre hub!» Nicolas Mackel, LFF 

Mais la question de la place du Luxembourg sur la carte mondiale des FinTech reste la même: quelle valeur ajoutée le pays peut-il trouver pour, une fois encore, donner ce coup de rein à l'économie, qu'il a vécu avec la SES ou avec Skype? 

«Londres était un centre financier cent ans avant Luxembourg, ça ne nous a pas empêchés de monter notre hub!», a rappelé Nicolas Mackel, de Luxembourg for finance. 

La confiance, valeur clé 

Pour le patron de Kantox – société qui a eu l'award de la meilleure idée FinTech – le Français exilé à Londres Philippe Gelis, «il faudrait pouvoir délivrer un agrément plus vite qu'à Londres aux sociétés qui travaillent dans ce secteur», ce qui aurait pour elles le double intérêt d'offrir un passeport pour l'Union européenne et de s'épargner les conséquences d'un Brexit, d'une sortie du Royaume-Uni que personne ne souhaite officiellement mais que tout le monde prépare. 

Seulement ce n'est pas si simple. L'Américaine CoinBase, qui a annoncé début mai proposer ses activités à Londres grâce au régulateur... n'est pas régulée en réalité, petite subtilité de langage de la Financial Conduct Authority. M. Gelis admet aussi que personne à Londres n'évoque ni l'Europe continentale et encore moins Luxembourg comme base de repli en cas d'urgence. 

La commission de surveillance du secteur financier (CSSF) a assisté sans surprise depuis l'automne 
dernier à une recrudescence des 
demandes d'agrément depuis qu'elle a formalisé sa position sur les 
monnaies virtuelles il y a 18 mois. Officiellement, personne ne commente. La responsable de l'innovation à la CSSF, Naida Manzari, se félicitait tout juste que «la régulation ne soit plus perçue comme un handicap». 

Car tous les professionnels le disent, surtout ceux qui travaillent de près ou de loin sur les monnaies virtuelles, sont désormais demandeurs de cette régulation qui rassure les banques traditionnelles et les clients. 

Et la confiance est la valeur clé du secteur: «91% des personnes interrogées par The Economist Intelligence Unit font confiance aux institutions financières», a rappelé, par exemple, le CEO de MyBank, John Brexis. C'est fort de cette confiance et du positionnement luxembourgeois en matière de sécurité et de confidentialité acquis par la banque traditionnelle, ce que le ministre des Finances a regroupé sous un nouvel acronyme «SICT» (pour Safe ICT), que le Luxembourg doit construire. Avec deux paramètres mis en évidence par Accenture et rappelés par Suzanne Chishti, du FinTech Circle: «72% des banques ont des dispositifs d'innovation très fragmentés et 80% d'entre elles sont équipées a minima pour le digital.» 

Le CIO de l'année, Carlos Goncalves, de la Société générale
Le CIO de l'année, Carlos Goncalves, de la Société générale
Guy Jallay

Autrement dit malgré les évolutions notables des banques de la place, aussi bien à la BIL qu'à la Société générale par exemple, dont le CIO, Carlos Gonçalves a été élu CIO de l'année, la solution viendra plutôt de l'extérieur du cercle. Même si des sociétés sont déjà installées discrètement au côté des 150 sociétés qui emploient 10.000 personnes, le Luxembourg a choisi de s'engager financièrement auprès du réseau mondial de start-ups financières Innotribe, choix aussi bien défendu par Luxembourg for finance que par le président de l'ICT à la FEDIL, Jean Diederich. 

L'idée est de trouver ce futur champion qui jouera le rôle de locomotive. Comme Luxinnovation le fait depuis quelques années en poussant les sociétés japonaises à venir à l'ICT Spring ou à s'installer au Luxembourg. 

Une locomotive serait utile pour une autre raison: le venture capital court toujours après le succès. En 2014, 80% du venture capital a été investi aux Etats-Unis. La seule Silicon Valley a pris à elle seule 20% des 17 milliards d'euros contre 15% pour la totalité de l'Europe. 

Et vous, vous êtes plutôt oeuf ou poule?

Thierry Labro


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