Grève de la SNCF, un long tunnel d'ennuis au Luxembourg
Grève de la SNCF, un long tunnel d'ennuis au Luxembourg
Le week-end de Pâques s'est terminé sur une indigestion... de problèmes de mobilité.
Pour les frontaliers français – la moitié des frontaliers qui travaillent chaque jour au Luxembourg – tous les moyens sont bons pour échapper autant que possible à cette grève «perlée» de la SNCF – deux jours sur cinq chaque semaine – qui pourrait durer jusqu'au 28 juin: congés, télétravail au moins pour un de ces deux jours hebdomadaires, retour à la voiture, covoiturage, bus.
Car en Lorraine, les vacances de «Pâques», appelées de «Printemps», ne commenceront que la semaine prochaine.
Les syndicats français protestent contre la réforme de la SNCF, préparée par le gouvernement français et qui s'inscrit dans le cadre d'une vaste refonte des règles du jeu des services ferroviaires dans l'UE. Les transports nationaux de voyageurs vont devoir à leur tour s'ouvrir à la concurrence, à partir de 2020 pour les services commerciaux (grandes lignes) et dans les appels d'offres des TER à partir de 2023. Du côté des CFL, hier, on explique que l'on n'a pas à communiquer sur la grève de la SNCF.
Deux TGV vers Paris sont maintenus et une vingtaine de TER luxembourgeois font la navette entre Metz et Luxembourg, «sous réserve que les postes de contrôle ne soient pas eux aussi en grève».
Née de la fusion entre la division fret de la Société nationale des chemins de fer luxembourgeois (CFL) et le département de transport interne des sites de production luxembourgeois d’ArcelorMittal, CFL Cargo est elle aussi touchée par la grève. «Etant utilisateur du réseau ferré français géré par SNCF, la grève en cours impacte inévitablement les trafics de CFL cargo», indique la directrice générale de CFL cargo, Laurence Zenner. «Une cellule d’échange entre CFL cargo et SNCF est en place.
Vu la variabilité des zones concernées par les grèves, elle étudie au jour le jour des alternatives ou des modifications de planning pour les trafics de CFL cargo. Un contact permanent envers les clients est assuré afin de les informer des répercussions sur les différents axes du transport combiné et conventionnel en France. Pour le moment il n’est pas possible d’extrapoler une projection financière sur l’impact de cette grève.»
Le train est un élément clé pour la mobilité transfrontalière vers Luxembourg, comme le ministre des Transports, François Bausch, l'a rappelé à l'occasion de la visite d'Etat en France. Avec des frontaliers français amenés à passer de 95.000 aujourd'hui à 135.000 en 2030, dix trains circuleront chaque heure et par sens sur ce trajet, soit huit TER (avec un maximum de 8.000 passagers par heure), un TGV et un train de fret, selon les accords signés à Paris.
Doper le rail, réduire les voitures
Une nouvelle ligne Bettembourg – Luxembourg (292 millions d'euros) sera construite durant l'été et quelques week-ends de l'automne. Parallèlement, l’aménagement des nouveaux quais 5 et 6 et la restructuration du plan des voies en gare de Luxembourg (171 millions d'euros) permettront d’augmenter notablement la capacité de la gare de Luxembourg, aménagements complétés par le réaménagement de la gare de Bettembourg.
C'est presque «le minimum» dans un contexte européen où le Luxembourg est troisième en termes de croissance de trafic derrière le Royaume-Uni et la République tchèque, avec 744 kilomètres par an et par habitant et un trafic en hausse de 3,7 % entre 2009 et 2014 dont 28,1 % de trafic international.
Le ministre semble être sur des chiffres totalement différents de ceux de TNS-Ilres de 2016 qui affirmaient que 44 % des frontaliers français prenaient le train et «seulement» 34 % leur voiture. Car François Bausch veut aussi agir sur les parkings aux abords de l'autoroute et une application sur smartphone. En augmentant le nombre de passagers par voiture de 1,2 (actuellement) à 2,2, on pourrait faire baisser le nombre de voitures de plus de 40.000 par jour, ou de 55.000 en montant à 3,2 personnes par voiture. Ou tout simplement, mieux absorber les 50 % de plus de frontaliers français utiles à l'économie locale.
Ce qui a non seulement un impact sur la vie des frontaliers eux-mêmes mais aussi sur celui du transport puisque 85,5 % du fret (dont 97,7 % d'international) préfèrent la route au rail (6,1 %).
Cela rapporte peut-être des accises liées au carburant mais pèse sur le coût des infrastructures et sur les émissions de gaz à effet de serre.
Face à ces retards à répétition, les patrons luxembourgeois restaient discrets hier. Les seules statistiques, de l'Observatoire de l'absentéisme, indiquent que les frontaliers ne sont pas plus absents que les résidents.

