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Grande Région: le paradoxe des seniors actifs
Entre 2000 et 2017, la population active a augmenté de 17 % à l'échelle de la Grande Région.

Grande Région: le paradoxe des seniors actifs

PHOTO: SHUTTERSTOCK
Entre 2000 et 2017, la population active a augmenté de 17 % à l'échelle de la Grande Région.
Économie 4 min. 16.11.2018

Grande Région: le paradoxe des seniors actifs

Nadia DI PILLO
Nadia DI PILLO
Les entreprises de la Grande Région doivent faire face au vieillissement de la main-d'oeuvre.

Pas adaptables, peu mobiles, moins compétitifs que leurs cadets... Les idées reçues sur les seniors ont la vie dure. S'ils cherchent toujours leur place dans les entreprises, leur taux d'activité est en constante hausse.

Une moyenne d'âge qui s'allonge, de plus en plus de centenaires, un nombre de seniors actifs dans les entreprises qui continue de s'accroître. Comment y faire face? Quels sont les enjeux et les opportunités pour les entreprises de la Grande Région? C'est le thème de la conférence donnée ce jeudi par l'Institut de la Grande Région (IGR) et la Chambre de commerce du Luxembourg en collaboration notamment avec la Fondation Idea.

Changer notre regard sur le travail et sur le vieillissement au travail devient impératif. Car dans les prochaines années «la dernière génération des baby-boomers va venir grossir la catégorie des seniors actifs», rappelle Marie Feunteun-Schmidt, chargée d'études et coordinatrice de l'Observatoire interrégional de l'emploi. Actuellement, 18 % de la population des actifs en emploi au sein de la Grande Région a entre 55 et 64 ans.

Tendance à la hausse. Entre 2000 et 2017, la population active a augmenté de 17 % à l'échelle de la Grande Région et de 55 % au Grand-Duché.

Selon les projections de Marie Feunteun-Schmidt, la Grande Région devrait compter 11,5 millions de personnes en 2050, la tranche d'âge de 65 à 79 ans devrait progresser de 16,2 %. Selon un scénario central de la Fondation Idea, la proportion des seniors dans l'emploi résidant au Grand-Duché devrait passer de 22 % actuellement à environ 25 % d'ici 2060.

«La formation professionnelle peut être une réponse au vieillissement des actifs», souligne Muriel Bouchet, senior économiste à la Fondation Idea. «L'enjeu est de relever le niveau de productivité à travers un effort accru de formation plus ciblée.» Dans certains secteurs comme le commerce ou les services administratifs, les formations destinées aux personnes de plus de 50 ans laissent encore beaucoup à désirer, observe Muriel Bouchet.

«Il y a un certain paradoxe sur le marché de l'emploi. Au Luxembourg, nous avons d'un côté en besoin en main-d'œuvre très important et de l'autre côté un nombre relativement important de personnes de plus de 50 ans qui sont sans emploi», rappelle Isabelle Schlesser, directrice de l'Adem. Pour elle aussi, la formation et l'acquisition de nouvelles compétences est un des éléments clés pour garantir l'emploi des seniors.

Des enjeux multiples qui s'entremêlent

La problématique des seniors actifs soulève selon Sylain Cottong, économiste et fondateur de strategybuilders.eu, de nombreuses questions: comment devront évoluer nos systèmes de retraite pour financer ces pyramides d'âges qui sont en train de s'inverser, quel est l'impact sur l'âge à la retraite, comment peut-on intégrer plus longtemps les personnes âgées dans la vie active?

«Il existe d'un côté une pénurie d'emploi très importante et de l'autre côté les besoins en compétences ne cessent d'évoluer. Ce paradoxe concerne non seulement les personnes âgées mais l'ensemble de la population active», fait remarquer Sylvain Cottong. «Les interdépendances sont donc beaucoup plus complexes et il faut aborder la question des seniors actifs sous différents angles.»

Franz Clément, docteur en sociologie auprès du Liser, abonde dans le même sens. «C'est un sujet très instable, parce que d'abord il n'y a pas d'accord sur la définition même de l'âge d'un travailleur âgé. Les définitions varient selon les pays, les mentalités des entreprises, les définitions syndicales ou patronales.»

Ensuite, «on parle beaucoup de la prolongation du travail, mais cela suppose aussi que l'on doit s'intéresser à l'autre bout de la chaîne, c'est-à-dire aux jeunes sur lesquels la charge risque de se poser aussi. Parler du travail des seniors c'est aussi parler du travail des jeunes indirectement», dit-il.

Troisièmement, il faut soulever la question de l'immigration. «Nous venons de vivre en Europe une crise migratoire que nous n'avons jamais vue auparavant. Il est impossible à l'heure actuelle d'en mesurer les conséquences sur le futur marché du travail.»

Enfin, les chiffres de l'emploi sont différents d'une région et d'un pays à un autre. «De fait, la Grande Région ne comprend pas un ensemble unifié de politiques. Il n'y a pas d'uniformisation d'Europe sociale, ce qui est aussi matière à réflexion.»

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