François Bausch fait le point

Mobilité des frontaliers: deux milliards investis dans le rail

Le rail a bénéficié de gros investissements sous l'actuel gouvernement. Un élément clé de la mobilité de demain.
Le rail a bénéficié de gros investissements sous l'actuel gouvernement. Un élément clé de la mobilité de demain.
Chris Karaba

Par Thierry Labro

«Quand je leur dis que nous avons investi plus de 2 milliards d'euros depuis le début de la mandature, en ramenant ce chiffre au PIB, mes collègues européens commencent toujours à me parler d'autre chose!» 

Dans son bureau en haut du nouveau centre de conférences du Kirchberg, entre un déplacement aux Etats-Unis et une réunion, François Bausch lève les yeux d'un document qui recense tous les projets liés au ferroviaire. 

Mais ce ne sont pas les réactions de ses pairs européens qui ont donné à l'ancien cheminot l'envie de faire le point sur le rail, une des facettes de la mobilité, au côté de la route, des bus ou du tram. 

Attaqué, notamment sur Twitter, par des frontaliers lorrains, le ministre des Transports, François Bausch, a voulu détailler ses investissements.
Attaqué, notamment sur Twitter, par des frontaliers lorrains, le ministre des Transports, François Bausch, a voulu détailler ses investissements.
Gerry Huberty

Attaqué sur les réseaux sociaux, notamment sur Twitter, par des frontaliers français excédés des arrêts incessants entre Bettembourg et Luxembourg, des retards, des trains bondés et pas toujours chauffés, le ministre leur a directement répondu qu'il aimerait leur dire aussi ce que le Luxembourg a fait pour améliorer la situation. 

«Et s'ils trouvent que cela ne va pas assez vite, qu'ils s'en prennent à ceux qui m'ont précédé!», lâche-t-il sans méchanceté. Mais sans naïveté: son prédécesseur est Claude Wiseler, le leader des chrétiens-sociaux (2009-2013) qui avait lui-même succédé à Lucien Lux (2004-2009). 

Bettembourg, 
noeud des problèmes 

«Je savais en arrivant qu'il serait beaucoup plus difficile d'obtenir des accords sur des projets en fin de mandat. Il y a toujours de petits calculs politiques qui rendent les choses plus compliquées. Tout cela a déjà fait partie des discussions de coalition. Je savais que je n'avais pas le droit de ne pas réussir», se souvient-il. 

«Alors j'ai accéléré la cadence. Ce qui explique, par exemple, que l'enveloppe est passée de 207 millions d'euros en 2014 à 309 millions l'année suivante et on dépassera les 418 millions d'euros en 2017 et 414 millions en 2018!» 

Au total, le gouvernement aura investi plus de deux milliards d'euros sonnants et trébuchants, plus quelques autres, plus difficiles à comptabiliser. 

Les investissements vont dans toutes les directions
Les investissements vont dans toutes les directions
wort.lu

Première promesse, revoir complètement la situation à Bettembourg. C'est là que les éléments se déchaînent entre le double trafic à gérer, depuis la France et depuis Rodange, vers Luxembourg, avec un vieux poste directeur des années 1980 pour lequel il est parfois difficile de trouver des pièces de rechange et sur deux voies. 

Sans même parler de l'influence des trains de marchandises, appelés à augmenter significativement au fur et à mesure que le hub de logistique de Bettembourg verra son activité augmenter. 

Et même si le trafic était plus fluide, il ne pourrait pas être absorbé par la gare de Luxembourg. La meilleure preuve est venue de l'absence de résultats liés au cadencement Lorraine-Luxembourg: les 10.000 places supplémentaires ajoutées l'an dernier pour absorber une croissance du trafic de 6% par an depuis six ans n'a pas débloqué la situation. 

En étroite concertation avec les CFL, le ministre propose rien de moins que de doubler les voies (d'ici 2022), de changer le poste directeur (entre 2022 et 2025) et d'ajouter des voies en gare de Luxembourg (livrées en 2018 et 2020). Voire d'imaginer que les trains qui s'arrêtent dans la capitale aillent finalement vers Dommeldange ou Ettelbruck. 

Le hub logistique de Bettembourg va forcément accroître la pression sur le rail.
Le hub logistique de Bettembourg va forcément accroître la pression sur le rail.
Gerry Huberty

C'est cette semaine qu'il dépose à la Chambre la loi de finance pour le tronçon Bettembourg-Luxembourg. Les gares du Pfaffenthal et de Howald, ouvertes en fin d'année, modifieront aussi les parcours en prenant la «tangente». C'est un mot que Bausch emploie de plus en plus souvent, notamment avec les bus, en partant d'un constat simple: pourquoi faut-il obligatoirement aller jusqu'à Luxembourg pour repartir vers les quartiers périphériques? 

Enquête inédite 
auprès de 220.000 personnes 

Favoriser la «multi-mobilité» est aussi un sport, tant certaines problématiques sont très compliquées. Les neuf hubs multimodaux qui verront le jour permettront de passer du train au bus ou au tram. A condition que les utilisateurs bénéficient d'une offre globale et des informations adaptées. 

En fin d'année, les CFL auront embarqué de la technologie qui permettra d'avoir les informations en temps réel et des annonces automatiques. Ce qui devrait lever une des critiques les plus souvent entendues: «On est dans le train et on ne sait rien. On l'attend et il est annulé sans information.» 

C'est le projet Aramis, une application plus conviviale avec des «pushes» – des alertes sur son smartphone – en attendant que soit lancé Mobiregio, le projet né de la Grande-Région et qui voudrait pouvoir réunir en un seul endroit toutes les informations sur les transports en commun des régions frontalières du Luxembourg. 

Dans les prochaines semaines, les écrans de publicité seront occupés par une campagne pour une étude de mobilité inédite qui coûte 600.000 euros et qui a été confiée aux Allemands d'InFass: 220.000 personnes dont un tiers de frontaliers pourront, en septembre, remplir un questionnaire qui permettra d'approcher leur réalité quotidienne des transports et notamment des transports en commun. 

Le Park & Ride de Rodange, comme les autres, doivent être gratuits et intégrés à un ticket unique pour favoriser leur adhésion.
Le Park & Ride de Rodange, comme les autres, doivent être gratuits et intégrés à un ticket unique pour favoriser leur adhésion.
Claude Piscitelli

Troisième promesse, partiellement liée à la précédente: pour que les frontaliers abandonnent la solitude de leur voiture, il faut qu'ils abandonnent la voiture. Si le groupe Vinci a obtenu les concessions des parkings en gare de Metz et de Thionville, par exemple, pour le ministre, il est clair que l'offre en park and ride doit augmenter et qu'ils doivent être gratuits. 

Si Metz ne prend pas le chemin de la gratuité, Thionville a commencé à agrandir un parking créé dans l'urgence à coups de graviers de l'autre côté de la gare, vers Yutz. Le parking s'est rempli en quelques semaines. 

Le ministre s'est donc aussi lancé dans des discussions tous azimuts. C'est Idélux, une association intercommunale près d'Arlon qui doit gérer, à partir de la fin de l'année, un park and ride de 1.200 places sur un terrain disponible. A la gare de Rodange, 1.700 places verront le jour entre 2018 et 2020. 

A Wasserbillig, 31 millions d'euros seront investis dans un parking de 420 places, dans une réflexion globale de doublement de voies à Igel, près de Trèves, d'un nouveau cadencement entre Luxembourg et Coblence et par la réactivation de lignes et de gares dans la région de Trèves. 

«La gratuité des Park and Ride est parfois difficile à faire comprendre...», explique-t-il. D'autant que, comme il le souligne à propos de la France, «si les décisions concernent la Région, elles sont souvent prises à Paris». Où il dit avoir l'oreille attentive de Christian Eckert, le secrétaire d'Etat en charge du Budget et des Comptes publics, et lorrain lui-même. Ou du maire de Longwy, Jean-Marc Fournel. 

Loin des arcanes européens, c'est quand même sur le terrain qu'on mesure le mieux la réalité: Christophe Allard est venu le lui rappeler. Fin décembre, il a déposé une pétition pour que les voies du Nord soit doublées. Elle a recueilli 531 signatures. Mais le sujet devra être lui aussi mis... sur les rails.