Changer d'édition

Fiscalité et inégalités: Du Thomas Piketty chez Jean-Claude Juncker
Économie 3 min. 15.12.2017

Fiscalité et inégalités: Du Thomas Piketty chez Jean-Claude Juncker

Jean-Claude Juncker ce jeudi au sommet européen à Bruxelles (en compagnie de Stefan Lofven, Premier ministre suédois)

Fiscalité et inégalités: Du Thomas Piketty chez Jean-Claude Juncker

Jean-Claude Juncker ce jeudi au sommet européen à Bruxelles (en compagnie de Stefan Lofven, Premier ministre suédois)
AFP
Économie 3 min. 15.12.2017

Fiscalité et inégalités: Du Thomas Piketty chez Jean-Claude Juncker

Pierre SORLUT
Pierre SORLUT
Dans un entretien-fleuve paru dans la presse, le président de la Commission européenne revendique lutter contre l'accroissement des inégalités et «l'inadéquation fiscale entre le travail et le capital», des phénomènes notamment relevés par l'économiste français.

(pso) – «Il y a une inadéquation fiscale entre le travail et le capital», analyse le président de la Commission européenne Jean-Claude Juncker dans une interview accordée au magazine Paperjam paru ce vendredi.

Au lendemain de la publication du «World Inequality Report» coordonnée par Thomas Piketty, l'ancien Premier ministre du Luxembourg se rapproche de l'une des thèses déjà développées par l'économiste français dans son best-seller «Le Capital au XXIème siècle» selon laquelle les revenus du capital croissent plus vite que l'économie (r>g). À grand renfort de statistiques, l'étude publiée ce jeudi atteste une nouvelle fois que les revenus des placements rapportent plus que le travail. «Limiter les inégalités de patrimoine et de revenu requiert un revirement significatif des politiques fiscales nationales et internationales», expliquent les économistes réunis autour de M. Piketty.

Interrogé par Paperjam sur la question du creusement des inégalités en rapport avec l'imposition, Jean-Claude Juncker constate «une inadéquation fiscale entre le travail et le capital». «Il faudra, sans chasser le capital de l'Europe, revoir l'imposition du capital», préconise-t-il dans une posture qu'il ne veut pas voir considérée comme «anticapitaliste». «Les peuples d'Europe, et notamment les plus modestes de nos peuples, n'acceptent plus l'idée que plus vous êtes grands, moins vous devez payer d'impôts», constate-t-il simplement.

En tant que garant des intérêts de l'UE

Le président de l'exécutif européen rappelle que «la cohésion économique et sociale est un impératif de l'intégration européenne». M. Juncker dit y travailler notamment par la politique fiscale de la Commission européenne. «Tout bénéfice doit être imposé là où il est réalisé», argue M. Juncker qui regrette «que le gouvernement luxembourgeois ne le voie pas de la même façon. C'est une erreur historique de ne pas vouloir imposer, aux niveaux appropriés, les bénéfices des multinationales qui agissent planétairement et qui ne paient pas l'impôt dû», plaide le président de la Commission européenne en référence à une initiative du président français Emmanuel Macron, «avec qui le gouvernement luxembourgeois revendique une amitié intime».

En tant que Premier ministre du Luxembourg

Le sujet des inégalités «ne quitte jamais mon esprit, ou devrais-je dire mon coeur», lit-on encore dans cet entretien-fleuve. «J'ai toujours porté une attention particulière à ce sujet, contre vents et marées.» Jean-Claude Juncker s'érige en artisan du revenu minimum garanti et souligne avoir milité pour l'adaptation du salaire social minimum alors qu'il siégeait au gouvernement du Luxembourg (dans ses rangs puis à sa tête). «J'ai toujours considéré que le peuple est un. Et lorsque des disparités apparaissent, il faut y remédier», poursuit-il.

Réaction à Luxleaks

Dans la même interview, Jean-Claude Juncker dit que, à l'inverse de son ancien ministre des Affaires étrangères Jean Asselborn (toujours en poste), il n'a pas eu honte lors des révélations Luxleaks qui en novembre 2014 avaient levé le voile sur l'industrie luxembourgeoise de l'optimisation fiscale. Il témoigne avoir été «incommodé par certains excès qui ont été faits au Luxembourg, lorsqu'il s'agit des rescrits fiscaux» et charge l'administration des contributions directes et le signataire des accords fiscaux passés avec les multinationales. Jean-Claude Juncker accuse même les socialistes (famille à laquelle appartient M. Asselborn) et les libéraux (celle du Premier ministre Xavier Bettel) de ne pas l'avoir laissé agir contre ces abus.

Des menaces

«J'ai une mémoire trop riche pour ne pas répondre à toutes les critiques au Luxembourg qui concernent mon passé. Si ça continue, je répondrai à ceux qui n'étaient pas à la hauteur de leurs tâches au moment indiqué», menace-t-il.

Enfin, interrogé sur la réaction des fiduciaires, auditeurs et autres avocats face à la directive conférant plus de transparence au niveau des intermédiaires financiers, l'ancien Premier ministre du Luxembourg répond que «certains d'entre eux doivent abandonner le goût pour l'argent facile». Il précise sa pensée: «Ceux qui se vautrent dans le plaisir des constructions faciles, contraires au bon sens et à la morale, devront se ressaisir».


Sur le même sujet