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Exploitation de l'espace: Space Mining: qu'attendre de la loi?
Débat citoyen sur l’espace ESA (European Space Agency) à Luxembourg Tramschapp avec un discours de Etienne Schneider 10.09.2016 Photo Christophe Olinger

Exploitation de l'espace: Space Mining: qu'attendre de la loi?

Christophe Olinger
Débat citoyen sur l’espace ESA (European Space Agency) à Luxembourg Tramschapp avec un discours de Etienne Schneider 10.09.2016 Photo Christophe Olinger
Économie 5 min. 11.11.2016

Exploitation de l'espace: Space Mining: qu'attendre de la loi?

Thierry LABRO
Thierry LABRO
Le ministre de l'Economie, Etienne Schneider, présentera ce vendredi après-midi le projet de loi sur l'exploitation des ressources de l'espace. Pour être en pointe mondiale, le Luxembourg va devoir caresser les avocats et les pionniers de cette industrie futuriste dans le sens du poil.

par Thierry Labro

L'idée continue de paraître complètement folle. Aller chercher des minerais dans l'espace, sur les astéroïdes les plus proches, pour les ramener sur Terre et les vendre.

Au risque de paraître bien loin des problèmes de ses entrepreneurs, le ministre de l'Economie, Etienne Schneider, continue d'avancer ses pions sur ce projet.

Comme les Américains ont pris un coup d'avance en assurant aux sociétés américaines que ce qu'elles ramèneraient de l'espace leur appartiendrait, le Luxembourg doit aller plus loin. Le ministre a trouvé une solution simple: élargir cette possibilité à toutes les sociétés, qu'elles soient américaines, européennes ou asiatiques, pour peu qu'elles soient au moins en partie installées au Luxembourg.

Des cailloux qui valent de l'or? Une première mission de prospection économique devrait être lancée en 2020, a promis le ministre
Des cailloux qui valent de l'or? Une première mission de prospection économique devrait être lancée en 2020, a promis le ministre
Photo: AFP

La recherche spatiale, principal objectif luxembourgeois?

Le mot "en partie" a un sens parce qu'Américains, Russes et très prochainement Chinois auront leur propre écosystème économique autour de l'espace. Et il n'est pas question de lancer une fusée depuis le Luxembourg, ni même d'en récupérer une qui reviendrait avec les pierres précieuses. 

Les premières conséquences de ce choix sont déjà visibles au Luxembourg, où Planetary Resources et Deep Space Industries, les deux américaines, ont déjà décidé de s'implanter ici pour mener des activités de recherche. 

Le Luxembourg a même signé la semaine dernière son engagement auprès de Planetary Resources pour 25 millions d'euros. Les investisseurs derrière ce projet justifiaient que le Luxembourg démontre ainsi son engagement.

Le p.-d.g. de Planetary Resources, Chris Lewicki, avec lequel le gouvernement vient de s'engager
Le p.-d.g. de Planetary Resources, Chris Lewicki, avec lequel le gouvernement vient de s'engager
Planetary Resources

Le premier problème que doit régler le gouvernement luxembourgeois est de rendre son dispositif inattaquable juridiquement alors que les lois internationales sur l'espace datent d'un temps que les moins de vingt ans ne peuvent pas comprendre. 

A l'Institut international sur les lois de l'espace, organe central sur le sujet, on dit en off que les Etats-Unis et le Luxembourg restent largement minoritaires pour que les lois internationales soient modifiées ou adaptées mais que l'ouverture de ces "brèches" peut enclencher un mouvement plus large.

Une licence à quel prix?

Selon nos informations, le ministre devrait aussi mettre en place un système de licence. Un cahier des charges à respecter contre une licence, pour s'assurer que tout le monde ne fait pas n'importe quoi. Les partisans d'un espace qui appartient à toute la planète et pas à quelques pays privilégiés restent largement majoritaires. Il s'agit pour eux de défendre une approche universelle des ressources de l'espace. L'ironie est de garantir cette universalité pour les ressources de l'espace alors que la Chine détient le contrôle de 95% des terres rares présentes sur Terre, dont la plupart sont utilisées pour nos téléphones portables, ordinateurs et autres technologies modernes.

De la nature des activités qui seront développées sous le drapeau luxembourgeois dépendra la fiscalité. Là où les sceptiques disent que le développement de la Société européenne des satellites, leader mondial, n'a amené que peu de créations de sociétés ou d'emplois au Luxembourg oublient que cette start-up a été créée ex nihilo et avant de pouvoir bénéficier du soutien de l'Université de Luxembourg. Avec celle-ci, qui est dans sa dixième année, généralement le moment de maturité où tout devient possible. Surtout dans un contexte européen où la recherche et l'innovation seront bien dotées dans les années à venir dans les programmes financiers multiannuels de l'Union européenne.

Une agence spatiale luxembourgeoise?

Le ministre ne cache pas que pour régler ces questions, il va falloir faire appel à des spécialistes. C'est un domaine très spécifique, qui nécessite de bonnes connaissances techniques, actuelles et futures, et une bonne dose de courage. Il faut investir avec justesse aujourd'hui pour espérer en tirer des bénéfices d'ici une quinzaine d'années.

D'où les recrutements du ministre. Après l'ancien patron de l'Agence spatiale européenne (ESA), Jean-Jacques Dordain, et l'ancien spécialiste de la NASA, Pete Worden, on sait qu'un troisième homme rejoindra le mouvement en début d'année. Un Asiatique, a priori plutôt Japonais. Il n'est pas officiellement annoncé aujourd'hui parce qu'il doit terminer son mandat. D'autres bruits de couloir s'étonnent qu'un Russe ne soit pas intégré à cette équipe.

Etienne Schneider au côté de Jean-Jacques Dordain, ancien directeur de l'agence spatiale européenne.
Etienne Schneider au côté de Jean-Jacques Dordain, ancien directeur de l'agence spatiale européenne.
ESA

Le ministre a mis dans la boucle un Luxembourgeois, Georges Schmit le consul général et directeur exécutif du Luxembourg Trade and Investment Office à San Francisco et ancien directeur de la société nationale de crédit et d'investissement.

A eux quatre, donc, plus quelques fonctionnaires, ils devront être le point central de fixation de l'intérêt pour le "space mining" au Luxembourg. C'est-à-dire être capables de nouer des contacts avec les spécialistes les plus en pointe et dégager les fonctionnaires du ministère de cette tâche supplémentaire. Avoir un Européen, un Américain et un Asiatique offre une couverture mondiale, avec tout ce que cela signifie en termes de réseaux et de compréhension des us et coutumes locales.

Le ministre a toujours affirmé qu'une agence spatiale, sous une forme ou sous une autre, serait une bonne chose dans ce contexte. Le Luxembourg a profité de sa présence à la tête de l'ESA avec la Suisse pour bien mesurer ce qu'il pourrait faire. Il faudra donc dégager des moyens budgétaires supplémentaires, dimension probablement la plus impopulaire tant le projet est critiqué dans à peu près tous les cercles.

La réponse viendra à 14 heures, au cours d'une conférence de presse retransmise en streaming, comme à l'annonce officielle de ce projet. En anglais, pour s'assurer d'une couverture mondiale et avec Jean-Louis Schiltz, l'ancien ministre et incontournable pour le secteur du numérique. Mais surtout avocat. Car le texte doit devenir une référence mondiale.

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