Changer d'édition

Enquête pénale : Le scandale des Volkswagen truquées
Économie 5 min. 22.09.2015 Cet article est archivé

Enquête pénale : Le scandale des Volkswagen truquées

Volkswagen, récemment couronné numéro un mondial des ventes devant Toyota, s'expose à des amendes pouvant atteindre 18 milliards de dollars

Enquête pénale : Le scandale des Volkswagen truquées

Volkswagen, récemment couronné numéro un mondial des ventes devant Toyota, s'expose à des amendes pouvant atteindre 18 milliards de dollars
REUTERS
Économie 5 min. 22.09.2015 Cet article est archivé

Enquête pénale : Le scandale des Volkswagen truquées

Le scandale des diesels trafiqués de Volkswagen s'étendait mardi avec la possible ouverture d'une enquête pénale aux Etats-Unis, la convocation des représentants du constructeur par la Corée et la demande d'une enquête européenne par la France.

Mardi matin, au lendemain d'une chute historique de l'action VW à Francfort (-17%), le ministre français des Finances Michel Sapin a demandé une enquête "au niveau européen" sur cette affaire qui a éclaté vendredi quand les autorités américaines ont annoncé que le premier constructeur mondial avait triché sur la qualité de ses moteurs diesel.

Selon l'ONG qui a contribué à révéler le scandale, l'International Council on Clean Transportation, il n'est "pas exclu" que Volkswagen ait eu recours aux mêmes techniques de dissimulation en Europe, a déclaré son directeur exécutif Drew Kodjak dans un entretien à l'AFP: "Il appartient aux régulateurs du continent de déterminer s'ils sont oui ou non en présence d'un +logiciel trompeur+ comme aux Etats-Unis".

Dorothee Saar, de l'ONG de protection de l'environnement Deutsche Umwelthilfe, estime qu'en Europe, "les constructeurs savent qu'il n'y a pas de contrôle postérieur". La probabilité de tricheries est donc encore plus forte sur le Vieux Continent.

11 millions de véhicules dans le monde équipés du logiciel de trucage

Le constructeur allemand Volkswagen a indiqué mardi que 11 millions de ses voitures dans le monde étaient équipées du logiciel de trucage et ce concernant plusieurs marques du groupe.

"Des enquêtes internes ont montré que le logiciel en question était aussi présent dans d'autres véhicules diesel du groupe", selon un communiqué de Volkswagen, maison mère des marques VW mais aussi Audi, Skoda, Seat ou encore Porsche.

Le trucage, qui visait à contourner les tests antipollution, concerne tous les moteurs diesel de type EA189, soit "un volume total d'environ 11 millions de véhicules dans le monde", selon ce communiqué.

Allemagne, Corée...

Berlin a d'ores et déjà ordonné des "tests approfondis" sur tous les modèles diesel de la marque Volkswagen.

En Asie, "nous avons convoqué les représentants et les ingénieurs de Volkswagen à une réunion au ministère mercredi après-midi", a déclaré à l'AFP Park Pan-Kyu, directeur adjoint du ministère sud-coréen de l'Environnement.

"Nous allons commencer dès le mois prochain à conduire des tests et nous en annoncerons les résultats fin novembre", a-t-il ajouté.

Aux Etats-Unis, les autorités ont, selon des médias, ouvert une enquête pénale contre le constructeur. Contactés par l'AFP, ni le département de la Justice ni Volkswagen n'ont souhaité commenter.

Si elle était confirmée, cette enquête s'ajouterait à celle menée notamment par l'Agence fédérale de l'environnement (EPA), les autorités américaines ayant annoncé plus tôt lundi avoir étendu leurs investigations à d'autres constructeurs pour "détecter" la présence de tels logiciels dans des voitures déjà en circulation dans le pays.

Lundi restera comme une journée noire pour le champion mondial de l'automobile, symbole de la qualité de l'industrie allemande: plus de 15 milliards d'euros de capitalisation boursière qui sont partis en fumée à la Bourse de Francfort. Les autres titres automobiles et des équipementiers en Europe ont aussi accusé le coup.

L'affaire "va avoir des conséquences financières considérables pour Volkswagen, qui ne sont pas encore calculables", estime le spécialiste automobile Ferdinand Dudenhöffer, interrogé par l'AFP. "L'image et la crédibilité de Volkswagen dans le monde entier sont maintenant entamées".

L'est également la réputation d'un fleuron de l'industrie allemande, aux liens étroits avec la politique puisque l'Etat régional de Basse-Saxe en est actionnaire à hauteur de 20%.

"Excellents produits" 

Le ministre de l'Economie de ce Land Olaf Lies, membre du conseil de surveillance de Volkswagen, a soutenu mardi matin que le problème ne concernait "à sa connaissance" que les moteurs diesel. "Ce n'est pas (une tromperie) généralisée", a-t-il assuré, appelant à ne pas jeter le discrédit sur "les 600.000 salariés de Volkswagen qui fabriquent d'excellents produits".

"Il va s'agir d'établir qui savait quoi, qui a pris les décisions", selon lui, et il est clair que des têtes vont tomber. Selon le quotidien Handelsblatt, le patron de Volkswagen Martin Winterkorn devra rendre des comptes lors d'une réunion mercredi d'une partie du conseil de surveillance. Théoriquement son contrat devrait être prolongé vendredi, jusqu'à fin 2018, mais rien n'est moins sûr dans le contexte actuel.

Selon les autorités américaines, 482.000 véhicules de marque Volkswagen et Audi, construits entre 2009 et 2015 et vendus aux Etats-Unis, ont été équipés d'un logiciel capable de détecter automatiquement les tests de mesure antipollution pour en fausser les résultats.

Le mastodonte allemand, récemment couronné numéro un mondial des ventes devant Toyota, s'expose non seulement à des amendes pouvant atteindre 18 milliards de dollars (16 milliards d'euros), mais aussi au coût du rappel de tous les véhicules concernés, soit des millions voire des milliards de dollars, et à de possibles poursuites judiciaires.

Volkswagen a cessé jusqu'à nouvel ordre de commercialiser les modèles diesel quatre cylindres de ses marques VW et Audi aux Etats-Unis.

Le constructeur va devenir "un paria pour le gouvernement et peut-être aussi pour les consommateurs américains", juge Max Warburton, analyste de Bernstein. 

Une provision de 6,5 milliards d'euros

Volkswagen va passer une provision d'environ 6,5 milliards d'euros dans ses comptes du troisième trimestre pour faire face au scandale provoqué par sa tricherie sur les véhicules diesel, selon un communiqué publié mardi.

"Les objectifs de résultats du groupe pour l'année 2015 vont être ajustés en conséquence", a ajouté l'entreprise. Jusqu'ici, le groupe Volkswagen prévoyait pour l'exercice en cours une hausse jusqu'à 4% de son chiffre d'affaires et une marge d'exploitation, mesure de sa rentabilité, comprise entre 5,5% et 6,5%.


Sur le même sujet

Volkswagen: Le scandale concerne aussi les émissions de CO2
Le scandale de tricherie sur les émissions polluantes de Volkswagen s'est étendu mardi avec la découverte d'"irrégularités" sur le niveau de CO2 de 800.000 véhicules, et l'annonce que Porsche suspendait la vente des modèles diesel de son 4x4 Cayenne aux Etats-Unis et au Canada.
 Pour la première fois, un moteur essence est également concerné.
Scandale chez Volkswagen: «On a totalement merdé»
Le PDG de Volkswagen America, Michael Horn, ne s'est pas embarrassé de périphrases en s'excusant pour le scandale des contrôles antipollution falsifiés, admettant dans un langage inhabituel que le géant allemand de l'automobile avait "complètement merdé".
The logo of German carmaker Volkswagen is seen at a VW dealership in Hamburg, in this October 28, 2013 file photo. The scandal engulfing Volkswagen, which has admitted cheating diesel vehicle emissions tests in the United States, spread on Tuesday as South Korea said it would conduct its own investigation and a French minister called for an EU-wide probe. REUTERS/Fabian Bimmer/Files