Enquête

Bien-être au travail: la coopération entre collègues comme critère n°1

Par Thierry Labro

Selon la 5e enquête nationale sur la qualité au travail, menée par la Chambre des salariés et l'Université, près des trois quarts des salariés interrogés disent avoir une qualité de travail moyenne ou supérieure. L'enquête s'intéresse cette année aux effets de la digitalisation.

Le chiffre évolue peu depuis 2014: 72% des 1.522 salariés interrogés répondent avoir une qualité de travail moyenne ou supérieure contre 68% l'an dernier. 

Cette photographie doit être regardée dans le détail et secteur par secteur, a indiqué le président de la Chambre des salariés, Jean-Claude Reding, vendredi matin à l'occasion de la présentation des résultats. 

Les principaux enseignements

  • Depuis 2015, le risque d'accident diminue (14%), mais la situation est très différente selon les métiers, de 39% pour les conducteurs d'installations et de machines, les ouvriers d'assemblage, 35% pour les métiers qualifiés de l'industrie et de l'artisanat et 24% pour les personnels des services directs, les commerçants et les vendeurs, à 2% pour les cadres et dirigeants ou 4% pour les professions intellectuelles et scientifiques.

  • La charge mentale, c'est-à-dire l'obligation non seulement de se concentrer mais aussi sur plusieurs tâches en même temps, est relativement élevée à 64% mais elle est en baisse, comme la fréquence à laquelle les salariés sont contraints de travailler sous la pression du temps (41%) alors que le respect des délais serrés reste à un haut niveau (61%).

  • La coopération entre collègues et avec les supérieurs est le premier critère qui contribue à la qualité au travail que pensent avoir les salariés (73,8%) devant la sécurité de l'emploi (72,1) et la rémunération (58%), alors que les promotions (36,8) ou le travail sans être interrompu par des coups de téléphone ou par des courriers électroniques (48,7%) sont en queue de peloton.

  • Toutes les facettes de l'autonomie au travail reculent. Les salariés sont de moins en moins nombreux à pouvoir décider des contenus de leur travail (28%), de l'ordre dans lequel ils exécutent leur tâches (53%) et de leurs horaires de travail (26%).

  • L'opinion du salarié semble être prise en compte dans deux cas sur cinq mais il a de moins en moins son mot à dire dans les décisions de l'entreprise (27% en baisse).

  • Les conflits entre la vie professionnelle et la vie privée sont de plus en plus nombreux (18%) en forte augmentation et de plus en plus quand le salarié a des enfants.

  • En moyenne, le salarié passe deux heures de plus à deux heures et demie à travailler par semaine que ce que prévoit son contrat de travail.

L'étude préconise trois réflexions: que les politiques relatives au temps de travail prennent en compte les besoins en flexibilité du travailleur dans son parcours de vie; que les besoins et préférences varient au cours de la vie et que les politiques fournissent un soutien à la flexibilité pour les périodes les plus tendues pour l'équilibre entre la vie professionnelle et la vie privée.

De plus en plus de tâches hors des locaux

Pour la première fois, l'enquête se penche aussi sur l'impact de la digitalisation, qui concerne 89% des salariés, 55% dans une forte voire très forte mesure.

Si les plus concernés sont les directeurs et cadres (78%), les professions intellectuelles et scientifiques (75%), les professions intermédiaires (70%) et les employés administratifs (67%), la digitalisation est aussi forte dans d'autres métiers.

Par exemple, elle atteint 26% dans les métiers qualifiés de l'industrie et l'artisanat quand le travail se fait avec des machines et des robots commandés par ordinateur, 19% dans les professions élémentaires où le travail est assisté par des appareils électroniques comme les ordinateurs ou les scanners et même 40% dans le secteur des conducteurs d'installations et de machines et des ouvriers de l'assemblage dont les processus sont contrôlés par ordinateur.

Première conséquence, le travail s'effectue de plus en plus en dehors des locaux de l'entreprise. 36% des salariés doivent se déplacer, ce qui a des conséquences négatives pour la mobilité et accentue les risques de stress pour les travailleurs mobiles et d'accidents de la route.

Moins de temps pour récupérer

Les salariés doivent rester de plus en plus joignables (32%) ce qui fait peser un risque d'interruption et de raccourcissement des phases de repos et de récupération.

Là encore, regarder les chiffres de près montre les différences: alors que les cadres (53%), les professions intellectuelles et scientifiques (50%) et les professions intermédiaires (52%) ont le sentiment d'avoir plus de tâches à accomplir, les métiers de l'industrie et de l'artisanat (55%), les conducteurs d'installations et de machines, les ouvriers de l'assemblage (54%) et les professions élémentaires  (79%) pensent exactement le contraire.

7% voient la digitalisation comme une menace

7% des participants pensent qu'ils vont perdre leur emploi d'ici dix ans à cause de cette digitalisation, surtout les conducteurs d'installations et de machines et les cadres, 15% moyennement et 78% peu ou pas.

Plus le salarié est exposé à la digitalisation et plus la charge mentale est élevée, plus il travaille dans l'urgence et plus il a une grosse charge émotionnelle, ce que les chercheurs expliquent par le fait que les salariés sont amenés à gérer des questions de planification, d'organisation et de travail d'équipe, par nature plus stressants.

Et plus il est exposé, plus le salarié reconnaît des conflits entre la vie privée et la vie professionnelle,  ce qui amène la Chambre des salariés à préconiser un travail de sensibilisation, des mesures de déconnexion pour éviter l'auto-exploitation, la valorisation de l'autonomie et la promotion de l'accès à la formation pour les moins formés qui sont aussi souvent les moins qualifiés.