Changer d'édition

Energie: comment le Luxembourg a acheté sa paix
Économie 5 min. 27.02.2018

Energie: comment le Luxembourg a acheté sa paix

Energie: comment le Luxembourg a acheté sa paix

enovos.de
Économie 5 min. 27.02.2018

Energie: comment le Luxembourg a acheté sa paix

Thierry LABRO
Thierry LABRO
Le Luxembourg a signé en fin d'année deux contrats pour acheter "des statistiques d'énergie renouvelable". De quoi garantir que le pays atteindra ses objectifs. Un modèle qui intéresse les retardataires.

Etienne Schneider s'est mis en colère. 

Ce jour-là, le 25 janvier, Eurostat place le Luxembourg en dernière position en Europe en termes de «part des sources renouvelables dans la consommation finale brute d’énergie» et parmi les pays les plus éloignés de leurs objectifs. 

A deux ans de la date fatidique des premières ambitions environnementales de l'histoire, le «nation branding» aurait pu en prendre un coup. «Aurait pu», parce que le ministre ne met pas 24 heures à répondre dans un communiqué

Le Luxembourg est «en 2016 au-dessus des prévisions du Plan (signé en 2010), ce qui prouve que les multiples efforts du gouvernement au cours des dernières années, notamment au niveau du soutien à l’énergie éolienne, solaire et à celle provenant de la biomasse, ont porté leurs fruits», écrit le vice-Premier ministre. Le Luxembourg a vu sa part d’énergies renouvelables monter de 4,51% en 2014 à 5,44% l’an dernier et elle devrait atteindre 7,465% en fin d'année, pour le premier bilan intermédiaire d'importance. 

Si l’Europe a fixé un objectif commun de 20%, elle a aussi aménagé des objectifs nationaux en fonction de la situation particulière de chaque pays, comme la présence de forêts ou la possibilité d'installer des éoliennes en mer. Ainsi, le Luxembourg doit parvenir à une part de 11% en 2020 contre 49%, par exemple, pour la Suède. Le classement d'Eurostat, pris tel quel par les médias, est aussi utile qu'un congélateur au Groenland. 

A la recherche de 2 à 2,5 TWh 

Surtout que le Luxembourg est même un pionnier du futur marché de l'énergie que la Commission européenne cite en exemple. 

Le 6 décembre, le conseil de gouvernement avait marqué son accord avec les deux projets de loi portant approbation de deux accords avec la Lituanie (26 octobre) et l’Estonie (7 novembre) et portant sur «les transferts statistiques d’énergie produite à partir de sources renouvelables afin de respecter les objectifs de la directive» européenne de 2009. 

La seconde vendra 400 mégawattheures cette année et 600 autres en 2020, la première 700 MWh cette année et ce qui manquera pour atteindre 2 à 2,5 TWh qui manqueront au Luxembourg à la fin décembre 2020. Le tout pour un montant de 10,5 à 30 millions d'euros par l'intermédiaire du Fonds climat et énergies vertes. Si tout se passe bien, le Luxembourg n'aura besoin «que» de 2 TWh, parce que l'usine de nouvelle génération que Kronospan doit construire au Luxembourg aura livré environ 500 GWh. 

En mai dernier, le groupe autrichien qui produit des panneaux de fibre de moyenne densité (MDF) depuis août 1996 et des panneaux à copeaux orientés (OSB) depuis novembre 1996, avait annoncé un plan d'investissement de 330 millions d'euros, dont la moitié pour une nouvelle centrale de cogénération, de nouvelles technologies en matière de recyclage, et d’une nouvelle ligne de production OSB permettant de doubler la capacité de production pour une plus large gamme de produits finis. 

Une unité «Rifkin compatible», s'était amusé le ministre au côté du président-directeur général de Kronospan Luxembourg, Peter Stadler. 

Dès 2009 et la directive européenne, l'ancienne majorité savait qu'elle aurait probablement à recourir à cette possibilité. Les premiers contacts ont été pris très tôt avec les deux pays du Nord de l'Europe. Mais les discussions n'ont pas pu aboutir tout de suite pour une raison simple: eux-mêmes devaient s'assurer qu'ils rempliraient leurs objectifs avant d'accepter de transférer certaines statistiques vers des Etats membres amis. 

Pays-Bas, France et Irlande les plus en retard 

Au cours de ces discrètes négociations, les Luxembourgeois tentent de rester raisonnables avec les prix et de ne pas avantager l'un ou l'autre de leurs futurs partenaires. Imaginez si on achetait un mégawattheure à un prix plus élevé chez le voisin et qu'il l'apprenne... 

Dans les deux cas, le prix se fixe à 14 euros. Dans les contrats, le Luxembourg insiste pour que les flux d'argent soient utilisés pour continuer à développer les énergies renouvelables ou favoriser l'efficacité énergétique. 

Curieux, que le Luxembourg décide de ce que l'Estonie ou la Lituanie devrait faire de son argent? Non, pas tant que ça. Parce qu'après 2020, les statistiques ne seront plus nationales mais européennes. L'Europe, unie comme jamais, devra atteindre les objectifs que ses leaders politiques fixent au cours des discussions internationales. 

C'est justement en cela que le cas du Luxembourg intéresse particulièrement les autorités européennes. Mais pas seulement. Depuis quelques semaines, le ministère de l'Economie reçoit quelques coups de téléphone de pays en délicatesse avec leur situation et qui tentent eux aussi de les atteindre à coup de millions d'euros d'un trait de crayon. En tête des pays qui vont devoir trouver des solutions, les Pays-Bas sont à 8 points de leur objectif (6-14), la France à 7 (16-23) et l'Irlande à 6,5 (9,5-16). Qui, du coup, se demandent comment «ficeler» ces fameux contrats qui leur permettrait d'acheter quelques statistiques.


Sur le même sujet

Le photovoltaïque en ligne de mire
Le Luxembourg renforce ses aides et incitations en faveur du solaire. Avec un objectif national de 23 % à 25% d’énergies renouvelables à atteindre en 2030 et de 100 % à long terme.
Energies renouvelables: «Nous atteindrons nos objectifs nationaux d'ici 2020»
«Nous atteindrons asurément nos objectifs nationaux d'énergies renouvelables d'ici 2020», a annoncé mercredi Etienne Schneider, fort de trois nouveaux projets présentés au ministère de l'Economie. Les trois projets portés par Soler, Kronospan et LuxEnergie représentent 131 millions d'euros d'investissement et 22% de l'objectif sur le territoire national.
Etienne Schneider: «Avec l'investissement de 131 millions d'euros porté par ces trois entreprises, on pourra réduire les émissions de CO2 de 140.000 tonnes en un an».