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«En Belgique, l’index est réformé et les gens sont dans la rue»
Économie 6 min. 18.11.2022
Rapport de l'OCDE

«En Belgique, l’index est réformé et les gens sont dans la rue»

Franz Fayot, Mathias Cormann, Yuriko Backes et Claude Turmes lors de la présentation du rapport d'étude de l'OCDE portant sur l'économie du Grand-Duché.
Rapport de l'OCDE

«En Belgique, l’index est réformé et les gens sont dans la rue»

Franz Fayot, Mathias Cormann, Yuriko Backes et Claude Turmes lors de la présentation du rapport d'étude de l'OCDE portant sur l'économie du Grand-Duché.
Photo: SIP
Économie 6 min. 18.11.2022
Rapport de l'OCDE

«En Belgique, l’index est réformé et les gens sont dans la rue»

Megane KAMBALA
Megane KAMBALA
L'OCDE était présente ce jeudi place de l'Europe pour présenter les principales conclusions et recommandations de son étude économique consacrée au Luxembourg.

«L’économie luxembourgeoise a fait preuve de résilience» lors de la crise sanitaire avec de «beaux résultats du secteur financier ainsi que de nombreuses mesures économiques prises pour les familles et les entreprises», d’après le secrétaire général de l’OCDE Mathias Cormann.


Trois scénarios pour l’avenir du Luxembourg
Luxembourg Stratégie a tenu sa deuxième conférence publique annuelle le 17 et le 18 octobre, avec pour thématique «L’économie réelle: entre fondations & limites biophysique».

Cependant, l’inflation et le risque de récession qui n’est pas à exclure en raison de la guerre en Ukraine et ses conséquences sont largement à prendre en considération pour l’avenir. C’est d’ailleurs en février que l’OCDE est venue au Luxembourg pour commencer son étude sur le Grand-Duché, dont la version finale a été soumise il y a une dizaine de jours.

Comportant 180 pages, l’étude scindée en deux grandes parties liste dans le détail les principales caractéristiques économiques du Grand-Duché. S’il fallait n’en retenir que le principal, le secrétaire général est très clair, il y a plusieurs fronts à considérer de toute urgence pour une vision à long terme pérenne:

  • Réformer le système d’indexation
  • Réformer le système des pensions
  • Remédier aux problèmes relatifs au logement

Trois piliers finalement, auxquels on peut aisément ramifier plusieurs autres problématiques d’importance.

L’index «fait partie de l’ADN du Luxembourg»

La question d’une potentielle révision du système d’index propre au Luxembourg a sans doute été le sujet ayant le plus retenu l’attention de l’auditoire. Selon l’OCDE, il serait important pour l’avenir de cesser le déclenchement de l’index dès lors que l’inflation augmente dans le pays, en adoptant un système comparable avec celui de la Belgique. Le secrétaire général Mathias Cormann souligne d’ailleurs que la décision commune adoptée par le gouvernement en accord avec les partenaires sociaux de différer l’index en 2023 «est bien la preuve que c'est possible».

Au Luxembourg, nous n’avons pas de grèves, notre index y contribue.

Claude Turmes, ministre de l'Energie

Une interpellation sur laquelle sont tous trois revenus les ministres Franz Fayot (LSAP), Yuriko Backes (DP) et Claude Turmes (déi Gréng). Pour le ministre de l’Economie, «une discussion quant à une réforme du système d’indexation est possible, mais elle ne pourrait avoir lieu que dans le calme, pas en pleine tempête». La ministre des Finances a pour sa part tenu à rappeler que l’index tel qu’il est «fait partie intégrante de l’ADN du Luxembourg».

Le ministre de l’Energie Claude Turmes enfoncera le clou en comparant avec la situation de la Belgique, qui a vu son propre système d’indexation récemment modifié: «En Belgique, l’index est réformé et les gens sont dans la rue. Au Luxembourg, nous n’avons pas de grèves, notre index y contribue.» Tous trois étaient d’accord pour assurer que le système d’indexation reste à ce jour «un garant de la paix sociale», mais également «un élément qui contribue à l’attractivité du pays par rapport à ses voisins directs au sein de l’Union européenne».

«Ce n’est pas le moment d’engager des réformes»

Les retraites ont également été passées sur le grill des discussions. Et l’OCDE a une bête noire dans le collimateur: l’âge de départ en pension, très en deçà par rapport au reste de l’UE. 54 ans en moyenne pour les hommes, alors même qu’on devrait s’attendre un vieillissement de la population dans les décennies à venir. «L’allongement de la durée de vie doit être considéré pour la bonne santé future des finances publiques» selon le secrétaire.

Raison pour laquelle il préconise «d’inciter, avec l’aide de l’Adem, les entreprises à embaucher plus de profils seniors». L’opportunité pour le secrétaire général de souligner qu’il «faudrait réformer le système scolaire, qui comporte un fort taux de redoublements et qui confronte bien trop tôt, à l’âge de 12 ans, les élèves à faire un choix d’orientation». «La formation continue doit s’accentuer, pour les seniors comme pour les jeunes actifs, rencontrant eux aussi le chômage».

La question de l’équité intergénérationnelle en matière de retraite est prise très sérieux.

Yuriko Backes, ministre des Finances

Là encore, les trois ministres sont sur la même longueur d'onde: «Ce n’est pas le moment d’engager des réformes sur ce sujet». La ministre des Finances a d’ailleurs assuré que «la question de l’équité intergénérationnelle en matière de retraite est prise très sérieux». Franz Fayot a d’ailleurs rappelé que le gouvernement «réévalue le système de pensions tous les cinq ans. La dernière fois, c’était en 2021».

Le rapport pointe tout de même qu’en l’absence d’une réforme profonde, le financement des retraites coûterait au Luxembourg l’équivalent de 18% de son PIB à l’horizon 2070; plaçant le pays loin derrière ses voisins allemands et français.

Un triptyque «aménagement du territoire, logement et mobilité»

Enfin, sur la question du logement, épineuse sur bien des points depuis de nombreuses années, l’OCDE salue la récente proposition de loi orientée fiscalité visant à taxer «les propriétaires qui font de la rétention et de la spéculation financière». Une situation globalement plus complexe que le logement seul selon Franz Fayot, lequel l’englobe dans un triptyque «aménagement du territoire, logement et mobilité». Des sujets largement implémentés dans les diverses politiques publiques de la coalition gouvernementale.

Le Luxembourg est le cœur vert de l’Europe.

Claude Turmes, ministre de l'Energie

En témoigne d’ailleurs le projet de transformation potentiel de la zone commerciale de Foetz, qui pourrait devenir un village décarboné de 10.000 personnes à l’horizon 2050 et  présenté par le ministre Claude Turmes. L’aménagement du territoire a également été abordé par le ministre de l’Energie, lequel a tenu à mettre en avant la coopération transfrontalière Interreg et les moyens alloués pour que «les frontaliers qui passent chaque jour la frontière pour participer à l’économie du pays» vivent au mieux. 

Plusieurs projets dans les cartons

Plusieurs projets seraient dans les cartons pour limiter les déplacements ou les optimiser, dans la logique de décarbonisation déjà relayée et annoncée par le gouvernement. «Le Luxembourg est le cœur vert de l’Europe. De là où nous sommes en ce moment, nous pouvons voir de la verdure, avec la France visible d’un côté, l’Allemagne de l’autre. L’écologie fait partie intégrante des préoccupations de la jeunesse, qui sont les travailleurs de demain, cela participe à notre attractivité.»

Ainsi, bien que le ministre Franz Fayot ait tenu au nom du gouvernement «à chaleureusement remercier l'OCDE pour des échanges parfois vifs mais très constructifs» pour la construction de l'avenir, certaines caractéristiques propres au Luxembourg par rapport à ses voisins ne sont pas près de disparaitre, malgré une mouvance idéologique voulant tendre vers une harmonisation entre les États sur bien des aspects.

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