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Dudelange: Liberty House peine à rassurer
Économie 5 min. 06.12.2018

Dudelange: Liberty House peine à rassurer

Dudelange a-t-elle un avenir au delà de l'utilisation de l'Usibor d'ArcelorMittal? La question reste entière.

Dudelange: Liberty House peine à rassurer

Dudelange a-t-elle un avenir au delà de l'utilisation de l'Usibor d'ArcelorMittal? La question reste entière.
Chris Karaba
Économie 5 min. 06.12.2018

Dudelange: Liberty House peine à rassurer

Liberty House a-t-elle une stratégie industrielle pour Dudelange, qui produira de l'acier Usibor que pendant deux ans après son rachat? La visite-éclair de quatre directeurs au Luxembourg, lundi, n’a pas levé les inquiétudes.

«Nous ferons un acier meilleur!» 

Le directeur financier de GFG France (la filiale française de la maison-mère de Liberty House), Christian Cirino, l’annonce du bout des lèvres. A la fin de la période de deux ans pendant laquelle le groupe britannico-indien pourra utiliser le brevet "Usibor" d’ArcelorMittal, Dudelange, déjà réputée pour fabriquer des produits de haut de gamme, fera mieux que l’actuel propriétaire. 

Un contrat prévoit même que ce dernier continuera à livrer les «bobines» nécessaires depuis Florange pour répondre à tous les besoins des hommes de Sanjeev Gupta. De quoi permettre à Liberty House de poser un pied sur le continent européen et à ArcelorMittal de racheter l'Italienne Ilva en cédant six sites (Ostrava, Galati, Skopje, Piombino, Dudelange et Liège), comme le souhaite la Commission européenne. 


Wirtschaft, Zentrale Dampf Einweihung, ArcelorMittal, unité de production de vapeur, Foto: Chris Karaba/Luxeburger Wort
ArcelorMittal Florange: contrat rempli
Le 1er décembre, le deal passé avec l'Etat français en 2012 et 2013 sur l'avenir de Florange arrivera à échéance. ArcelorMittal a rempli son contrat. L'inauguration de la nouvelle chaufferie, vendredi matin, offrait l'occasion idéale pour en parler.

«Cela paraît vraiment difficile à croire», relativise le secrétaire général adjoint du LCGB, en charge de l'industrie et de la sidérurgie, Robert Fornieri. «Ce groupe qui n’a aucune expérience dans ce secteur très concurrentiel pourrait non seulement fabriquer de nouveaux produits sans centre de recherche mais inventer des produits de nature à concurrencer ArcelorMittal, en étant alimenté par lui?» 

Sans compter qu'ArcelorMittal est elle-même en mouvement sur ce secteur porteur en raison des développements des voitures électriques: avec les Usibor 1500, Usibor 2000, Ductibor 450, Ductibor 500, Ductibor 1000 qui peuvent être assemblés par sa technique au laser, les Fortiform et Fortiform S ou encore le MartINsite, elle travaille sur les prochaines générations de ces aciers et sur toutes les pièces automobiles qui pourraient en avoir besoin. Le groupe dépense de 70 à 90 millions d'euros par an en recherche et développement sur ces produits. 

«Nous avons épuisé leurs questions» 

«Non», enchaîne Robert Fornieri. «Je vois plutôt Mittal rapatrier ce que nous faisions à Florange, d’où les investissements et donc rapprocher bobines et produits finis. Et Dudelange passer à des produits low-cost!» Cette question est essentielle à l’avenir du plus vieux site sidérurgique du Luxembourg et ses 300 emplois, dont 220 contrats à durée indéterminée et une petite centaine d’intérimaires à résidence. 

L'Usibor est protégé par un brevet depuis près de 20 ans et ArcelorMittal le défend bec et ongles. 

Sous la pression du gouvernement français, le groupe a commencé à investir sur son site de Florange. 7 millions d'euros. Puis 67 millions d'euros en 2017 pour que les nouvelles lignes de l'usine lorraine, capables de produire 600.000 tonnes de cet acier par an, puissent commencer à tourner à plein régime à partir du milieu de l'année prochaine. 


Au coeur des secrets d'ArcelorMittal
Robots futuristes, mini-pilote de coulée continue, capteurs, ordinateurs et lasers: en 60 ans, le «laboratoire de recherche technique des sidérurgistes français» est devenu le fleuron de la recherche d'ArcelorMittal. Visite guidée.

Accompagné des directeurs des ressources humaines (Graeme Taylor DRH fusions & acquisitions), technique (Eric Vitse, un Lorrain passé par ArcelorMittal) et commercial (Virinder Garg p.-d.g. de Liberty Rolling Mills), le lieutenant de l’ancien trader d'origine indienne pensait avoir rassuré tout le monde, lundi après-midi, pour le troisième passage au Luxembourg. 

Après l’annonce de la reprise de la société à Mittal le 2 novembre, les dirigeants de Liberty House étaient revenus voir les ministres de l’Economie Etienne Schneider et du Travail Nicolas Schmit. 

«Nous avons épuisé les 39 questions des syndicats», disait M. Cirino, lors de notre rencontre de lundi en fin d’après-midi. La filiale de GFG Alliance vante le «découplage intégral», mode d’organisation économique qui «permet d'avoir plus de flexibilité et de prendre les décisions plus vite, ce qui permet d'en tirer un avantage concurrentiel. Travailler avec une autre unité du groupe est optionnel», explique ce spécialiste des finances qui a rejoint l’aventure en avril. 

 Bruxelles invitée à retarder sa décision 

«Le destin ,juridique‘ de Dudelange sera plutôt lié à celui de Liège», croit plutôt deviner le syndicaliste luxembourgeois. Les autorités luxembourgeoises se sont toujours battues pour qu’ArcelorMittal garde un pied au Luxembourg, la perspective d’un Liège-Dudelange n’est pas vraiment de nature à rassurer. Comme n’est pas clair non plus l’intérêt du rachat de ces unités-là en plus des quatre autres dans l’Est de l’Europe et en Italie. 

«En 25 ans», explique M. Cirino, «Liberty House n'a jamais fermé un seul site ni même perdu de l'argent». Sur la question des finances, le groupe évoque des différences selon les acquisitions. Dudelange serait acquise avec 60 % de crédits et 40 % apportés par le groupe GFG Alliance ou la famille, plutôt en obligations. Le groupe avait annoncé le 2 novembre vouloir investir 10 millions d'euros et annonce qu'il détaillera son plan stratégique de 100 jours «à la réception des clés». 


Wegen massiver Umweltverstöße war das Werk ILVA vor einigen Jahren unter staatliche Verwaltung gestellt worden.
Ilva: ArcelorMittal trouve un accord
ArcelorMittal a annoncé jeudi soir avoir trouvé un accord avec les syndicats en Italie qui ouvre la voie au rachat de l'italien Ilva. L'usine de Dudelange sera cédée avant la fin de l'année.

La Commission européenne, en charge de veiller à ces aspects financiers, devait rendre son verdict dans les prochains jours. La semaine dernière, un courrier des syndicats d'Industeel, filiale d'ArcelorMittal en Belgique, lui demande d'attendre que le Comité d'entreprise européen d'ArcelorMittal ait été réuni, conformément aux exigences d'information et de communication dans le groupe. 

 Si l'Union européenne devait valider la transaction, les débuts des nouveaux maîtres de Dudelange se feraient sur fond d'élections sociales...

Par Thierry Labro