Changer d'édition

Du bouchon (connecté) à la visière (solidaire)
Économie 7 4 min. 14.06.2020

Du bouchon (connecté) à la visière (solidaire)

En réponse à une demande, GCL a développé un modèle de visière de protection adaptable aux casques de chantier.

Du bouchon (connecté) à la visière (solidaire)

En réponse à une demande, GCL a développé un modèle de visière de protection adaptable aux casques de chantier.
Photo : Anouk Antony
Économie 7 4 min. 14.06.2020

Du bouchon (connecté) à la visière (solidaire)

Patrick JACQUEMOT
Patrick JACQUEMOT
A Foetz, les employés de GCL ont mis leur savoir-faire au service de la protection sanitaire. En développant et en offrant des visières aussi bien à des hôpitaux qu'à des asbl, la société s'est peut-être assuré un marché pour demain.

Quel rapport entre un centre de recherche et développement spécialisé dans la fabrication de bouchons high-tech et la lutte contre le covid-19? A priori aucun, sauf pour la filiale luxembourgeoise de Guala Closures. «Quand la crise sanitaire a commencé, il y avait un manque criant d'équipements dans les hôpitaux ou pour la population, se souvient Piero Cavigliasso, directeur de l'innovation. Alors, en parallèle à notre activité, nous avons mis au point un système de visière basique. C'était le 20 mars dernier, et l'on pouvait en produire 50 exemplaires par jour.»

Un changement de design plus tard, l'imprimante 3D de la société basée au Technoport à Foetz poussait sa production quotidienne à 100 pièces. «Maintenant, nous sommes capables d'en sortir 2.000, juste en ayant amélioré notre process entre le premier modèle et aujourd'hui.» Le récit pourrait s'arrêter là, juste en saluant l'effort des techniciens et ingénieurs en mécatronique. Sauf que GCL en fait une affaire de cœur.


WI,Difralux, Desinfektionsmittel statt Liköre. Gerard Leuchter,Destillerie stellt in der Coronakrise Desinfektionsmittel her. Foto: Gerry huberty/Luxemburger Wort
Une plateforme dédiée aux équipements de protection
En matière de lutte contre la pandémie, et pour faire face aux difficultés des entreprises, toutes les initiatives sont bonnes à prendre. C'est ainsi qu'un site de mise en relation de l’offre et de la demande de masques, visières et désinfectants vient de voir le jour. Son nom: www.EPI-COVID19.lu

Car à peine les premiers cartons remplis que les visières signées GCL étaient offertes à des hôpitaux du Grand-Duché. Puis données à des centres hospitaliers du Grand Est côté français, mais aussi en expédiant une partie de sa production vers l'Italie submergée par l'épidémie et où l'entreprise a son siège. Même générosité pour des associations humanitaires. Résultat, alors que d'autres entreprises mettaient personnels en chômage technique et machines à l'arrêt, Piero Cavigliasso mobilisait ses troupes autour d'un projet solidaire. «On a même recruté trois personnels pour assurer les assemblages de nos modèles 100% faits maison.»

Milieu avril, à la grande surprise du chef d'entreprise, Pizza Hut est venu frapper à sa porte. Réclamant des visières pour ses employés. Même chose pour Guibert Zimmer, directeur du centre commercial Cora Foetz, venu en voisin savoir s'il pouvait disposer de protections pour ses caissières et autres personnels. «C'est lui qui nous a donné l'idée de les vendre... Nous sommes dans la recherche, pas dans le business ou dans le B2C, alors ça ne nous était pas venu à l'esprit», s'amuse le directeur.

Sur les radars de Luxinnovation

Là encore, le cœur a parlé. D'accord pour mettre en vente les visières mais à condition que la recette serve uniquement à la production de modèles qui seront offerts. Trois mois après s'être lancée dans cette «belle histoire», GCL a réussi à commercialiser 12.000 pièces (sous la marque GCL Vision) et en offrir 15.000! Des modèles distribués sur le Grand-Duché, sur la Grande Région aussi bien qu'au Soudan ou en Ukraine.

L'aventure n'a pas échappé aux radars de Luxinnovation. Et la plateforme de voir dans cette initiative une chance pour le pays. En effet, la structure (en partenariat avec le ministère de l'Economie) encourage désormais toute action qui puisse assurer au Luxembourg une meilleure autonomie dans sa capacité à disposer de ses propres moyens de protection en cas de nouvelle crise sanitaire. Voilà donc GCL International parfaitement dans la ligne du nouveau plan Fit4Resilience


Politik, Pressekonferenz mit Lex Delles und Frantz Fayot, Corona virus, Civid-19, foto: Chris Karaba/Luxemburger Wort
Franz Fayot pousse à l'investissement
Le ministre de l'Economie, via les mesures du plan "Neisttart Lëtzebuerg", ne souhaite pas voir les entreprises dans la crainte d'avancer et «rester assises sur leurs liquidités».

«Clairement, nous n'allons pas changer de mission. Foetz restera un centre R&D, explique Piero Cavigliasso. Par contre, nous avons sollicité une aide pour assurer l'achat d'une machine d'injection plastique et un système d'assemblage qui nous permettra d'assurer la production des visières à plus grande échelle si besoin.» Une demande à l'image de celle déjà faite par Peintures Robin ou l'usine Flowey qui, en marge de leur production habituelle, ont décidé d'axer une partie de leur activité à la réalisation de désinfectants.

L'entreprise pourra obtenir le subside promis par Fit4Resilience si elle garde sa capacité au service du pays pour les cinq années à venir. «Je m'y engage.» Tout comme GCL a fait la démarche d'obtenir une labellisation européenne CE pour ses visières, afin de s'assurer un taux de subventionnement plus conséquent.

Mais bien au-delà de ces considérations, la matière grise des techniciens de l'entreprise fourmille encore d'idées. Des modèles plus larges, plus légers, avec des bandes serre-tête plus simples à stériliser et qui soient réutilisables sont en cours de conception dans le secret des laboratoires de Foetz. Tout comme un modèle de visière spécial enfants qui pourrait bien séduire le ministère de l'Education luxembourgeois... 

Suivez-nous sur Facebook, Twitter et abonnez-vous à notre newsletter de 17h.


Sur le même sujet

Nouvelles modalités pour l'octroi du chômage partiel
A l'approche de la fin de l'état de crise, gouvernement, syndicats et patronat ont convenu «d'un commun accord» de maintenir le soutien aux entreprises impactées par la crise sanitaire jusqu'à la fin de l'année. De quatre manières différentes.
Lokales, Corona-Virus, Restautrants und Cafés müssen schliessen, Gastronomie, Horesca, Foto: Guy Wolff/ Luxemburger Wort
Sous les masques, une belle action
Le collectif Lux Artists United a confié aux Ateliers thérapeutiques protégés (ATP) la confection de masques en série limitée. Des pièces uniques vendues au profit de la sensibilisation à la maladie mentale.
Une centaine d'entreprises obtiennent la garantie d'État
Seule une société demandeuse sur deux a bénéficié des prêts mis à disposition pour soutenir l'économie, indique lundi le ministre des Finances en précisant que les bénéficiaires étaient aidés en moyenne à hauteur de 250.000 euros. 17.000 demandes de moratoire ont été formulées par des entreprises.
Einkaufsstraße / CP Présentation du Pakt pro pour déveloper le commerce de detail luxembourgois / 16.04.2016 /  Luxembourg  / Foto: Julien Ramos
Fit 4 Resilience guidera vers la sortie de crise
Le ministre de l'Economie, Franz Fayot, a présenté un nouvel outil pour aider les entreprises à définir une stratégie d'avenir. A charge pour Luxinnovation d'accompagner les sociétés volontaires.
Sasha Baillie, CEO de Luxinnovation
Changez de production, l'Etat vous aidera
Les aides destinées aux entreprises de l'industrie et de l’artisanat, qui comptent réorienter leur activité dans la lutte contre le coronavirus, ont été prolongées jusqu'en décembre 2020. Le but de la manœuvre étant de «relocaliser les productions stratégiques», selon Franz Fayot (LSAP).
An employee wearing a face mask works inside the PastryStar warehouse on May 4, 2020, in Laurel, Maryland. - At the Picou family's factory in Laurel, Maryland outside the US capital, the only workshop that is buzzing is usually reserved for making jams for baking. Now, it's churning out hand sanitizer. Before the coronavirus pandemic, PastryStar -- founded stateside in 1986 -- made a wide array of products for high-end baking, supplying everything from chic restaurants to cruise lines. (Photo by Olivier DOULIERY / AFP)