Changer d'édition

Digitalisation: la nouvelle vie des recruteurs

Digitalisation: la nouvelle vie des recruteurs

Économie 5 min. 19.06.2018

Digitalisation: la nouvelle vie des recruteurs

L'image du recruteur seul face à sa montagne de CV change. Entre la crise et la reprise, la technologie redistribue les cartes du recrutement. Et si le vrai début de la digitalisation était un «recrutment-as-a-service»?

Dans un monde qui bouge, la capacité à changer est devenue le talent préféré des recruteurs. 

Longtemps considérés comme des salariés instables, coupables de sauter du coq à l'âne, ceux qui ont une formation solide et explorent de nouvelles pistes dans leur carrière voient désormais un tapis rouge leur être déroulé. 

 23 ans après la publication «Emotional Intelligence: Why It Can Matter More Than IQ» (L'intelligence émotionnelle, pourquoi elle compte plus que le QI), le psychologue et ancien journaliste du New York Times Daniel Goleman est devenu le gourou préféré des soft skills. 

Au milieu des 25 compétences que le candidat idéal devrait «offrir», la gestion du changement est en bonne place, au côté de la confiance en soi, du contrôle de soi, de l'empathie ou de l'exigence de la perfection. 

Il y a un moment que Mike Reiffers l'a compris. Le jeune Luxembourgeois, à peine trentenaire, son double diplôme de management international en Espagne et d'entreprenariat en France en poche, a créé Skeeled. L'intelligence artificielle permet de transcrire les informations d'un CV dans un «masque» et de déterminer quel est le profil le plus intéressant pour un recruteur à un moment donné. Lequel peut alors passer à l'étape suivante, un test de personnalité ou une interview en vidéo. 

C'est comme cela que Losch recrute ses mécaniciens, explique ce jeune entrepreneur qui n'a bénéficié d'aucun des soutiens régulièrement vendus dans le contexte de la «start-up nation», parce que son unité de développement est au Portugal. 

La vidéo dans l'air du temps 

«La vidéo est particulièrement intéressante pour tous les métiers créatifs, cela permet justement de mesurer la créativité des candidats», explique-t-il. L'entreprise qui paie une licence selon l'utilisation qu'elle fait de la plate-forme peut bénéficier de fonctionnalités de suivi des candidats ou de ses employés. 

Skeeled espère passer la barre du million d'euros de revenus cette année. 


Recrutement par Social Media
Quatre start-ups dans le vent: L'emploi crée de l'emploi
Deux start-ups luxembourgeoises actives dans le domaine de la recherche d'emploi ont annoncé cette semaine une levée de fonds, une troisième a enregistré ses premiers clients payants et la quatrième a conquis Cactus.


Simplifier, fluidifier, accélérer 

Le «match making» virtuel – la rencontre parfaite – est aussi à la base de deux autres projets complètement différents au Luxembourg. Le plus récent, le Nexten.io d'Eric Busch, permet aux entreprises et aux développeurs – les profils les plus recherchés des dernières années – d'entrer en contact directement sur les compétences techniques avant même de parler de recrutement. 

Le plus ancien, Job Today, a levé 35 millions d'euros après un tour de table auprès d'investisseurs de premier plan pour permettre à des salariés peu diplômés et des sociétés qui ont besoin de ces salariés de gagner du temps à se trouver. L'application mobile luxembourgeoise compte plus de 200.000 profils enregistrés et 35 millions de jobs publiés, en Europe, surtout en Grande-Bretagne. 

Derrière ces quatre exemples, d'autres pistes n'ont pas donné le succès espéré. Comme MoneyForJob, qui proposait 500 euros à celui qui portait le candidat idéal sur un plateau à un recruteur. 

 Au total, relève un rapport publié cette semaine, Pole Emploi, l'ADEM française, a recours à 182 partenaires technologiques pour aider les chômeurs à retrouver du travail. Sa plate-forme «Emploi store» propose même 300 solutions technologiques. 

Dont LinkedIn, le réseau social professionnel sur lequel plus de 85 % des moins de 30 ans ont un compte qu'ils consultent au moins une fois par semaine. Les réseaux sociaux, comme Twitter, sont aussi devenus un élément incontournable d'interactivité entre les candidats et les entreprises. 

LinkedIn, passage obligé 

LinkedIn est un endroit-clé, a-t-on pu entendre mardi soir, à la sixième édition du HR Factory. «87 % des répondants ont recruté au moins un talent à l'étranger sur les douze derniers mois», expliquait mardi soir à Neumunster le directeur de Morgan Philips Executive Search & FYTE, Rémi Fouilloy. Conséquence du Brexit, le recrutement du Royaume-Uni a le vent en poupe. Plus de deux tiers des recruteurs utilisent un jobboard local contre 26 % qui optent pour un jobboard étranger, moins au fait des besoins luxembourgeois, mais aussi les pages carrières des entreprises (à 65 %), ou encore le réseau social professionnel LinkedIn à 55%. 


Ready?! Cafe Limpertsberg, Foto Lex Kleren
Emploi: Jobtoday à la conquête de l'Amérique
Le marché américain de l'emploi va mieux. En apparence. C'est ce qu'a très bien compris la start-up luxembourgeoise Jobtoday. Sa levée de fonds de 20 millions de dollars cache une stratégie redoutable.

«42% des personnes sondées ont avoué avoir rencontré des difficultés», a encore dit M. Fouilloy. 

D'autant que les recruteurs doivent de plus en plus démêler le vrai du faux. Là encore, l'intelligence artificielle permettra probablement à court terme de faire le ménage: plus de la moitié des candidats surévaluent leurs compétences linguistiques, élément clé au Luxembourg. A peine moins enjolivent leurs précédentes responsabilités, 42 % mentent sur les dates de leurs expériences professionnelles pour dissimuler les accidents de parcours et un tiers inscrivent des diplômes non obtenus.

Thierry Labro

Suivez-nous sur Facebook, Twitter et abonnez-vous à notre newsletter de 17h.


Sur le même sujet

Luxembourg, un participant de poids au Cebit
Stand de 400 m2, 22 exposants dont 16 start-ups, 50 hommes d'affaires en rendez-vous plus Post chez eBRC: le Luxembourg a fait une arrivée remarquée sur un Cebit «new look» à Hanovre.
Sous les yeux du directeur des Deutsche Messe, la directrice de la House of start-ups, Karin Schintgen, a assuré que le Luxembourg serait là l'année prochaine. Encore plus ambitieux.
nexten.io, le Tinder des développeurs
A la manière du célèbre site de rencontres, nexten.io, lancé il y a moins de deux mois, permet à des entreprises et à des développeurs de se rencontrer. A l'ICT Spring, mercredi, la jeune société s'apprêtait à publier une surprenante étude.
Les jeunes développeurs sont très recherchés: plus de 1.000 postes ne sont pas pourvus au Luxembourg