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Difficulté de recrutement: Pourquoi Luxembourg doit comprendre "l'alerte Zynga"
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Difficulté de recrutement: Pourquoi Luxembourg doit comprendre "l'alerte Zynga"

Mark Lennihan
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Économie 3 min. 02.06.2014

Difficulté de recrutement: Pourquoi Luxembourg doit comprendre "l'alerte Zynga"

Le départ prochain de deux sociétés américaines, Zynga et Kabam, spécialisées dans le jeu en ligne vers Berlin,  exige la mise en place d'une stratégie à court terme. Explication.

Le départ annoncé de Zynga et de Kabam, présentes à Luxembourg depuis 2010 et 2011, parce qu'elles ont d'énormes problèmes à trouver les compétences dont elles ont besoin, sont loin d'être anodines pour le Luxembourg. Souvent pointées, les difficultés à recruter de la main d'oeuvre qualifiée, voire hautement qualifiée puisque dès que le domaine se spécialise, il implique davantage de compétences, est une question fondamentale pour Luxembourg.

Le pays est plutôt bien équipé en terme de réseaux terrestres, a pris de l'avance en matière de centre de données - il possède un des meilleurs environnements de la planète - et est très orienté business. Ca, c'est ce que disent tous les interlocuteurs qui sont dans le domaine du numérique, quelle que soit leur spécialité.

Mais ils disent tous combien il est difficile de trouver de la main d'oeuvre qualifiée, même dans la Grande-Région. Certes, Nancy, avec son école Epitech, commence à être potentiellement en position d'alimenter le marché, mais dans des proportions largement insuffisantes. C'est ce que rappelait récemment le tout nouveau président du cluster ICT, Xavier Buck. D'autres, comme le patron de Docler, Laszlo Czero, n'hésite pas à raconter comment il "importe" les forces vives pour travailler dans une de ses 40 sociétés au Luxembourg, dans lesquelles on compte aussi bien des Indiens que des Américains, des Africains que des Asiatiques, en plus des Européens.

5 millions d'emplois en Europe d'ici 2018

Certains acteurs au Luxembourg préparent le lancement d'une école de formation de type "42": avec 70 millions d'euros sur la table, Xavier Niels, le patron de Free, entend former 1.000 jeunes de 18 à 30 ans en trois ans pour qu'ils deviennent des cracks. L'objectif est de créer 10.000 emplois par an. Au Luxembourg, les financiers seraient prêts, les modèles sont en cours d'élaboration. Mais la difficulté est d'ordre sociétal: malgré la crise, les niveaux de salaire dans le monde des start-ups et des métiers issus du digital sont perçus comme largement insuffisants pour attirer assez de jeunes.

Quant au départ vers Berlin, il est d'une évidence assez limpide: des quatre ou cinq "hubs" spécialisés dans le jeu vidéo, aux Etats-Unis, au Canada, à Paris ou à Berlin, la ville allemande est celle qui combine trois facteurs décisifs. Le logement y est bon marché, surtout pour des jeunes; il y règne une belle vitalité culturelle urbaine et la création de sociétés et le développement de projets y sont extrêmement facilités.

Mercredi, la commissaire européenne à la Société digitale, Nelly Kroes, est venue rappeler les fondamentaux: près de 50% de la population européenne ne possède pas les compétences basiques pour lui permettre d'évoluer dans ce secteur et les technologies de l'information ont crée 2 millions d'emplois depuis 2000. Une goutte d'eau au regard des 5 millions d'emplois attendus d'ici 2018 dans le domaine des applications.

A moins de considérer que le Luxembourg n'a pas intérêt à se disperser dans ce secteur d'activité pour rester dans un "coeur de métiers" comme ceux que le premier conseiller de gouvernement, Jean-Paul Zens, a décrit lors de la conférence Econocom de mardi après-midi, à savoir le "trusty data hub", le domaine juridique, l'audit ou encore la comptabilité.

Thierry Labro