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Devant le tribunal, Carlos Ghosn se dit "faussement accusé"

Devant le tribunal, Carlos Ghosn se dit "faussement accusé"

AFP
Économie 2 min. 08.01.2019

Devant le tribunal, Carlos Ghosn se dit "faussement accusé"

Le PDG de Renault, Carlos Ghosn, s'est dit "faussement accusé et détenu de manière injuste", lors de sa première comparution devant un juge, près de deux mois après son arrestation surprise à Tokyo.

(AFP) - Le magnat de l'automobile de 64 ans, qui a subi une chute brutale après être devenu un personnage tout-puissant, s'est défendu d'une voie claire et forte, sans montrer d'émotion, au cours d'une audience qui a attiré les médias du monde et de nombreux curieux.

Vêtu d'un costume sombre, sans cravate, sandales vertes en plastique au pied, il est apparu nettement amaigri, les joues creuses, menotté, avec une corde autour de la taille avant le début de la séance qui a duré quasiment deux heures. S'exprimant en anglais, il a rappelé avoir dédié "deux décennies de sa vie à relever Nissan et bâtir l'alliance", une entreprise qu'il dit aimer.


(FILES) In this file photograph taken on November 8, 2018, Chairman and CEO of Renault-Nissan-Mitsubishi Carlos Ghosn looks on during a visit of the French President to a Renault factory at Maubeuge, northern France. - Tokyo prosecutors on December 10, 2018 charged former Nissan chief Carlos Ghosn for under-reporting his compensation, and also lodged charges against the automaker for filing documents related to the case, local media said. (Photo by Ludovic MARIN / AFP)
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Le dirigeant franco-libano-brésilien affirme "avoir agi avec honneur, légalement et avec la connaissance et l'approbation des dirigeants de la compagnie", selon une déclaration écrite qu'il a lue. Il a assuré n'avoir nullement fait couvrir des pertes personnelles à Nissan et a détaillé les transactions pour lesquelles il est accusé d'abus de confiance, assurant que les sommes versées par une filiale de Nissan à un homme d'affaires saoudien l'ont été en rétribution de services rendus pour aider le groupe dans la région du Golfe. 

Risque de fuite

Le juge a justifié de son côté son maintien en détention par un risque de fuite à l'étranger "où il a des bases" et d'altération de preuves. "Il y a suffisamment d'éléments pour estimer que le suspect pourrait inciter des personnes concernées à dissimuler des infractions", a argué le magistrat Yuichi Tada.

Dès les premières heures de la matinée, une longue queue s'était formée devant le tribunal. Plus d'un millier de personnes, parmi lesquelles de nombreux journalistes étrangers, ont patienté dans le froid pour tenter de décrocher une des rares places dans la salle: seulement 14 tickets ont été alloués par tirage au sort à des membres du public, pour assister à la comparution du célèbre accusé. 

Devaient aussi en être son homologue du Liban et le consul du Brésil, d'après la chaîne de télévision publique NHK. La procédure de comparution de ce type est rare, seulement 0,6% des détenus ont fait une telle requête l'an dernier. Elle n'a quasiment aucune chance de changer le cours des choses mais la portée symbolique est forte pour M. Ghosn, qui a pu rompre le silence médiatique dans lequel il est muré depuis plusieurs semaines.

"Même si ça n'est que dix minutes, pour lui c'est très important de pouvoir dire au monde sa vérité à lui", a réagi Flavien Neuvy, directeur de l'Observatoire Cetelem de l'automobile basé à Paris. 

Carlos Ghosn a été mis en examen le 10 décembre pour dissimulation aux autorités boursières d'une partie de ses revenus perçus chez Nissan: environ 5 milliards de yens (38 millions d'euros) sur cinq années, de 2010 à 2015. A l'issue de cette première garde à vue, il a fait l'objet d'un nouveau mandat d'arrêt pour une minoration similaire d'émoluments, mais cette fois entre 2015 et 2018, puis d'un troisième, pour abus de confiance. 


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(FILES) This file photo taken on May 11, 2012 shows the-president and CEO of Japanese auto giant Nissan, Carlos Ghosn, gesturing as he answers questions during a press conference at their headquarters in Yokohama, suburban Tokyo. - Former Nissan boss Carlos Ghosn said on January 8, 2019 he had been "wrongly accused and unfairly detained" at a high-profile court hearing in Japan, his first appearance since his arrest in November rocked the business world. (Photo by TORU YAMANAKA / AFP)
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