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Des cailloux dans les chaussures des constructeurs
Économie 4 min. 15.10.2020

Des cailloux dans les chaussures des constructeurs

A Colmar-Berg, il n'est pas rare que les chauffeurs attendent une heure avant de décharger leurs déchets inertes.

Des cailloux dans les chaussures des constructeurs

A Colmar-Berg, il n'est pas rare que les chauffeurs attendent une heure avant de décharger leurs déchets inertes.
Photo: Gerry Huberty
Économie 4 min. 15.10.2020

Des cailloux dans les chaussures des constructeurs

Le secteur de la construction apparaît parfois démuni lorsqu'il s'agit de stocker les plus de 7,5 millions de tonnes de gravats produites chaque année. Un problème qui pourrait nuire à la vitesse d'exécution des grands chantiers

 (DH avec Thomas Klein) - Alors que le budget du ministère du Logement vient d'être vitaminé et devrait passer à plus de 260 millions d'euros pour faire face à la pénurie d'habitats abordables et que le secteur privé manie la truelle à tour de bras, les professionnels du secteur sont confrontés à une réalité bien terre à terre: que faire ensuite des déchets inertes?

Car bâtir suppose de déplacer des tonnes de terre, de démolir, d’excaver ou encore couler des fondations. Des gravats qu'il faut ensuite stocker alors que les décharges prévues à cet effet sont déjà saturées. A titre d'exemple, environ 150.000 mètres cubes de terre devront être enlevés pour bâtir le nouvel éco-quartier de la «Lentille Terres Rouges» à Esch-sur-Alzette. De même, le «Südspidol» produira près de 300.000 m³ de déchets inertes, ce qui correspond à remplir les bennes de 25.000 à 90.000 camions de chantiers.


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De quoi inquiéter le Groupement des entrepreneurs d'autant plus que les décharges existantes atteignent leurs capacités de stockage et que pratiquement aucune nouvelle aire n'a été construite depuis des décennies. Pol Faber, le secrétaire général du Groupement des entrepreneurs, mais aussi membre du conseil d'administration de la société de dépôt et de recyclage Recyma, s'en inquiète. D'autant que seules cinq décharges sont à ce jour en capacité de stocker de grandes quantités de déchets inertes.  

«Hosingen et Nothum sont assez petites, mais ces stations couvrent assez bien le Nord », indique Pol Faber. «Ensuite, nous avons Gadderscheier (commune de Differdange), qui est sur le point de manquer de place, et Folschette, où le déplacement pour y arriver est assez compliqué.» «La seule décharge qui dispose de bonnes conditions de transport, aux abords d'une autoroute, est Colmar-Berg. Mais c'est une terrible ruée. Les camions doivent rester dans les embouteillages durant près d'une heure avant de décharger.»

Par ailleurs, si les anciennes carrières d'Altwies ou de Brouch ont le mérite d'exister, les capacités de stockage restent minimes. Et la situation n'est pas près de s'arranger à court terme. «Les endroits au Luxembourg où une décharge peut être ouverte sont très limités. Notamment en raison de la protection de l'environnement. «Ou encore, par le fait qu'il faut acheter le terrain à parfois 50 ou 100 propriétaires», souligne Pol Faber. Sans compter les réticences. Qui voudrait d'une décharge à proximité de son habitation?

Que faire du schiste bitumeux?

Autre problème, toutes les décharges ne peuvent stocker certains déchets, notamment le schiste bitumeux. Une seule est en capacité, celle de Sanem. Et cette dernière doit faire face à un afflux considérable suite aux grands projets autour de la Métropole du fer (le nouvel hôpital, l’A3, l'Eurohub Sud, le Cactus Lallange). Ce qui représente près de 940.000 m³ à traiter. La solution se trouve-t-elle alors en se tournant vers les pays voisins ?

Pas vraiment puisque l'Allemagne a déjà fermé ses décharges aux entreprises étrangères. En France et en Belgique, les possibilités sont très limitées. «Il faut donc veiller à ce que les décharges soient mieux réparties géographiquement», assure René Winkin, directeur de la Fedil.


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«Il est logique que les gravats soient stockés là où ils se trouvent et que vous n'ayez pas à les transporter dans tout le pays», déclare-t-il. «Cela rend non seulement les projets de construction plus coûteux, et augmente aussi inutilement la pollution.» «Un camion doit actuellement parcourir en moyenne 70 kilomètres pour pouvoir livrer un chargement de gravats. 

S'il était possible de réduire ce trajet à 30 km aller-retour, nous pourrions produire jusqu'à 10.000 tonnes de CO2 en moins», explique encore Pol Faber. Ce dernier estime que la construction de 15 décharges, réparties sur tout le territoire, serait nécessaire pour maîtriser le problème.

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