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David Arendt quitte le port franc
Économie 4 min. 08.12.2016 Cet article est archivé
Divorce au Freeport

David Arendt quitte le port franc

David Arendt ne travaille plus pour Freeport.
Divorce au Freeport

David Arendt quitte le port franc

David Arendt ne travaille plus pour Freeport.
Foto: Pierre Matgé
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Divorce au Freeport

David Arendt quitte le port franc

Pierre SORLUT
Pierre SORLUT
L'ancien directeur financier de Cargolux a plié bagage après être progressivement tombé en disgrâce aux yeux des autres administrateurs, notamment du promoteur et actionnaire principal du Freeport Yves Bouvier.

Par Pierre Sorlut

Le Conseil d'administration du port franc a pris acte de la démission de son directeur David Arendt, 63 ans, ce jeudi lors d'une réunion en ses locaux de Senningerberg.

L'ancien directeur financier de Cargolux a plié bagage après des désaccords avec les autres administrateurs, notamment avec le promoteur et actionnaire principal du Freeport Yves Bouvier. Le divorce aurait néanmoins été opéré à l'amiable, insiste-t-on des deux côtés.

Copié-collé de Singapour

L'homme d'affaires suisse, 53 ans, patron de l'entreprise de logistique Natural Le Coultre et marchand d'art, avait choisi le Luxembourgeois, en 2012 pour installer au Grand-Duché un centre de stockage de biens de haute valeur en suspension de taxes tel qu'il l'avait bâti à Singapour, son pays de résidence aujourd'hui.

Yves Bouvier (60% du capital) et ses associés, Olivier Thomas (32% du capital) et Jean-Marc Peretti (8%), avaient apporté les 55 millions d'euros nécessaires à la construction du port franc en bordure de la zone aéroportuaire du Findel (à Senningerberg).

 Yves Bouvier (Eurasia Investment) et David Arendt en 2013.
Yves Bouvier (Eurasia Investment) et David Arendt en 2013.
Serge Waldbillig

David Arendt avait fait jouer ses réseaux pour bénéficier du soutien gouvernemental. Le modèle d'affaires, basé sur une exemption de TVA, avait nécessité des amendements législatifs poussés par l'exécutif.

Le Freeport devait constituer un atout supplémentaire pour le développement d'une banque privée luxembourgeoise résolument tournée vers les personnes fortunées. Depuis son inauguration en septembre 2014, ce coffre-fort pour oeuvres d'art et grands crus a subi de plein fouet les attaques contre l'opacité de la place financière luxembourgeoise ainsi que celles visant le monde de l'art et l'un de ses protagonistes, Yves Bouvier.

Piètre succès commercial

Critiqué pour la possibilité qu'il offrait de cacher le bénéficiaire économique d'un bien stocké dans ses salles, le port franc à dû se plier en 2015 (suite à un changement législatif) à la contraignante législation contre le blanchiment d'argent et le financement du terrorisme exigeant des opérateurs qui louent les salles de connaître l'identité de leur client. «Le fait que nous soyons dorénavant soumis à deux administrations contrôlant nos activités (l'administration des douanes et accises contrôle les biens qui entrent et qui sortent et l'administration de l'enregistrement et des domaines s'assure de l'application de la loi à ceux qui viennent entreposer leurs biens, ndlr.), nous épargnera de nouvelles accusations comme celle d'être un trou noir où personne ne sait ce qui s'y passe» avait expliqué David Arendt en septembre 2015.

David Arendt dans l'un des ascenseurs du port franc.
David Arendt dans l'un des ascenseurs du port franc.
Pierre Matgé

Selon le directeur, le taux d'occupation du Freeport s'élevait à 60% un an après son ouverture, un pourcentage relativement bas, la faute notamment aux affaires judiciaires impliquant son promoteur, Yves Bouvier, et son (dorénavant) ancien président Olivier Thomas (Natural Le Coultre). Le milliardaire russe Dmitry Rybolovlev accuse le marchand et transporteur d'art suisse de l'avoir escroqué dans la vente, pour plusieurs centaines de millions d'euros, de toiles de maîtres.

Olivier Thomas a lui été entendu par la justice française pour avoir participé à la vente dans des conditions douteuses de toiles de Pablo Picasso appartenant à la belle-fille du peintre décédé, Catherine Hutin-Blay.

Vente du port franc et divorce

Le gouvernement luxembourgeois s'est inquiété de cette mauvaise presse. A l'automne 2015, le ministre de l'Economie Etienne Schneider s'est notamment entretenu avec Yves Bouvier qui rejette toutes les accusations.

Des rumeurs de vente du port franc ont par la suite émergé, notamment par l'intermédiaire de la radio 100,7 dès novembre 2015. Elles ont ressurgi ces derniers mois. Une source au conseil d'administration nous confirme «qu'il y a effectivement eu des touches, mais pas de mariage».

De divorce il est aujourd'hui question. «A l'amiable» souligne-t-on en marge de la publication d'un communiqué dans l'après-midi. «Le conseil d'administration remercie David Arendt (…) qui a accompagné depuis leur début les travaux et la mise en service d'un ensemble immobilier unique et de haute valeur technologique», lit-on dans la publication.

Réunion en Russie

Selon un membre du conseil d'administration, le Luxembourgeois aurait satisfait lors du développement initial du projet, mais déçu par la suite dans la dimension commerciale. On reproche aussi à David Arendt d'avoir participé à une réunion du ministère des Finances russe ayant à l'ordre du jour la construction d'un port franc dans la périphérie de Vladivostok, un projet coordonné par un proche de l'ennemi juré de M. Bouvier.

Un membre de l'entourage de David Arendt souligne lui que l'intéressé n'aurait pas eu la tâche facile avec les mises en examen des actionnaires du port franc et qu'il aurait été déçu de ne pas voir aboutir les négociations liées à l'arrivée d'un nouveau porteur de parts.

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