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Datacenter de Bissen: Google a les cartes en mains
Économie 5 min. 05.09.2017 Cet article est archivé

Datacenter de Bissen: Google a les cartes en mains

La zone sur laquelle Google pourrait implanter son sixième datacenter européen

Datacenter de Bissen: Google a les cartes en mains

La zone sur laquelle Google pourrait implanter son sixième datacenter européen
Source: geoportail / Infographie: LW
Économie 5 min. 05.09.2017 Cet article est archivé

Datacenter de Bissen: Google a les cartes en mains

Thierry LABRO
Thierry LABRO
L'annonce qu'une quinzaine de propriétaires terriens se sont engagés par écrit à céder leur terrain à Google ne signifie pas que le géant américain va effectivement en profiter. Même si la situation semble désormais presque idéale.

par Thierry Labro

«Si Google décide effectivement de créer un datacenter au Luxembourg, cela donnera beaucoup de visibilité au Luxembourg. Mais cela doit encore être confirmé. La communication sur cette possibilité a peut-être été un peu précipitée.» 

Janvier 2017, Xavier Buck, fin connaisseur des centres de données, livre ses prévisions pour l'année 2017 à itNation. 

Le tweet du ministre de l'Economie, le lundi 6 décembre, en direct du Breakthrough Prize, à San Francisco, où Etienne Schneider posait en compagnie de Larry Page, a fait beaucoup de bruit. Selon le vice-Premier ministre, le cofondateur de Google aurait manifesté son intérêt pour un gros projet d'investissement au Luxembourg. 

Le ministre de l'Economie«invité» à moins parler 

Mardi matin, le ministère de l'Economie confirme du bout des lèvres l'annonce de RTL: la quinzaine de propriétaires terriens des cent parcelles cadastrales représentant 34 hectares au nord de la zone industrielle «Kléngbousbierg» à Bissen ont enfin signé une promesse de vente. 

Le dernier, propriétaire de moins de deux hectares avec deux autres héritiers, ne voulait pas céder. L'Etat et la commune ont donc poursuivi un travail de négociations entamé il y a plus de deux ans dans le plus grand secret. 

Car la transaction a pris du retard par rapport aux ambitions du géant américain. Elles avaient déjà été bloquées, pendant plus d'un an, par un autre propriétaire qui n'avait pas besoin d'argent et qui n'avait pas grand-chose à faire de vendre à un géant des technologies. 

Entre ces deux dates, le dossier a patiné dans la semoule. Après une première fuite, début juillet sur la radio 100.7, les Luxembourgeois s'étaient pris un premier avertissement de Google pour avoir trop parlé aux journalistes. 

Dans les discussions d'affaires, les Américains n'aiment pas beaucoup que l'on dévoile trop de choses. Si le ministère de l'Economie est devenu muet comme une tombe, la capacité d'Etienne Schneider à «vendre» ses avancées, sur des investissements industriels ou sur l'exploitation des ressources de l'espace, a fini par agacer le Premier ministre. 

Avec cette nouvelle fuite, Xavier Bettel se fait couper l'herbe sous le pied à quinze jours de son voyage à San Francisco, du 19 au 23 septembre, où les progrès du dossier Google devaient être officialisés. 

73 hectares achetés en juin... au Danemark 

Echaudée, la firme de Moutain View n'a pas pour autant assuré qu'elle s'installerait finalement au Luxembourg, où l'investissement atteindrait plus d'un milliard d'euros. Même engagé dans une politique de diversification de ses installations, le géant est très courtisé. 

Les dossiers s'empilent sur le bureau de l'équipe chargée de veiller au développement des infrastructures. 

Début juin, Google a annoncé avoir acquis 73 hectares pour moins de dix millions de dollars dans la petite commune de Fredericia, dans le sud du Danemark. Signe de la guerre que se livrent les géants, cette annonce suivait les annonces d'installation d'Apple à Viborg et de Facebook à Odense. 

Comme cela a été le cas pour les acquisitions de terrain en Belgique ou aux Pays-Bas, Google est passé par une filiale d'une filiale: l'Irlandaise Dapsi International, fondée par MoonVille Limited, elle-même filiale d'Alphabet, s'est occupée de maintenir la discrétion sur le projet danois. 

Les Luxembourgeois continuent de croire qu'ils pourraient obtenir le sixième datacenter européen après ceux en Irlande (2), en Belgique, aux Pays-Bas et en Finlande. 

L'électricité y est globalement au même prix que ses principaux concurrents mais les prix de réseaux sont légèrement plus favorables, la fiabilité de l'alimentation électrique est bonne, l'infrastructure en fibre est très bonne et la connexion avec les autres places financières – accessoirement principales capitales européennes – se joue en millième de millième de secondes. 

La main-d'oeuvre, pas si chère 

Même le coût de la main-d'oeuvre n'est pas forcément un handicap. La probabilité de voir des datacenters s'implanter dans le sud de l'Europe est plus faible que dans le nord parce qu'il faudrait dépenser plus pour la climatisation de ces installations qui tournent 24 heures sur 24. 

A 36,6 euros de l'heure selon Eurostat, le Luxembourg est mieux placé que la Belgique (39,2), la Suède (38) ou le Danemark (42) mais moins bien que l'Irlande (30,4) ou les Pays-Bas (33,3). 

La différence majeure entre le premier projet, juste à côté de LuxLait et Creos, et celui-ci tient justement dans l'éloignement de ces deux voisins stratégiques. De LuxLait, Google devait utiliser l'eau pour refroidir ses datacenters. La proximité avec le poste de Creos devait permettre d'être raccordé à peu de frais. 

Projet à revoir pour Creos 

Aujourd'hui, il va falloir résoudre la question de l'eau. Creos, elle, aurait déjà travaillé à un scénario de deux raccordements à construire, depuis la ligne venant d'Allemagne, au nord et au sud de la zone, pour garantir à l'Américain qu'il aura du courant en toutes circonstances. 

Selon nos informations, le fournisseur d'infrastructure énergétique s'apprête à augmenter la puissance disponible de 15% pour passer de 730 à 840 megawatts, pour satisfaire une consommation du géant américain estimée autour de 8.000 kilowatts par heure. 

Google deviendrait directement le premier consommateur d'électricité industriel au Luxembourg, devant ArcelorMittal, qui passe par le réseau concurrent, la Sotrel. Google n'a pas encore décidé si elle viendrait ou pas. 

Hier, a seulement été confirmé que plus rien ne s'opposait à l'achat de 25 à 34 hectares à Bissen. 

Les ministres respirent.

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