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Datacenter au Luxembourg: Pourquoi il faudrait dire "oui" à Google
Arrivé en 2007, Google est en train de construire son troisième datacenter – ou centre de données – près de Mons, ce qui représentera en 2020 une 
dépense de 2,2 milliards d'euros.

Datacenter au Luxembourg: Pourquoi il faudrait dire "oui" à Google

Google
Arrivé en 2007, Google est en train de construire son troisième datacenter – ou centre de données – près de Mons, ce qui représentera en 2020 une 
dépense de 2,2 milliards d'euros.
Économie 4 min. 23.08.2017

Datacenter au Luxembourg: Pourquoi il faudrait dire "oui" à Google

Thierry LABRO
Thierry LABRO
La Belgique n'a jamais regretté d'être le premier pays hors des Etats-Unis à accueillir un centre de données de Google. C'était il y a plus de dix ans.

par Thierry Labro

Les Américains sont très forts pour raconter leur histoire. Contrairement à la légende, Google n'a jamais annoncé qu'il allait ouvrir un centre de données en dehors des Etats-Unis, il y a de cela dix ans et demi. Mais il l'a fait: deux de ses filiales, l'Irlandaise Aegino Limited et la Néerlandaise Leonberger B.V., fondent une mystérieuse «Crystal Computing» en août 2006 en Belgique. 

Ce n'est qu'en novembre 2008, devant les spéculations qui entourent le gigantesque chantier et les fuites de plus en plus nombreuses depuis le printemps, que l'Américain «avoue». Il a bien choisi la zone industrielle de Ghlin-Baudour, sur le site de Saint-Ghislain près de Mons, pour établir son premier datacenter européen. 

A 30 km de la frontière avec Valenciennes, le géant a trouvé, dira-t-il plus tard, un site où le taux de latence est très faible et où il peut développer un centre innovant, qui va utiliser l'eau de la Haine pour refroidir ses circuits. 

110 à 160 millions d'euros par an 
au PIB belge 

Dix ans plus tard, la technologie a complètement changé mais le problème se pose dans les mêmes termes: trouver un terrain, une infrastructure à faible latence, de l'électricité à un bon prix et de l'eau pour refroidir. Si le pays est stable politiquement, que la fiscalité des entreprises est bien orientée et que les locaux ont le sens du business, c'est encore mieux. 

Comme les autres Etats européens, le Luxembourg a fait son travail, même si le classement de Cushman and Wakefield ne le positionne qu'en 14e position mondiale (8e européen) des pays les plus intéressants pour installer un centre de données. Le promoteur immobilier lui reproche surtout la trop faible part d'énergies renouvelables dans son mix énergétique et la difficulté à faire des affaires. 

Il n'existe qu'une seule étude qui se penche sur l'intérêt économique d'accueillir un centre de données de l'Américain. Un cabinet de conseils danois, Copenhagen Economics, a estimé en 2015 à 775 millions d'euros, entre 2007 et 2014, les investissements dans la construction des deux premiers datacenters belges au même endroit. 

L'équivalent de 1.500 temps-pleins par an a profité dans la grande majorité à des entreprises locales ou régionales. Et 110 millions d'euros par an sont revenus au PIB de la Belgique. 

La construction du troisième centre de données toujours au même endroit, qui doit s'achever l'an prochain, donne du travail à 3.900 équivalents temps-pleins sur les trois ans de la construction. 

Au total, ont calculé les Danois, Google aura dépensé 2,2 milliards d'euros entre 2007 et 2020. 

L'étude se penche sur les effets directs de la présence de l'Américain, sur les effets indirects mais aussi sur les «effets induits»: les employés de Google, dont 90 % n'ont pas de diplômes universitaires, et les contractants dépensent ensuite leurs salaires dans l'économie locale, un montant estimé à 40 millions d'euros par an. 

Une autre étude 
commandée par Google 

Le troisième datacenter permettra de porter les 110 à 160 millions d'euros par an après 2020 et les emplois à 2.500 (600 directs, 800 indirects et 1.100 induits). Les Américains ont dû trouver cette première étude qu'ils avaient commandée et en ont commandé une deuxième, publiée en avril dernier, à propos de la situation en Finlande. 

Selon la même grille d'analyse que pour la Belgique, Copenhagen Economics, situe les investissements de Google dans le datacenter de Hamina à 660 millions d'euros entre 2009 et 2015, soit 95 millions d'euros par an plus 1.600 emplois par an. En 2016, les centres de données finlandais ont généré 800 millions d'euros de contribution au PIB et 11.000 emplois. 

Selon les auteurs de l'étude, si la Finlande gère bien l'évolution de son secteur du cloud, il générera 2,3 milliards d'euros et 32.900 emplois par an à partir de 2025. Si Google ne peut pas s'installer au Luxembourg, parce que des propriétaires fonciers ne sont intéressés ni par l'argent, ni par la technologie, il ira ailleurs. 

Un secteur en plein boom

Une dizaine de nouveaux centres de données sont déjà programmés un peu partout. «Amazon Web Services» reste le leader incontesté de ce secteur très concurrentiel avec 34 % des parts de marché, mais la concurrence grignote chaque année ses parts. Microsoft (2e avec 11 %) et Google (4e derrière IBM avec 5 %) ont doublé leurs revenus au deuxième trimestre par rapport à la même période un an plus tôt. 

Le marché évolue très vite et augmente de 40 % par an. Derrière les cadors américains, Alibaba, Fujitsu, NTT, Oracle, Rackspace et Salesforce sont en train de se développer à vitesse grand V et Google n'a pas l'intention de se laisser doubler. Luxembourg ou pas. Comme Facebook et Apple avant lui...

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