Changer d'édition

Dans la foulée des Foot Leaks: Des agents pas si secrets
Économie 6 min. 15.12.2016 Cet article est archivé

Dans la foulée des Foot Leaks: Des agents pas si secrets

Conseillé par une société luxembourgeoise, la «Starfactory», le Croate Ivan Perisic a quitté Wolfsbourg pour l'Inter Milan pour 19 millions d'euros. Ses agents, eux, ont eu une bonne année 2015.

Dans la foulée des Foot Leaks: Des agents pas si secrets

Conseillé par une société luxembourgeoise, la «Starfactory», le Croate Ivan Perisic a quitté Wolfsbourg pour l'Inter Milan pour 19 millions d'euros. Ses agents, eux, ont eu une bonne année 2015.
REUTERS
Économie 6 min. 15.12.2016 Cet article est archivé

Dans la foulée des Foot Leaks: Des agents pas si secrets

Thierry LABRO
Thierry LABRO
Les «Foot Leaks», ces révélations sur l'évasion fiscale des stars du ballon rond, montrent que la nouvelle réglementation est contournée sans problème par les agents de joueurs. Les «intermédiaires», selon la nouvelle terminologie, aiment beaucoup le Luxembourg.

par Thierry Labro

C'est l'histoire d'un croche-pied. En finale de la Coupe du Sénégal, en 1980, Jules Bocandé a 21 ans. Le joueur du Casa Sport fait trébucher l'arbitre de la rencontre: il est radié à vie. Un ami de sa famille l'emmène en Belgique, où l'attaquant séduit Tournai puis Seraing. 

Avant de rejoindre le FC Metz, il est hébergé chez un de ses agents. A Differdange. Son incroyable destin partira de ces années douces où il se consacre entièrement au ballon rond avant qu'il devienne le meilleur buteur du championnat de France avec le FC Metz et qu'il soit vendu à prix d'or – pour le milieu des années 1980 – au Paris-Saint-Germain de Borelli. 

Trente ans plus tard, les transferts «à la papa» n'ont pas tellement changé. Les «scouts» – ces envoyés plus ou moins officiels des grands clubs – partis chercher des pépites en Afrique ou dans les pays de l'Est, se sont multipliés mais le Luxembourg est resté un passage obligé parce que la fiscalité y est plus avantageuse. 

Objectivement, il n'y a pas de raison que les footballeurs ne fassent pas la même chose que les grosses fortunes de la planète. Les stars et leurs millions d'euros ne représentent que 2 à 3 % des contrats de travail des footballeurs. Pour bien d'autres, le salaire mensuel tourne plutôt à 5.000 ou 6.000 euros...

La crème des agents 

Selon la même logique, Luxembourg donne l'hospitalité à des acteurs majeurs du secteur. Comme «United in sports management» que Robert-Louis Dreyfus a créée en 2006 et qui a fini par mettre la clé sous la porte en 2014, cinq ans après le décès du patron. 

L'emblématique capitaine d'industrie dont le nom est associé à Adidas et à l'Olympique de Marseille l'avait fondée avec deux personnalités. Nicole Junkermann a créé le premier fonds d'investissement dans le sport en 2005, «United in sports», avant de récupérer les droits télés du football au moment de la débâcle du groupe Kirch. Et Sandrine Zerbib, que RLD a rencontrée au moment de la vente d'Adidas à Tapie, travaillait pour AGF. C'est elle qui a monté la revente à Dreyfus avant de prendre la direction d'Adidas Chine et de l'aventure luxembourgeoise. 

Des histoires comme celle-là, il en existe quelques-unes. Fameuses. Souvenez-vous les frasques entre Franck Ribéry et Bruno Heiderscheid s'étaient terminées devant la justice, le joueur du Bayern étant condamné à payer 1,6 million d'euros à son agent luxembourgeois après trois ans de bataille judiciaire. 

Après le CSG, l'Argentin Mario Mendoza a émigré au Spora (ici en 2004). Devenu agent de joueurs, notamment pour le FC Metz, il n'est plus dans la société qu'il a créée au Luxembourg
Après le CSG, l'Argentin Mario Mendoza a émigré au Spora (ici en 2004). Devenu agent de joueurs, notamment pour le FC Metz, il n'est plus dans la société qu'il a créée au Luxembourg
Fernand Konnen

Bien connu au CS Grevenmacher et devenu agent de joueurs, entre l'Argentine et le FC Metz, l'Argentin Mario Mendoza, a vite disparu des radars alors qu'il affirmait encore en 2015 gérer les intérêts d'une des stars du FC Metz, Guido Milan, par le biais d'une société luxembourgeoise dont il a détenu 50 % des parts avec Renato Costantini pendant quatre ans et sous la protection du Congolais Roger Bambi, rarement au premier plan... 

 Ou comme Martin Henrotay, rarement au premier plan non plus et dont la société luxembourgeoise affiche 2,5 millions d'euros de chiffre d'affaires en 2014. Très influent sur le Standard de Liège, disent les médias belges, l'homme a eu sous contrat un certain nombre de Diables rouges – les footballeurs de l'équipe nationale belge – comme Eden Hazard (EHGroup), Thibaut Courtois (ThiCoLux et Thibauting), Kevin Mirallas (KMirallas). Eux et Divock Origi (OD) ou les Lukaku (RoJoLuk) sont tous dans les noms du «Foot Leaks» et... ont tous leurs propres sociétés au Luxembourg – les noms entre parenthèses – pour gérer une partie de leurs recettes publicitaires et «intellectuelles». 

Des licences pays par pays 

Parmi les stars internationales figurent aussi Luka Modric, le Croate du Real de Madrid ou le Français Paul Pogba et son Koyote Group. 

Le plus influent des agents de joueurs en Belgique, «Arnaud» Bayat a aussi établi le siège d'«International Sports and Football Management», au Luxembourg. L'Iranien a juste francisé son prénom, il s'appelle Mogi, comme son frère Mehdi, s'est rebaptisé «Robert» depuis qu'il a pris la tête du Sporting Charleroi. ISFM a vu ses actifs quadrupler en une année pour un bénéfice assez modeste de 463.000 euros en 2014 contre quatre fois plus dans son autre société, «Creative & Management Group», qui a terminé 2015 avec un bénéfice avant impôts de 2,1 millions d'euros sur lesquels il a payé en Belgique plus de 700.000 euros d'impôts. 

Pourquoi avoir deux sociétés identiques des deux côtés de la frontière alors qu'on n'a pas de licence au Luxembourg mais seulement en Belgique. Un mystère sur lequel M. Bayat n'a pas souhaité nous répondre. 

Car la réglementation a changé. Depuis 2015, il ne faut plus dire «agent de joueurs» mais «intermédiaire» et la liste de ces agents n'est plus détenue à la FIFA ou à l'UEFA mais directement auprès de chaque fédération membre. 

Officiellement, la FLF doit publier une liste et le détail des sommes perçues par les intermédiaires chaque année en mars. Mais, il a fallu insister pour obtenir une copie de la liste des agents et l'inamovible secrétaire général de la Fédération luxembourgeoise, Joël Wolff, n'a plus répondu à nos demandes de bilan annuel. 

28 agents au Luxembourg 

Dans la liste qu'il a fini par nous envoyer figurent 28 intermédiaires. «Star» des agents enregistrés, 

Ghislaine Dubois est accréditée en Belgique, en France et en Allemagne et pourtant, selon les statuts de la StarFactory, elle n'est que directrice administrative d'une société dirigée par Bruno Frey.

Le pari d'être présent sur tous les «marchés» commence à payer si l'on en croit le bilan de 2015: la StarFactory a gagné plus de 10 millions d'euros, près de quatre fois plus qu'un an plus tôt. Seuls 250.000 euros viennent du consulting, le reste provient des «commission et de la prospection pour différents clubs». 

Le plus gros transfert aura été celui du Croate Ivan Perisic de Wolfsbourg, en 
première division allemande à l'Inter Milan pour 19 millions d'euros, somme sur laquelle son agent, le Belge Didier Frenay a pris sa part. 

Les autres agents sont plus «exotiques», d'un coach sportif (Eduardo Oliveira) à des anciens joueurs de Division nationale (Lionel Da Silva, Antonio Santopietro ou Aldo Zampa) en passant par un ex-fonctionnaire du ministère de l'Education, patron d'une société qui n'existe pas (Bruno Borges à la tête de FootballMoment) ou le beau-frère de l'ancien joueur de Beveren parti à Naples (Kalidou Koulibaly). 

Dans le championnat luxembourgeois, il est plus dur de gagner sa vie. Comme agent. 


Suivez-nous sur Facebook, Twitter et abonnez-vous à notre newsletter de 17h.