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Coup de froid pour les fours Hein
Économie 4 3 min. 28.03.2020 Cet article est archivé

Coup de froid pour les fours Hein

Pierre Thein devrait demander du chômage partiel pour une partie des salariés

Coup de froid pour les fours Hein

Pierre Thein devrait demander du chômage partiel pour une partie des salariés
Photo : Guy Jallay
Économie 4 3 min. 28.03.2020 Cet article est archivé

Coup de froid pour les fours Hein

Patrick JACQUEMOT
Patrick JACQUEMOT
Spécialisée dans l'équipement des boulangeries et produisant essentiellement pour l'export, l'entreprise de Strassen a vu son carnet de commandes se vider brutalement. Pour son directeur, il faut déjà envisager la sortie de crise.

Des coups durs, le groupe Hein en a déjà traversé de nombreux depuis sa création, en 1882. Mais cette crise du covid-19, son directeur Pierre Thein la qualifie volontiers d'«ouragan force 5». Alors que janvier 2020 affichait un chiffre d'affaires en belle progression, voilà les espoirs du fabricant de fours et d’installations de froid pour les boulangeries balayés pour cette année. «Là, dans le meilleur des scénarios, nous partons sur une chute du chiffre d'affaires de 25%. Sur 25 millions d'euros, ça pèse.» Encore faudra-t-il que la tempête sanitaire se calme, et vite.

Pour l'heure, pris dans l’œil du cyclone, Hein a vu s'annuler de multiples commandes, d'autres être reportées sine die, les demandes d'absences pour gardes d'enfants se multiplier et sa production tourner au ralenti faute d'approvisionnement en pièces. Pour un peu, le directeur du groupe se souviendrait de l'incendie du site de Strassen, en 2012 et ses 12 millions de dégâts comme d'une péripétie... Et comme si tout cela ne suffisait pas, Ferdinand Hein le manager général a dû se mettre en retrait voici quelques jours, frappé lui-même par l'infection de coronavirus.

Pierre Thein fait donc front avec ce qu'il reste de l'équipage. Les mesures barrières pour éviter que le virus ne s'invite dans les installations sont efficaces jusqu'à présent. Il est vrai qu'elles avaient été prises bien avant que le gouvernement ne diffuse ses propres recommandations. «J'ai travaillé en Afrique et vu les dégâts provoqués par ebola ou la malaria, alors j'avais certainement une meilleure approche des risques», se satisfait le chef d'entreprise.

Les 200 employés, des soudeurs aux secrétaires en passant par les ingénieurs, ont adopté de nouveaux modes de fonctionnement, se séparant dans les bureaux, tenant des réunions debout, dehors et loin les uns des autres. Même le facteur ou les livreurs sont priés de déposer leurs paquets à l'extérieur, et les réceptions restent à l'air libre plusieurs heures avant d'être recherchées. «Une de nos grandes difficultés concerne nos techniciens chargés des réparations ou de la maintenance de nos produits, en déplacement au Luxembourg ou à l'étranger. Les boulangers, artisanaux ou industriels, traînent des pieds à faire entrer dans leur laboratoire des gens de l'extérieur.» 

D'ici la fin de la semaine, Hein demandera à bénéficier d'un accompagnement pour chômage partiel. Une entreprise de plus à satisfaire pour l'Etat luxembourgeois au milieu d'un raz de marée de dossiers. Dan Kersch, mercredi matin, parlait déjà de près de 7.000 appels au secours. «Juste le temps de traiter chaque cas, cela va entraîner des retards qui pourraient mettre en péril bien des sociétés, petites ou grandes», craint donc Pierre Thein pourtant confiant dans le cap suivi jusqu'à présent par le gouvernement que ce soit dans la gestion sanitaire ou celle de l'économie nationale.

Bouées de sauvetage

En regardant l'horizon, le groupe Hein veut croire en des jours meilleurs. Mais pour atteindre cet océan lointain, «nous devons aujourd’hui mettre en œuvre des stratégies extraordinaires et nous procurer le cash-flow nécessaire pour sauvegarder, à moyen terme, la pérennité de l’entreprise». Voilà le cap en interne.

Pour les mesures gouvernementales, Pierre Thein compte non seulement sur l'ampleur de l'aide avancée, mais surtout sur la rapidité à ouvrir le coffre-fort. «Il faudra que toutes les mesures de soutien deviennent réalité à très court terme et que tout le monde y participe pour éviter ainsi une crise économique et sociale de grande ampleur.» Voilà l'administration et l'Etat prévenus: ils doivent ramer ferme maintenant pour soutenir le secteur privé. Le tout n'est pas d'avoir des bouées de sauvetage financières mais de les lancer rapidement à la mer et au bon endroit.

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