Commission "Pana"

Le Freeport ne convainc pas les eurodéputés

La membre du Parlement européen Ana Gomes (groupe des socialistes et démocrates) s'adresse à la presse dans le somptueux hall du port franc au Findel. A ses côtés Robert Goebbels, président de la société de gestion, et Evelyn Regner, ancienne membre de la Commission Pana. ⋌(PHOTO: C. KARABA)
La membre du Parlement européen Ana Gomes (groupe des socialistes et démocrates) s'adresse à la presse dans le somptueux hall du port franc au Findel. A ses côtés Robert Goebbels, président de la société de gestion, et Evelyn Regner, ancienne membre de la Commission Pana. ⋌(PHOTO: C. KARABA)
Chris Karaba

Par Pierre Sorlut

«Enfin, nous ne sommes pas en Suisse!» Le président du Freeport Luxembourg Robert Goebbels s'emporte. Son bras cogne son pantalon et les clés qui se trouvent à l'intérieur produisent un cliquetis qui résonne dans le hall du port franc où la presse était rassemblée ce lundi. Celui qui fut vice-président du groupe socialiste au Parlement européen interrompt brusquement son ancienne camarade Ana Gomes dans sa comparaison avec les ports francs genevois.

L’eurodéputée portugaise a, avec quelques anciens membres de la Commission «Pana», répondu favorablement à l'invitation de M. Goebbels. Le président de la société de gestion de la zone de suspension de taxes en bordure d'aéroport s'était ému en novembre dernier quand le rapport final de la commission parlementaire en charge de l'enquête de possibles crimes financiers liés aux «Panama Papers» présentait «les soucis» des députés à l'égard des freeports, ces coffres-forts géants tenus à l'abri des regards indiscrets. «Des remarques à mon avis déplacées», a fait savoir M. Goebbels sous les visages inquisiteurs de l'artiste portugais VHILS.

L'OCDE critique

«Les ports francs peuvent s'avérer des infrastructures d'entreposage utiles au blanchiment d'argent et au commerce de biens de valeur exonéré de taxes», écrivait en novembre dernier le rapporteur de la Commission «Pana».

Ses membres n'avaient alors pas visité l'installation financée par le marchand et transporteur d'art suisse Yves Bouvier. Ils fondaient leur opinion sur la réputation sulfureuse du port franc de Genève, ainsi que sur les conclusions négatives formulées dans le passé par l'OCDE (Organisation de coopération et de développement économiques) qui s'est érigée en fer de lance dans la lutte contre l'évasion fiscale et le blanchiment d'argent. Son directeur fiscalité Pascal Saint-Amans avait plus spécifiquement exprimé ses doutes quant à la probité de l'infrastructure luxembourgeoise.

Mme Gomes pas convaincue

Depuis, le législateur a corrigé le tir. Les professionnels du transport qui opèrent au port franc doivent se soumettre à la législation anti-blanchiment. Les douanes, «présentes en permanence sur le site», insiste M. Goebbels, «scannent tout ce qui entre et sort». «Tous les bénéficiaires économiques sont connus de l'administration des douanes. Le bâtiment est le plus surveillé du Luxembourg», renchérit le président du Freeport. A ses côtés, Ana Gomes doute encore. «Ils nous ont montré ce qu'ils avaient le droit de nous montrer (les surfaces sont louées à des prestataires contraints au secret professionnel, ndlr). Mais beaucoup de questions que j'ai posées devront être posées à nouveau aux autorités luxembourgeoises», a précisé l'eurodéputée.

«Les personnes qui se cachaient derrière des sociétés-écrans ou plaçaient leur argent sur des comptes offshore investissent dans des oeuvres d'art, du vin, des voitures de luxe ou même des cigares»... Ana Gomes aimerait savoir si les transactions réalisées sur des biens stockés au port franc sont bien contrôlées. Robert Goebbels assure qu'au final, les douanes sauront. «Si vous voulez frauder, il y a dans le monde des endroits beaucoup moins sécurisés et beaucoup moins chers», assène-t-il.

Sur le port franc

Luxembourg. Le port franc a été inauguré le 17 septembre 2014 en présence de certains des plus hauts représentants de l'Etat, le Grand-Duc Henri et le vice-Premier ministre Etienne Schneider. Cette zone de suspension de taxe sur la valeur ajoutée (TVA) est en réalité le fruit d'une volonté plus ancienne de diversifier la place financière par la logistique. Les ministres de l'Economie et des Finances de l'époque, respectivement Jeannot Krecké et Luc Frieden (aujourd'hui président de la maison d'édition du «Luxemburger Wort») avaient conduit le développement entre 2008 et 2011, inspirés par les conseils du cabinet Deloitte, orienté vers l'art.

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