Changer d'édition

Commerce et artisanat attendent plus que le rebond
Économie 8 min. 19.01.2021

Commerce et artisanat attendent plus que le rebond

Avant la crise, l'artisanat représentait environ 100.000 emplois répartis dans 7.800 entreprises.

Commerce et artisanat attendent plus que le rebond

Avant la crise, l'artisanat représentait environ 100.000 emplois répartis dans 7.800 entreprises.
Photo: Shutterstockk
Économie 8 min. 19.01.2021

Commerce et artisanat attendent plus que le rebond

Surtout de la prévisibilité dans les décisions du gouvernement. Michel Reckinger, président de la Fédération des artisans (et nouveau «patron des patrons» à la tête de l'UEL) et Tom Oberweis, président de la Chambre des métiers relaient les espoirs de leur secteur.

(pj avec Thomas KLEIN) La crise covid continue d'affecter les entreprises artisanales du pays. Et entre nouveaux dispositifs sociaux, nouvelles aides et surtout attente de la reprise, le temps parait de plus en plus long aux entrepreneurs et indépendants en difficulté. 

Après dix mois de crise covid et deux périodes de confinement, quel climat domine les secteurs du commerce et de l'artisanat?

Tom Oberweis, président de la Chambre des métiers : «Nous réalisons régulièrement notre Enquête de conjoncture. Nous interrogeons nos membres sur leur situation commerciale. Lors de la dernière enquête, l'indice d'activité était au plus bas depuis 1986. 87% des entreprises déclaraient que leur activité était soit en baisse, soit en stagnation. Bien sûr, tous les secteurs ne sont pas impactés de la même manière. Ce qui est inquiétant, cependant, c'est que la situation des commandes se détériore maintenant même dans des domaines où les choses se passaient plutôt bien (comme dans le secteur de la construction).


Lokales, Beruf Geschirrmachers, Pferde, Sattel, Handwerk, De Leederwon,  Foto: Anouk Antony/Luxemburger Wort
La fin d'année inquiète les artisans
Le secteur de l'artisanat a enregistré une nette baisse de son activité au cours du troisième trimestre 2020. Et les perspectives des prochains mois ne s'annoncent pas meilleures.

En quoi la situation actuelle diffère-t-elle de celle du printemps ?

Michel Reckinger, président de la Fédération des artisans : «A l'époque, les indépendants ont pioché dans leurs réserves d'abord. Aujourd'hui, nous savons que c'était une mauvaise décision. Ils ont maintenant investi six mois dans leurs entreprises et, dans de nombreux cas, en ont assumé les coûts eux-mêmes. Aujourd'hui, après le deuxième lockdown, les caisses sont vides. 

Et les aides d'État ?

M.R. : «À un moment, elles ont été très rapides, il faut le dire. Mais les indépendants n'ont, eux, pas bénéficié directement du chômage partiel. Un coiffeur pouvait demander du chômage partiel pour ses employés, mais pas pour lui. De quoi est-il censé vivre alors? Un indépendant paie des cotisations sociales égales, voire supérieures, à celles d'un salarié. Par conséquent, il devrait également recevoir un salaire de remplacement. Si l'État décrète que ces personnes ne peuvent pas travailler, il doit s'assurer qu'elles puissent avoir les moyens de survivre. C'est une question de justice, et nous ne relâcherons pas nos efforts dans ce domaine.

Michel Reckinger a pris la tête de l'Union des entreprises luxembourgeoises au 1er janvier.
Michel Reckinger a pris la tête de l'Union des entreprises luxembourgeoises au 1er janvier.
Photo: Chris Karaba

Tom Oberweis, début 2020, vous exigiez du gouvernement un «dialogue à hauteur de vue». Comment cela se présente-t-il aujourd'hui?

T.O. : «Avec certains ministres, cela fonctionne mieux, avec d'autres moins bien. Même avant la crise, par exemple, le dialogue avec Lex Delles (DP) en charge des Petites et Moyennes entreprises, était très bon. Et cela ne s'est pas arrêté, il a souvent appelé et s'est assuré que les choses décidées étaient bien mises en œuvre.


Baustelle CNIS (Rettungswesen) im Ban de Gasperich. Foto:.Gerry Huberty
Ils disent non à la hausse du salaire minimum
Après l'Union des entreprises, la Confédération des classes moyennes hausse aussi le ton face à l'augmentation de 2,8% des plus bas revenus. «Un signal fatal aux petites et moyennes entreprises», selon elle.

Mais en ce qui concerne d'autres domaines comme le dialogue social, je n'ai pas l'impression que le gouvernement soit d'accord avec nous. Nous ne comprenons toujours pas pourquoi le salaire minimum a augmenté de 2,8% au 1er janvier, dans la situation actuelle. Personne ne nous en a parlé avant. 

Une autre question vous préoccupe : l'image donnée des entrepreneurs...

T.O. : «Effectivement, le secteur reste mal à l'aise face à certaines caricatures faites des patrons et des indépendants en particulier (NDLR: déclaration de Dan Kersch notamment). Laisser penser que chaque indépendant roule en Ferrari est regrettable. Derrière chaque entreprise se trouvent généralement des personnes qui ont investi beaucoup de cœur et d'âme pour démarrer quelque chose ; qui ont emprunté de l'argent à leur famille pour démarrer. Tous ne gagnent pas des tonnes d'argent et ont maintenant des peurs existentielles chaque jour. Le pays a besoin de ces personnes et elles doivent être respectées.

M.R. : «Nous avons aussi un peu sous-estimé la profondeur de cette frustration. Aussi, la Fédération des artisans, en collaboration avec l'Horesca et la Confédération luxembourgeoise du commerce, va mettre en place cette semaine une helpline pour traiter les problèmes de détresse psychologique qui peuvent impacter les membres de nos secteurs. Car oui, le risque de suicide chez les entrepreneurs est actuellement très élevé.

Pour Tom Oberweis, les artisans et les entreprises ont besoin de plus de prévisibilité dans les choix gouvernementaux.
Pour Tom Oberweis, les artisans et les entreprises ont besoin de plus de prévisibilité dans les choix gouvernementaux.
Photo: Chris Karaba

Quelles mesures pourraient aider les secteurs du commerce et de l'artisanat?

M.R. : «D'abord, nous avons besoin de plus de prévisibilité. Là, on nous dit en gros le 9 janvier ''Vous serez à nouveau ouverts le 10''. Même un coiffeur ne peut pas simplement fermer boutique et tout reprendre en un claquement de doigts. Les grandes sociétés, comme celles du secteur de la construction ou de l'alimentation, ont notamment besoin d'un délai plus long. C'est là que nous aurions besoin de plus de perspective. Pour que les entreprises et les clients retrouvent un peu d'espoir et d'optimisme, il faudrait qu'ils puissent dire : ''Tenez bon jusqu'en juin''. Par ailleurs, une stratégie de vaccination transparente doit être communiquée. Afin que chacun sache quand viendra son tour.

T.O. : «Le Premier ministre dit toujours que la pandémie relève du marathon. C'est peut-être vrai, mais la vaccination devrait être envisagée comme un sprint sur 100m. Nous sommes actuellement dans la pire crise de l'après-guerre. Tout est sous pression, finances, économie. Il ne s'agit pas seulement de croissance, de profits et d'emplois, mais aussi de cohésion sociale ici au Luxembourg. Nous devons veiller à nous en sortir. Une étape importante serait que les entreprises puissent à nouveau fonctionner normalement.

La vague de faillites redoutée ne s'est pas encore concrétisée. Craignez-vous qu'elle n'arrive à retardement?

 M.R. : «Pour l'instant, le nombre de faillites n'est pas alarmant (NDLR : 1.206 en 2020). Mais beaucoup d'entrepreneurs disent qu'ils s'adressent aux banques pour obtenir de petits prêts et des prêts relais. C'est ce que beaucoup ont fait, en particulier lors du dernier confinement, pour faire la transition jusqu'au versement de l'allocation chômage partiel de janvier.

Est-il encore facile pour les entreprises d'obtenir de tels prêts ?

T.O. : «Non, nous avons déjà remarqué que certains ont été refusés. Bien entendu, les banques doivent vérifier la solvabilité de leurs clients et, dans la situation actuelle, ce n'est plus le cas pour tout le monde. Alors certains établissements bancaires ne suivent plus.


La rénovation énergétique surfe sur les aides
L'effort supplémentaire dans les soutiens accordés, depuis mai, par le gouvernement aux particuliers souhaitant améliorer l'efficacité thermique de leur logis porte ses fruits.

 Sans cette crise covid, nous discuterions de la pénurie de travailleurs qualifiés ou de la numérisation. Quel est, selon vous, le défi le plus important pour le commerce pour 2021 ?

T.O. : «Nous savons que nous devons réduire de 55% les émissions de CO2 d'ici 2030 et être climatiquement neutres d'ici 2050. Nous savons que c'est nécessaire et, en fin de compte, ce sont aussi les corps de métier qui mettront en œuvre un grand nombre des mesures correspondantes (de l'installation de panneaux solaires à la mise en place de pompes à chaleur). En même temps, ce sera tout un défi pour toute entreprise de mettre cela en œuvre de son côté.

Par exemple, je suis boulanger, je ne sais pas si je serai encore autorisé à faire fonctionner un four à gaz dans dix ans. Nous avons donc besoin du soutien du gouvernement, qui peut prendre la forme de conseils mais aussi d'une aide financière.

M.R. : «Pour moi, le principal problème auquel nous devons faire face au Luxembourg est la pénurie de logements. Si le fossé entre riches et  pauvres se creuse, c'est en grande partie parce que le coût du logement est trop élevé. Les solutions que nous essayons ici depuis 30 ans n'ont pas fonctionné et le nouveau Pacte Logement va aussi échouer parce que le secteur privé est laissé pour compte. La construction de logements sociaux par les entreprises serait beaucoup plus efficace et rapide que par la seule main publique.


Leute Menschen Arbeiten Gewerkschaft zusammen verschieden viele divers (Shutterstock)
Le travail entre les mains de 73% de non-Luxembourgeois
Les résidents luxembourgeois ne constituent que 26% de la population active au Grand-Duché. Plutôt «cols blancs», ils sont «surreprésentés dans les secteurs les plus rémunérateurs», indique la dernière étude du Statec.

Le prochain grand défi pour les entreprises sera de faire face à la pénurie de travailleurs qualifiés. Avant la crise, 12.000 nouveaux emplois étaient créés chaque année et le pays enregistrait 12.000 départs en retraite, on sait que le Luxembourg ne peut fournir que 7.000 salariés par an, nous sommes donc dépendants des frontaliers et des formations en place au-delà des frontières.

Et si aucun de ces futurs salariés ne peut habiter au Grand-Duché, on se créera une difficulté supplémentaire pour les attirer. C'est un problème à régler aussi.»

Suivez-nous sur Facebook, Twitter et abonnez-vous à notre newsletter de 17h.


Sur le même sujet

L'Autofestival jouera les prolongations
Si les concessions respecteront bien deux dimanches de fermeture (comme voulu par le gouvernement), les professionnels de l'automobile ont choisi de prolonger leurs offres jusqu'au 13 février.
Peugeot XY and GTI concept cars are displayed at the French car maker's booth on March 6, 2012, during a press day ahead of the 82nd Geneva Motor Show in Geneva. Some 700 carmakers hold a press preview of their newest batch of automobiles at the Geneva Motor Show, which opens to the public from March 8 to 18.  AFP PHOTO / FABRICE COFFRINI
Ces secteurs qui continuent à recruter
Si certaines branches d'activité ont été contraintes de restreindre leur activité et d'avoir recours au chômage partiel, voire aux licenciements, d'autres en revanche peinent à trouver du personnel. Tour d'horizon.
«La crise actuelle ne constitue pas un alibi»
Jean-Paul Olinger, directeur de l'Union des entreprises luxembourgeoises (UEL), estime que le chômage partiel devrait se poursuivre pendant une bonne partie de 2021 et devrait constituer une réponse aux conséquences de la crise. A l'image de ce qui se passe ailleurs en Europe.
Wirtschaft, Interview mit Jean-Paul Olinger, UEL, Unions des Entreprises Luxembourgeoise, Foto: Chris Karaba/Luxemburger Wort
Une solution de plus pour l'apprentissage
Face à la difficulté pour certains jeunes de trouver un poste en apprentissage en entreprise, le CNFPC est prêt à assumer une partie de la formation pour la première année de certains certificats de capacité professionnelle.
Ateliers Schläifmillen - Ausbildung für Jugendliche mit CAE - Foto: Pierre Matgé/Luxemburger Wort
«Engagez et formez des apprentis !»
Tel est le message lancé par la Chambre des Métiers et celle des Salariés. Un cri d'alerte même, alors que la crise aurait tendance à freiner les entreprises à ouvrir leurs portes aux demandeurs de formation professionnelle.
Handwerk, Industie, Stahl, Metall