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Comment sauver l'économie du pays... en trois points
Économie 5 min. 25.03.2020

Comment sauver l'économie du pays... en trois points

Pierre Gramegna a salué les mesures prises par l'Europe qui ont permis au Luxembourg d'appliquer son plan anti-crise.

Comment sauver l'économie du pays... en trois points

Pierre Gramegna a salué les mesures prises par l'Europe qui ont permis au Luxembourg d'appliquer son plan anti-crise.
Photo : Guy Wolff
Économie 5 min. 25.03.2020

Comment sauver l'économie du pays... en trois points

Patrick JACQUEMOT
Patrick JACQUEMOT
Les ministres des Finances, de l'Economie et des Classes moyennes ont présenté, mercredi soir, leur plan pour aider les entreprises du pays à passer la crise. Soit 8,8 milliards d'euros répartis entre dépenses d'urgence, report de paiement et aides au crédit.

Vendredi dernier, en déclarant «Nous ne pourrons pas aider toutes les entreprises», Franz Fayot (LSAP) n'avait guère rassuré le pays. Ce mercredi soir, le nouveau ministre de l'Economie luxembourgeois s'est bien rattrapé en affirmant cette fois «Personne ne sera laissé sur le carreau». Pour ce faire, le gouvernement entend mettre 8,8 milliards d'euros sur la table pour soutenir l'économie nationale. Le Premier ministre Xavier Bettel l'avait annoncé dans l'après-midi, confirmation en a été donnée: 14% du PIB luxembourgeois sont d'ores et déjà dédiés à ce Plan de stabilisation tant attendu. 

Il est vrai que cette semaine, l'Europe a tout mis en oeuvre pour que ses différents membres puissent ouvrir les vannes et éteindre le feu de la crise économique et sociale qui couve avec le passage du covid-19. Règles sur la concurrence assouplies, dogme sur les déficits budgétaires des Etats aboli, aides sonnantes et trébuchantes votées : autant de gestes que le ministre des Finances, Pierre Gramegna (DP) a tenu à saluer, mercredi soir. Car voilà maintenant le Luxembourg libre de contre-attaquer comme il l'entend.

Et Pierre Gramegna a joué les stratèges en expliquant le plan d'action envisagé. En fixant d'abord les trois buts recherchés : préserver des liquidités aux entreprises pour les semaines à venir, conforter leur trésorerie pour les mois à venir et assurer leurs capacités de financement pour passer la crise et rebondir. Ambitieux certes, mais le Grand-Duché avec ses finances saines et son triple A a les armes.

1/ Des dépenses immédiates

  • Chômage partiel : pour les deux mois à venir, 1 milliard d'euros sera dépensé pour la prise en charge de l'ensemble des demandes d'entreprises qui souhaitent que l'Etat assure le paiement de 80% des revenus de leurs salariés se retrouvant dans l'impossibilité de travailler. Selon le socialiste Dan Kersch, ministre du Travail, plus de 7.000 demandes sont déjà en cours de traitement.
  • Congés pour raisons familiales: les finances publiques devraient être ponctionnées d'environ 200 millions d'euros par mois pour assurer aux parents salariés qui le souhaitent de pouvoir assurer la garde de leur enfant.
  • Indemnité d'urgence certifiée : c'est une nouveauté introduite prochainement pour aider indépendants et très petites entreprises (moins de neuf salariés). Cette fois, le ministre des Classes moyennes Lex Delles (DP) annonce une aide forfaitaire de 5.000 euros par structure «ni remboursable, ni imposable». Sitôt le dossier validé, l'aide sera versée dans la quinzaine pour porter assistance au plus vite à ces sociétés très vulnérables.
  • Loi minimis : les députés seront invités à augmenter le maximum d'aides pouvant être accordées par l'Etat à une société. Le plafond attendu cette fois étant de 500.000 euros (contre 200.000€ aujourd'hui). Au total, cette mesure pourrait coûter de l'ordre de 300 millions d'euros à l'Etat.

2/ Des délais de paiement

  • Impôts directs : Pierre Gramegna invite les entreprises en difficulté à introduire des demandes pour que toutes les avances à faire sur les deux premiers trimestres 2020 soient mises à zéro, temporairement. Et le ministre des Finances d'expliquer que pour les finances de l'Etat, «cela reviendra à reporter près de 1,65 milliard d'euros de recettes sur six mois».
  • Cotisations sociales : là encore, l'Etat fait montre de tempérance et ne réclamera pas son dû, provisoirement, pour les deux premiers trimestres de l'année. Soit 3 milliards d'encaissement décalés, au mieux...
  • Taxes indirectes : à l'exemple du règlement de la TVA, les finances publiques accorderont une tolérance dans le paiement. Soit 300 millions d'euros de pression mensuelle en moins pour les entreprises du pays.

3/ L'accès aux crédits 

  • L'Etat comme garant : D'ici la fin de l'année, l'Etat luxembourgeois prévoit de débloquer 2,5 milliards d'euros pour des garanties d'emprunts sollicités par des entreprises nationales. La mesure avait été réclamée, notamment par Luc Frieden, président de la Chambre de commerce.
  • Les banques jouent le jeu : Si l'Etat apportera 85% de cautionnement de crédits émis par les entreprises luxembourgeoises dans les prochains mois, les 15% restants seront assurés par les établissements bancaires. Après négociation, le gouvernement a reçu cette assurance de six banques de la Place: BCEE, BGL-Paribas, BIL, ING, Banque de Luxembourg et Raiffeisen.  «Elles sont prêtes à accorder des moratoires pour les remboursements des intérêts et du capital empruntés au moins pour les six mois à venir», s'est félicité le ministre des Finances.
  • La SNCI comme soutien : voilà la discrète Société nationale de crédits et d'investissements, établissement bancaire de droit public, amenée à jouer un grand rôle dans ce "plan Marshall" pour sauver l'économie. C'est elle qui se portera garante au nom de l'Etat pour les crédits des entreprises, mais le gouvernement lui demande aussi de soutenir le financement des mutuelles des chambres professionnelles ou de prêter de l'argent aux sociétés en difficulté ou ayant besoin de financement pour assurer leur rebond. 

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