Changer d'édition

Choix d'un jeune entrepreneur: L'urinoir sans eau, une idée en or
Économie 4 min. 02.01.2017

Choix d'un jeune entrepreneur: L'urinoir sans eau, une idée en or

A 26 ans, Edmond Jreige est parti pour aller loin, dans la lignée des entrepreneurs de l'écoinnovation trop méconnus au Luxembourg

Choix d'un jeune entrepreneur: L'urinoir sans eau, une idée en or

A 26 ans, Edmond Jreige est parti pour aller loin, dans la lignée des entrepreneurs de l'écoinnovation trop méconnus au Luxembourg
Pierre Matgé
Économie 4 min. 02.01.2017

Choix d'un jeune entrepreneur: L'urinoir sans eau, une idée en or

Thierry LABRO
Thierry LABRO
Les hommes auront une nouvelle excuse pour ne pas se laver les mains après être allés aux toilettes: l'absence d'eau. Car les urinoirs d'Edmond Jreige fonctionnent sans eau ni électricité. Le point de départ d'un projet en phase avec les ambitions de Rifkin et du Luxembourg.

par Thierry Labro

Edmond Jreige n'a que 26 ans mais il a déjà vécu plusieurs vies. A cheval entre la génération Y et la génération Z, ce Belgo-Libanais en a adopté tous les codes. Sa maîtrise parfaite d'internet et des réseaux – sociaux ou professionnels – est mise au service d'une envie d'apprendre et d'aider la société à progresser vers une meilleure gestion des ressources naturelles. 

Master en entrepreneuriat d'une école de commerce parisienne en poche, Stan Smith aux pieds, il revient dans son pays chez Luxinnovation. «Je suis luxembourgeois! J'ai vécu depuis toujours au Luxembourg!» 

De l'agence pour la promotion de l'innovation, le gamin passe chez E&Y. Son truc, c'est entreprendre. Alors il crée TechnoGreen en 2015. «Des technologies au service d'un monde meilleur», explique son site internet, évidemment sur fond vert, avec tous les labels écologiques en environnementaux et le macaron du cluster luxembourgeois de l'Eco-Innovation. 

10 millions de litres d'eau économisés 

Son premier coup est de récupérer la franchise Urimat, déjà commercialisée au Luxembourg. «Une opportunité. C'était un plombier qui avait bien travaillé jusqu'à ce qu'il fasse faillite», raconte-t-il. «Les gens qui avaient adopté ces urinoirs sans eau avaient besoin de maintenance. Alors nous nous sommes lancés dans l'aventure!» 

Un an plus tard, sourire banane, le jeune chef d'entreprise est fier d'avoir permis d'économiser 10 millions de litres d'eau. L'équation était simple: comment éviter que trois litres d'eau soient dépensés à chaque fois qu'un homme passe aux toilettes? 

Urimat, une société suisse, a lancé cet urinoir en polycarbonate aussi léger que résistant, dans une usine de référence pour l'économie circulaire: elle utilise 80% d'énergie hydraulique et 20% d'énergie éolienne. Rien ne finit à la déchetterie. 

Un marqueur d'usure invite à remplacer le filtre au bout de... 8.000 utilisations.
Un marqueur d'usure invite à remplacer le filtre au bout de... 8.000 utilisations.
Pierre Matgé

Dans cet urinoir à 499 euros, un système avec une membrane filtre parfaitement l'urine. A 20 euros le dispositif, qui peut être utilisé 8.000 fois avant qu'un indicateur d'usure appelle à son remplacement, les gains sont faciles à calculer. 

«C'est difficile d'entendre parfois qu'un client potentiel a du mal à voir l'intérêt parce que le dispositif est rentabilisé en dix-huit mois et a une durée de vie de dix ans.» Si le secteur public adopte la technologie à vitesse grand V, dans les écoles luxembourgeoises, dans les stations-services, l'université, la Chambre des métiers, l'Utopolis Belval, par exemple, la pénétration du marché de l'Horeca est plus difficile, avoue-t-il avec optimisme. 

Comme il ne cache pas que ses clients ont besoin d'une démonstration de la maintenance de cet urinoir avant de l'adopter. Un produit microbiologique permet de le nettoyer mais la mécanique est la même que pour les urinoirs traditionnels. 

Award de la Green start-up
 de l'année 

Cet objet, porte-drapeau de sa société, lui a valu le prix de «Green Start-Up de l'année» au Luxembourg cet été lors des business awards. Trop tôt ou pas, le jeune homme goûte simplement le plaisir de cette reconnaissance publique. 

 «Je ne fais pas ça seulement pour faire ça! J'y crois! C'est important pour moi qu'on avance sur ces terrains-là des technologies respectueuses de l'environnement», dit-il dans un discours poli. «Si tu vois que tu peux avoir un crédit d'impôt de 300 euros pour acheter un vélo, tu pourrais te dire qu'acheter un urinoir qui joue sur le bilan de CO2 du pays, qui économise les coûts du traitement de l'eau, tout ça sans électricité ni eau, mériterait peut-être un coup de pouce aussi...» 

Seulement l'aventure ne va pas s'arrêter là. Dans le bureau modeste où il vient d'emménager à Holzem, l'entrepreneur revient des Pays-Bas, un rouleau de papier toilette sous le bras. 

«C'est fait avec du papier à 100% recyclé et il compte trois fois plus de feuilles qu'un rouleau de papier toilette classique. C'est très intéressant!» Son débit s'accélère, ses yeux brillent. Il jette des exemples en pâture: un robinet économiseur d'eau, un aérateur d'eau, une climatisation danoise à partir d'un verre d'eau et d'un ordinateur, des idées à la pelle. 

«Ce que j'aimerais, c'est être une boutique en ligne de technologies vertes crowdfundées. Pouvoir repérer ces technologies qui font du sens et les mettre en vente.» 

Un distributeur spécialisé de technologies innovantes facilement adaptées dans un univers très concurrentiel et dans lequel le Luxembourg veut compter, comme l'a rappelé le ministre de l'Economie à l'occasion de la présentation du pavillon luxembourgeois pour l'Exposition universelle de Dubaï en 2020.

Suivez-nous sur Facebook, Twitter et abonnez-vous à notre newsletter de 17h.


Sur le même sujet