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Chaussée glissante pour les transporteurs
Économie 5 min. 16.11.2021
Economie

Chaussée glissante pour les transporteurs

Pour Marianne Welter, présidente du groupement des transporteurs, trop d'obstacles se présentent sur la route du secteur.
Economie

Chaussée glissante pour les transporteurs

Pour Marianne Welter, présidente du groupement des transporteurs, trop d'obstacles se présentent sur la route du secteur.
Photo : Guy Jallay
Économie 5 min. 16.11.2021
Economie

Chaussée glissante pour les transporteurs

Patrick JACQUEMOT
Patrick JACQUEMOT
Pas simple en ce moment pour les sociétés luxembourgeoises de transports routiers. D'un côté des prix à la pompe trop hauts et d'un autre, des volants qui ne trouvent pas de professionnels.

«On aime les rayons remplis mais toujours pas les camions sur les routes.» Le constat est signé Marianne Welter, présidente du groupement des entrepreneurs de transports du Luxembourg. Un secteur poids lourd de l'économie du pays mais dont le moteur tend à s'essouffler. En cause : le manque de chauffeurs, les prix des carburants et les nouvelles exigences environnementales.

Il y a un an et demi, chacun applaudissait le rôle déterminant des chauffeurs qui permettaient à nos sociétés de ne pas connaître de pénuries alors que le lockdown paralysait les Etats. Qu'en est-il aujourd'hui?

Marianne Welter : «Hélas, le monde d'après ressemble au monde d'avant. Et la considération pour notre rôle est retombée. C'est regrettable pour les chauffeurs. Concernant l'activité elle-même pour les entreprises de transports luxembourgeoises, elle est bien évidemment repartie à la hausse, comme l'économie générale.


Le secteur des transports à un tournant
De mal-aimés hier, les routiers sont devenus les héros du quotidien en approvisionnant les entreprises encore en fonctionnement, les hôpitaux et les commerces alimentaires. Une mission essentielle mais difficile à mener pour nombre de chauffeurs.

Mais après cette reprise du printemps et de l'été 2021, l'élan semble ralentir. Avec cette particularité pour le pays, c'est que nous pourrions certainement obtenir bien plus de contrats si nous avions plus de chauffeurs. En l'état, le secteur doit représenter quelque chose comme 6.000 camions et 7.200 chauffeurs professionnels. Plus les administratifs, plus les emplois annexes (logistique, mécanique, etc), on en fait vivre des familles!

Comme les personnels soignants, le secteur des transports peine donc à recruter? 

«Oui, et comme ce secteur, nos entreprises dépendent beaucoup d'une main-d'oeuvre frontalière. Cependant, le métier peine à attirer de nouvelles vocations ce qui est très paradoxal. En effet, il faudra toujours des transporteurs, les marchandises ne se déplaceront jamais toutes seules. C'est donc des emplois stables que nos entreprises proposent. Et puis la profession souffre d'un défaut d'image, des a priori qui ne collent pas du tout à la réalité.

Par exemple, il n'y a pas un chauffeur du Luxembourg qui ne revient pas chez lui, au moins une fois par semaine. Y compris ceux affectés à l'international. Le parc des véhicules fait partie des plus modernes, et donc des plus confortables pour ceux qui les utilisent, il faut le dire aussi. 

Il y a aussi cette fameuse règle des 25% qui pénalise les recrutements.

"Le Grand-Duché est un petit pays, et pour notre secteur, de l'ordre de 66% de nos chauffeurs sont originaires des Etats voisins. Mais, avec les lois actuelles, je me prive d'envoyer un personnel allemand en Allemagne, un Français en France, etc. pour éviter qu'il et nous ne soyons obligés de cotiser à des caisses de sécurité sociale étrangères sitôt que le routier a passé plus du quart de son temps de travail au-delà des frontières. 


L'Etat n'aidera pas les transporteurs à s'équiper
La protection des usagers vulnérables a été érigée en priorité par le ministère de la Mobilité. Mais François Bausch n'entend pas subventionner les assistances à la conduite du parc de poids lourds alors qu'elles seront obligatoires dans toute l'Europe à l'horizon 2030.

Nos clients s'en plaignent. Quand ils voient débarquer un chauffeur d'une entreprise slovaque ou lituanienne qui ne parle pas leur langue ils comprennent, mais que le gars au volant d'un camion luxembourgeois ne soit pas un type du pays où il se rend, ça finit par déranger.

D'autant que cette limite n'est pas valable pour tous les professionnels du transport?

«Exact. Elle ne s'applique pas pour les conducteurs de trains, les pilotes de l'air ou les marins qui passent, eux aussi, du temps à travailler en dehors de leur pays de résidence. Au-delà de la loi européenne, le Luxembourg pourrait passer des accords bilatéraux au moins avec la France, la Belgique et l'Allemagne pour que la situation s'arrange. Mais cela fait dix ans que le groupement demande, dix ans que rien n'avance. 

Impossible pour votre secteur d'échapper à la hausse terrible des carburants. Comment les entreprises sont-elles affectées?

«Cela nous pénalise terriblement. Il faut bien se rendre compte que le carburant représente normalement un tiers de nos charges. Si les prix explosent, c'est toute notre rentabilité qui est remise en cause. Pour les contrats les mieux négociés, il existe bien une clause dite de ''surcharge gasoil'' qui permet d'amortir la flambée. Mais juste amortir pas répercuter à 100% sur la facture que nous remboursera le client au final. Et puis, cette clause ne prend effet que le mois suivant la hausse, il faut donc pouvoir tenir le coup entre le passage à la pompe et le paiement.


18.08.04 , bidons, essence, coffre voiture, photo: Marc Wilwert
A son tour, l'ULC réclame le gel de la taxe CO2
Après l'ACL, voilà l'Union luxembourgeoise des consommateurs qui suggère au gouvernement luxembourgeois de ne pas appliquer son impôt carbone en janvier prochain. Question de défense du pouvoir d'achat des ménages.

Certainement quelques-uns des membres du groupement luxembourgeois vont être mis en difficulté par ces augmentations incessantes du coût des carburants. C'est pourquoi nous nous sommes rapprochés des ministres pour en discuter. Nous leur avons suggéré des pistes pour nous aider à passer cette zone de turbulence.

Pourquoi ne pas faire comme en Belgique avec un ''gasoil routier'' moins ou pas du tout taxé pour les routiers professionnels? Ou encore rembourser aux sociétés de transports une partie des taxes et accises qu'elles payent en faisant le plein de leurs camions? Aucune réponse.

Par contre, le gouvernement attend le secteur au tournant en matière environnementale... 

«Le domaine des transports est celui qui devra faire le plus gros effort en matière de réduction de ses émissions en gaz à effet de serre. Et si une part de l'objectif concerne les véhicules des particuliers, l'essentiel porte sur nos sociétés professionnelles. Sauf qu'il n'y a guère de solutions pour atteindre les niveaux d'exigence qui nous sont imposés. Il faudrait que nos camions ne carburent plus aux énergies fossiles, et je suis 100% pour. Mais on roule comment alors? 

Les moteurs hydrogène ne sont pas encore adaptés et il n'existe pas d'infrastructure pour ce type de convois. D'autre part, les camions électriques restent en développement. Moi le camion électrique, j'y suis favorable. Mais les modèles actuels coûtent bien trop cher et leur autonomie reste trop limitée et leur temps de recharge trop long pour être efficace dans notre quotidien.  

Nous avons rencontré François Bausch (Déi Gréng) sur cette question. Mais pas sûr qu'il ait voulu comprendre que notre secteur  ne pourra pas avancer vers le zéro émission polluante aussi vite que ne le souhaite la politique nationale.»

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IPO Illustration Gratis öffentlicher Transport, Mobilität, Bus,Zug Ticket,App, Fahrschein. Foto: Gerry Huberty/Luxemburger Wort