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«Cette année va être très difficile sur la Place»
Économie 4 min. 16.03.2021 Cet article est archivé

«Cette année va être très difficile sur la Place»

Selon Roberto Mendolia, président de l'Aleba, «au moins trois nouveaux plans sociaux» devraient être annoncés dans les semaines à venir au sein du secteur financier.

«Cette année va être très difficile sur la Place»

Selon Roberto Mendolia, président de l'Aleba, «au moins trois nouveaux plans sociaux» devraient être annoncés dans les semaines à venir au sein du secteur financier.
Photo: Luc Deflorenne
Économie 4 min. 16.03.2021 Cet article est archivé

«Cette année va être très difficile sur la Place»

Jean-Michel HENNEBERT
Jean-Michel HENNEBERT
Dix jours après l'annonce officielle de la perte de sa représentativité sectorielle, le président de l'Aleba monte au créneau pour assurer l'avenir de sa structure. Et indique que plusieurs autres plans sociaux doivent être annoncés dans les semaines à venir.

Discret depuis son arrivée à la tête de l'Aleba en juin 2019, Roberto Mendiola joue la carte de la contre-offensive médiatique après que le syndicat aux quelque 10.000 adhérents a perdu sa représentativité sectorielle. Avec comme angle d'attaque la dénonciation des «manœuvres politiques» qui viseraient à nuire à l'Aleba.

Vous avez envoyé, début mars, une lettre auprès de l'Organisation internationale du travail (OIT) pour contester la décision prise par Dan Kersch. Quelle finalité concrète espérez-vous de cette démarche?

Roberto Mendolia - «Nous nous sentons discriminés en tant que syndicat non national, en dehors du fait d'avoir ou non la représentativité sectorielle. Car en vertu d'une double décision du tribunal administratif en 2001, l'Aleba était considéré comme un syndicat national puisque nous possédons des représentations dans d'autres secteurs que la Place, notamment dans le commerce, la communication ou la construction. Et ce constat reste valable avec les résultats des élections sociales de 2019. 

Sauf que cette représentativité qui nous avait été accordée en 2001-2002 nous a été retirée par la loi de 2004 qui a été pensée pour les syndicats nationaux. Notre but vise donc à la fois dans le fait de récupérer notre représentativité nationale, mais aussi dans le fait de faire changer la loi. Si l'OIT estime qu'il y a bel et bien des choses discriminatoires au Luxembourg, il faudra les changer...

Ce nouvel épisode dans la guerre syndicale qui oppose l'Aleba à l'OGBL et au LCGB part de l'accord de principe trouvé avec l'ABBL sur le renouvellement des conventions collectives de la Place. Etait-ce une erreur stratégique de publier ce texte?

«L'avenir nous le dira... Mais le fait que les syndicats politisés aient sauté sur cette occasion pour affaiblir l'un de leurs frères d'armes en dit long. Qu'ils aient utilisé cette loi 'fratricide' sur base d'une annonce qui voulait envoyer un message de stabilité à la Place est assez surprenant. Imaginez si cet argument avait été utilisé à la veille des prochaines élections... 

 La politique constitue le choléra du syndicalisme  

Roberto Mendolia

Le retrait de la représentativité sectorielle intervient toutefois en pleine négociation des futures conventions collectives. Quelles conséquences pour les salariés?

«L'Aleba reste un syndicat. Représentativité sectorielle ou non. Rien ne change pour nos adhérents, nos délégués ou les discussions en cours. Nous avons toujours demandé à l'OGBL et au LCGB d'avoir un dialogue, ce qu'ils ont refusé. C'est donc un choix purement politique. Ce que je dénonce, c'est que les intérêts politiques de certains nuisent à ceux des salariés. Je l'ai déjà dit, mais je le répète, la politique constitue le choléra du syndicalisme. Désormais, il faut trouver un moyen de se rassembler et de faire ce qu'il y a à faire pour le bien des salariés de la Place.

Pour retrouver un poids, votre stratégie va-t-elle consister à chercher à rallier ceux et celles qui refuseraient d'adhérer à un syndicat marqué politiquement?

«Je vais être très simpliste, mais s'il faut être un syndical national pour être entendu sur certains points, comme le télétravail par exemple, alors devenons syndicat national. Nous avons la structure et les personnels issus des délégations des entreprises pour y arriver. Je n'ai aucun doute sur le fait que nous pourrons assumer à l'avenir le rôle national. La seule chose que je veux éviter, c'est cette politisation à outrance.

Et donc vous lancez un appel aux autres syndicats pour qu'ils vous rejoignent?

«Oui, je lance un appel solennel, rassemblons-nous les petits, car beaucoup de petits feront un gros. Et surtout, vous serez entendus. Quand je vois le pourcentage de neutres dans tous les secteurs - et pas seulement dans la finance où cela atteint 42% - cela représente une masse incroyable. Ce que nous leur proposons, c'est de les laisser dans leur indépendance, mais de leur donner un droit de représentation. 

Cet appel intervient dans un contexte marqué par les annonces récentes de plusieurs plans sociaux. D'autres sont-ils amenés à être annoncés dans les prochaines semaines?

«J'ai entendu parler d'au moins trois nouveaux plans sociaux à venir qui concerneraient entre 100 et 200 personnes. Cette année s'annonce particulière car dans la banque et les assurances, les effets de la crise interviennent toujours plus tard. Ce à quoi s'ajoute le problème des intérêts qui diminuent tout le temps, le besoin de changer les systèmes informatiques ou les nouvelles réglementations qui imposent plus de contrôles. Il faut donc être conscient que cette année va être très très difficile sur la Place.»

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