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Ces compétences qui font défaut au Luxembourg
Économie 9 min. 21.10.2014 Cet article est archivé
Emplois liés à Internet

Ces compétences qui font défaut au Luxembourg

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Emplois liés à Internet

Ces compétences qui font défaut au Luxembourg

L'offre de formation est insuffisante et les salariés qualifiés trop peu nombreux au regard des besoins des entreprises actives dans le secteur des nouvelles technologies et surtout des perspectives de croissance du secteur. Tels sont les principaux enseignements d'une enquête menée par l'IUIL et le CRP Henri Tudor qui dresse notamment la liste des métiers et profils les plus recherchés.

(DN) - L'offre de formation est insuffisante et les salariés qualifiés trop peu nombreux au regard des besoins des entreprises actives dans le secteur des nouvelles technologies et surtout des perspectives de croissance du secteur. Tels sont les principaux enseignements d'une enquête menée par l'IUIL et le CRP Henri Tudor qui dresse notamment la liste des métiers et profils les plus recherchés.

« e-jobs » : l'étude regroupe sous ce terme les métiers qui existent suite à l'apparition d'Internet. Dans un rapport présenté mardi soir, l'IUIL identifie les compétences techniques et sociales nécessaires pour ces métiers « naissants » et propose une adaptation de l'offre de formation pour soutenir un secteur considéré comme « un des facteurs-clés du dynamisme et de la croissance luxembourgeoise ».

Métiers naissants, métiers d'avenir

Le gouvernement luxembourgeois considère comme stratégique le secteur des technologies de l'information et de la communication, pour le développement durable de l'économie luxembourgeoise. Ainsi l'a-t-il rappelé lundi en présentant son initiative « Digital Lëtzebuerg ».

De tous les pays de l'OCDE, le Luxembourg est le pays qui présente le plus haut ratio d'activités TIC (ensemble des activités qui permettent de produire, traiter et transformer l'information et la communication en utilisant un procédé électronique) rapporté à son économie. Ce ratio est passé de 23% à 35,5% en quinze ans.

Mais les départs annoncés de Zynga, Kabam et Netflix ont fait office de signal d'alarme car à chaque fois, la même raison a été invoquée : les difficultés de recrutement que connaissent ces entreprises ne sont pas anodines.

La part des activités fortement connotées TIC dans l'économie pour 1995 et 2010
La part des activités fortement connotées TIC dans l'économie pour 1995 et 2010
Source: OCDE

Le développement des TIC a créé de nouveaux besoins qui ont conduit à de nouveaux métiers. Ces « e-jobs » associent compétences techniques spécifiques au métier, mais aussi sociales, managériales et entrepreneuriales. Elles sont acquises en formation initiale, développées au sein des entreprises ou encore en apprentissage autodidacte. L'employé idéal « a des bases solides en IT, dispose de compétences comportementales, de soft skills de type organisationnel, de négociation, etc. tout en ayant des compétences business de type stratégique, marketing, finance, légal, etc. », considèrent les auteurs de l'étude.

Pourquoi tant de compétences requises pour une seule et même personne ? Au Grand-Duché, le secteur des TIC est composé principalement de micro-entreprises : 92% d'entreprises comptant moins de 20 salariés, ou 62% comptant un seul salarié, qui doit donc être pluridisciplinaire.

Ce secteur compte 1.752 entreprises, soit 6% des entreprises, ou encore pratiquement 5% du chiffre d'affaires des entreprises du Luxembourg, soit une des contributions les plus élevées en Europe. Les TIC « pèsent » 6,6% du PIB.

Métiers recherchés

Sécurité : en lien avec les métiers Cloud, ils prendront une place importante dans l’avenir, ainsi que ceux combinant les compétences juridiques aux questions de systèmes d'information et de droit numérique.

Cloud (consultants, administrateurs).

Gestion de données (Business intelligence et Big Data (Data analyst, Data scientist)).

Développement d'applications mobiles pour tous supports (smartphones, tablettes, etc.), gestion des réseaux sociaux.

L'étude cite également le webdesign et les métiers liés à la 3D, les métiers des e-services (e-health, e-gouvernement, etc.) et, dans une moindre mesure, du gaming comme des secteurs où l’emploi pourrait croître.

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Enfin, les métiers liés au marketing, à la gestion de projet ou du changement (chef de projet, consultant, etc.) devraient aussi connaître une certaine croissance, mais dans des proportions plus limitées que les métiers cités précédemment. L'ensemble des métiers précités requièrent une formation universitaire.

Compétences manquantes

Outre les compétences techniques, à la base de ces métiers, des entretiens menés avec une vingtaine d'entreprises du secteur ont révélé trois failles, à la fois au niveau des profils que des formations :

Compétences comportementales : une offre de formation intégrant des soft skills (communication, créativité, développement d'une vision stratégique, esprit d'équipe, autonomie, négociation, organisation, pluridisciplinarité, etc.), pourtant « de plus en plus demandés », est aujourd'hui inexistante. Or les profils combinant compétences techniques et comportementales sont particulièrement recherchés.

Compétences managériales : prendre des décisions, résoudre des problèmes, savoir diriger une équipe, gérer un projet, gérer le changement. Dans la filière « gouvernance IT et management de projet IT », l’offre en compétences de management adaptée aux profils techniques IT est inexistante au Grand-Duché.

Compétences business : avec la croissance du Cloud Computing et du Big Data, les données vont devenir de plus en plus cruciales. « Data is the new oil », suggère le gouvernement dans son initiative « Digital Lëtzebuerg ». L'offre de formation sur le volet Business Intelligence est amenée à rencontrer une forte progression pour répondre notamment à des futurs profils de Data scientist.

En dehors de ces domaines, l'étude juge que le Luxembourg « répond partiellement aux besoins des entreprises d'aujourd'hui et de demain », également demandeuses en compétences linguistiques, et appelle à « importer » des formations, notamment sur les thématiques de la sécurité, de la protection des données, de la gouvernance, de la conformité, de la virtualisation et de la gestion des données.

Des formations insuffisantes... ou insuffisamment visibles

Les entretiens qualitatifs ont révélé que seul un faible pourcentage de personnes formées le sont au Luxembourg. Elles le sont majoritairement en Grande Région, et en France plus spécifiquement.

En cause, selon les entreprises interrogées : le manque de formation au Luxembourg et, quand elles existent, elles produisent trop peu de diplômés ou alors leur qualité ou leur pertinence sont mises en cause. Enfin, du point de vue des praticiens, luxembourgeois ou non, à qualité égale, « un cv sera plus valorisable avec une expérience française, belge, allemande, suisse voire non-européenne ».

D'autres explications sont à chercher en lien avec l'emploi transfrontalier au Luxembourg : dans cette logique, « les résidents français, belges ou bien allemands se sont formés dans leur pays d'origine », relativise l'étude. Ainsi, plusieurs entreprises de l'échantillon sont entièrement composées de personnel formé en France, et souvent de nationalité française.

Or, une majorité de directeurs de ressources humaines reconnaissent qu'étant eux-mêmes non Luxembourgeois, « leur méconnaissance des formations disponibles au Luxembourg et surtout leur plus grande connaissance des formations de leur pays d’origine les poussent (…) à recruter des profils non formés au Luxembourg ».

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A l'inverse, nombre de DRH « regrettent le faible nombre de postulants luxembourgeois aux métiers qu'ils proposent » et l'étude pointe la concurrence du secteur public comme l'une des causes principales.

En conclusion, trois bilans de l'étude, à la fois des postes e-jobs qui trouvent difficilement des candidats, des métiers critiques à l'horizon 2017 et quelques recommandations en termes de formation.

Les postes e-jobs où il est aujourd'hui le plus difficile de recruter du personnel

• Développeur d’applications mobiles

• Chefs de projets

• Consultant sécurité et pentester

• Consultant et administrateur Cloud/Saas,

• Business analyst

• Auditeur IT

• Web marketer

• Manager de contenu internet

• Consultant en référencement (SEO et SEA)

Les métiers critiques à l'horizon 2017

Sous cette appellation, l'étude regroupe les métiers dont les besoins à la fois en formation et en recrutement sont importants.

• Cloud

• Sécurité des systèmes d’information

• Gestion des données

• Dimension « légale »

• Architectes SI

• Commerciaux techniques

• Consultants projet de virtualisation

• Designers

• Développeurs software voire d’applications mobiles

Recommandations en termes de formation

• Création d'un vrai centre de compétences e-jobs au Luxembourg.

• Intégrer une composante managériale dans les formations IT classiques.

• Inclure l'IT et ses outils de manière transversale dans les programmes de formation.

• Proposer une formation spécifique des enseignants à l'IT.

• Le formateur est moins un « diffuseur du savoir » qu'un facilitateur d'apprentissage ayant recours à des approches comme le jeu.

• Apprendre à s'adapter aux langages informatiques à venir.

• Favoriser les formations modulaires et ciblées, davantage adaptées aux demandes et besoins du marché.

• Faire une sélection des MOOCs (Massive Open Online Courses) par exemple en proposant un label universitaire.

• Recruter des experts et améliorer ainsi la crédibilité du Luxembourg.


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