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Ce sont les bas salaires qui trinquent
Économie 5 min. 15.02.2022
Inflation

Ce sont les bas salaires qui trinquent

Irène Jamsek est responsable des quatre épiceries sociales de Caritas Luxembourg.
Inflation

Ce sont les bas salaires qui trinquent

Irène Jamsek est responsable des quatre épiceries sociales de Caritas Luxembourg.
Photo: Guy Jallay
Économie 5 min. 15.02.2022
Inflation

Ce sont les bas salaires qui trinquent

La hausse généralisée des prix, et en particulier de ceux de l'énergie, rend la vie des familles à faibles revenus encore plus difficile. Une situation qui inquiète Caritas Luxembourg et la Chambre des salariés.

(BaL avec Thomas KLEIN) «Tout est devenu plus cher», résume Joséphine. Cette accélération de l'inflation ces dernières semaines, la résidente l'a surtout constatée sur sa facture d'électricité. De 30 euros mensuels, la note est passée à 50 euros par mois. Une situation intenable pour celle qui compte chaque centime pour réussir à joindre les deux bouts. «Mon argent suffit jusqu'à la fin du mois, mais uniquement parce que je suis très économe et que je calcule avec précision», estime Joséphine. 


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Et si elle réussit à tout faire rentrer dans son budget, c'est en grande partie grâce aux épiceries sociales de Caritas. La résidente s'approvisionne en nourriture à moindre coût à la Buttek de Esch-sur-Alzette, mais il en existe trois autres au Luxembourg, auxquelles s'ajoutent les sept gérées par la Croix-Rouge. Mais ces boutiques sont loin d'ouvrir leurs portes à l'ensemble de la population. Seules les personnes pouvant prouver que leurs revenus suffisent à peine à couvrir leurs besoins reçoivent une carte d'accès aux épiceries sociales.

Cela fait deux ans que Joséphine a obtenu la sienne, après avoir perdu son travail suite à une maladie. Elle fait partie des 5.000 personnes enregistrées auprès des quatre épiceries sociales de Caritas. Si beaucoup des bénéficiaires sont au chômage, cette situation n'est pas représentative de l'ensemble des personnes qui ont accès à ce service. «14% des personnes qui viennent chez nous travaillent à temps plein et en CDD, et 6% ont un CDI, également à temps plein», révèle Irène Jamsek, la responsable des quatre épiceries sociales de Caritas Luxembourg.

Les familles nombreuses en difficulté

Cette part de précarisation de la population luxembourgeoise n'est cependant pas un phénomène nouveau. En 2020, 125.000 personnes étaient menacées de pauvreté et d'exclusion sociale dans le pays, selon un rapport de la Chambre des salariés (CSL) datant de novembre 2021. «Environ un quart des ménages déclarent avoir des difficultés à joindre les deux bouts», explique Sylvain Hoffmann, directeur de la CSL. Les familles nombreuses et monoparentales sont particulièrement menacées. 

Caritas estime pour sa part que 40% de ces personnes présentent un rythme accru de pauvreté, en raison de l'accélération de l'inflation. Si elle était considérée comme un phénomène transitoire causé par la pandémie, l'inflation apparaît désormais comme un problème durable. En décembre, l'inflation a notamment atteint son plus haut niveau dans la zone euro depuis l'apparition de la monnaie unique. 


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Une augmentation principalement due à la hausse fulgurante des prix de l'énergie. En décembre 2021, le prix du gaz de ville était presque 62% plus élevé qu'en décembre 2020, tandis que le mazout voyait son prix augmenter de 64% sur douze mois, selon le Statec. Même constat pour les carburants, avec une augmentation de 32% des prix de l'essence, et de 37% pour le tarif du diesel. Et ce, avant l'augmentation de la taxe carbone.

Des augmentations qui se font directement ressentir sur le porte-monnaie des Luxembourgeois. Le Statec prévoit notamment que les dépenses énergétiques des ménages seront en moyenne de 220 euros plus élevées cette année par rapport à l'année précédente. Du côté des denrées alimentaires, la hausse des prix s'est également fait ressentir, même si elle a été relativement modérée, avec 2,44 centimes en décembre, mais elle pourrait s'intensifier.

Ces dépenses supplémentaires risquent donc de mettre de nombreuses familles à faibles revenus dans une situation difficile. Les épiceries sociales, qui ont l'avantage de pouvoir acheter des denrées à des prix nettement avantageux, ressentent déjà une pression sur les prix. «Farine, pâtes, huile de cuisson, lait... Les prix ont augmenté partout. Dans toutes les catégories de produits, les prix ont augmenté de 15 à 20%», indique Irène Jamsek. Si Caritas supporte une grande partie de ces coûts supplémentaires, l'association a dû augmenter les prix de certains produits pour ses bénéficiaires. 

Des mesures insuffisantes

Des bénéficiaires qui ne sont, pour le moment, pas plus nombreux qu'avant la crise sanitaire. Mais cela pourrait évoluer en raison de la hausse des prix de l'énergie. «Cette année, on verra les effets du renchérissement. De nombreuses personnes au Luxembourg pourraient tomber dans la pauvreté», déclare Carole Reckinger, chargée de la politique sociale chez Caritas. 


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Si un certain nombre de mesures ont été prises par le gouvernement afin d'éviter cette situation, comme l'augmentation de l'allocation vie chère et la liaison des allocations familiales à l'index, «cela ne suffit pas dans la situation actuelle», selon Sylvain Hoffmann. «L'allocation de renchérissement a été réformée en 2009, puis n'a jamais été adaptée à l'évolution des prix jusqu'en 2020. Les augmentations récentes suffisent tout juste à compenser l'inflation des dix à douze dernières années. Mais en réalité, elle doit aussi aider à compenser la taxe CO2 pour les bas salaires. Si l'on ajoute à cela les fortes augmentations de prix actuelles, il est clair que cela ne peut pas suffire.» 

Augmenter l'allocation de renchérissement

Un avis partagé par Carole Reckinger, qui estime que la réindexation des prestations familiales ne va pas assez loin, car «rien n'a été fait depuis 15 ans» dans ce domaine. Une adaptation occasionnelle de 2,5% n'a pas beaucoup d'effet quand les prix de l'immobilier augmentent à eux seuls de 10% chaque année

Le directeur de la CSL plaide de son côté pour une augmentation massive de l'allocation de renchérissement, qui a déjà connu un doublement pendant les crises précédentes. «En outre, environ 25% des ménages déclarent avoir des difficultés à joindre les deux bouts; or, seuls environ 10% des ménages reçoivent actuellement l'allocation de renchérissement. Il faut donc simplifier considérablement les critères d'accès.» La baisse de la TVA sur certains produits, du moins temporairement afin de compenser la hausse des prix, est également une des autres pistes évoquées par Sylvain Hoffmann.

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