Changer d'édition

Ce qu'en pense le ministre des Finances: Les monnaies virtuelles, «un phénomène incontournable»
Gramegna accueille bitFlyer à la LHoFT,Pierre Gramegna,Yuzo Kano-San.Foto:Gerry Huberty

Ce qu'en pense le ministre des Finances: Les monnaies virtuelles, «un phénomène incontournable»

Gramegna accueille bitFlyer à la LHoFT,Pierre Gramegna,Yuzo Kano-San.Foto:Gerry Huberty
Économie 4 min. 31.01.2018

Ce qu'en pense le ministre des Finances: Les monnaies virtuelles, «un phénomène incontournable»

Pierre SORLUT
Pierre SORLUT
Le ministre des Finances voit en les monnaies virtuelles un potentiel secteur de développement pour le Grand-Duché. Malgré les risques associés, il compare la création d'un marché unique européen du bitcoin à celui des fonds dans les années 1980. Il évoque aussi la fiscalité.

Propos recueillis par Pierre Sorlut

Nous avons rencontré le ministre des Finances Pierre Gramegna à la cérémonie organisée vendredi à la Luxembourg House of Financial Technologies (LHoFT) en l'honneur de la plateforme d'échange de monnaies virtuelles BitFlyer. La société japonaise vient d'obtenir une licence de service de paiement luxembourgeoise. Il s'agit du seul opérateur du secteur à se soumettre à trois régulateurs sur les trois principaux marchés (Japon-Asie, Etats-Unis et Union européenne).

Sur l'estrade, le ministre a succédé au fondateur de BitFlyer Yuzo Kano-San. Il s'est ensuite soumis aux photos protocolaires avec un saké en guise de bienvenue. Nous lui parlons alors.


  • Monsieur Gramegna, avez-vous un portefeuille de monnaie virtuelle?

Non. Je n'ai pas le temps! Mais ne pas en avoir ne signifie pas que je n'y crois pas.


  • Comment expliquez-vous cette croyance alors que de nombreuses autorités européennes manifestent leurs doutes à l'égard des cryptomonnaies?

Nous ne sommes pas les seuls en Europe à accorder des licences. Nous pensons, avec d'autres, qu'il s'agit d'un phénomène incontournable qui apporte de la valeur ajoutée et des services efficaces au consommateur. Cela devrait donc se développer.


  • Vous parlez de la monnaie virtuelle ou de la blockchain, le registre ouvert des transactions sur lequel elle est basée?

Des deux. Elles sont reliées. La blockchain offre la traçabilité. Les deux éléments sont d'une certaine manière inséparables. Puis nous avons développé un cadre à Luxembourg depuis quelques années. Il est à la fois simple et complet. Nous soumettons les monnaies virtuelles au régime juridique des sociétés de paiement. Les gens qui ne s'y connaissent pas disent 'le Luxembourg accueille tout le monde alors qu'il n'a pas de cadre juridique'. Non. Les textes des services de paiement s'appliquent aux monnaies virtuelles. 

   La plus-value doit être déclarée dans le pays de résidence de son bénéficiaire.  

En plus BitFlyer est reconnu non seulement comme le leader, mais aussi comme l'opérateur le plus sérieux, car ils se soumettent aux obligations d'anti-blanchiment. En connaissance de cause, ils disent on peut le faire et on va le faire. Dans ces conditions, nous sommes très contents de les accueillir.


  • Quelle est la fiscalité appliquée aux monnaies virtuelles?

C'est un nouveau sujet. Pour l'instant c'est relativement simple. Les paiements en monnaies virtuelles, tant qu'ils s'opèrent entre elles, n'entrent pas dans le champ de la fiscalité. A partir du moment où l'on fait la conversion en monnaie traditionnelle, là on rentre dans le monde normal.

Pierre Gramegna au côté de Yuzo Kano-San, fondateur de la plateforme BitFlyer.
Pierre Gramegna au côté de Yuzo Kano-San, fondateur de la plateforme BitFlyer.
Gerry Huberty


  • Une plus-value réalisée sur une transaction de monnaie virtuelle doit donc être déclarée et taxée...

Absolument. La plus-value doit être déclarée dans le pays de résidence de son bénéficiaire.


  • Dans le cadre du Paris Fintech Forum ce mardi, vous participerez à un débat en compagnie de vos homologues français, belge et lituanien. Quel sera votre message?

Que l'Europe est un peu en avance sur la réglementation mondiale sur les paiements. Comme nous sommes un peu en avance sur la réglementation des fonds d'investissement. Nous avons éprouvé de grandes difficultés à nous mettre d'accord sur comment faire des fonds ensemble il y a 30 ans. Cela a pris des années. Idem pour la directive sur les services de paiement (PSD 1 et 2, deuxième mouture entrée en vigueur cette année au Luxembourg, ndlr), cela n'a pas été facile. Mais une fois qu'on a réussi, on a un grand marché unique qui a les mêmes règles. C'est très précieux d'avoir cela. C'est une des preuves que l'Europe ensemble réussit mieux que chacun dans son coin.


  • Est-ce que la régulation européenne relative aux monnaies virtuelles peut porter le Grand-Duché comme l'a fait celle des organismes de placement collectif (OPCVM ou Ucits)?

C'est la première fois que je fais ce parallèle. Oui, c'est un peu la même idée. Peut-être! C'est transfrontière. Ça se négocie facilement. Ça se coupe en petits morceaux. Ça s'agglomère. C'est rapide. C'est efficace.


  • C'est sûr?

Ça c'est le point d'interrogation. Il y a des fraudes dans tout ce que l'être humain fait.


  • La cellule de renseignement financier a reçu bon nombre de déclarations de soupçons en provenance de la plateforme Bitstamp depuis son enregistrement. C'est bon signe?

Dans le cas de BitFlyer, ils ont les plus hauts standards. Nous en sommes très contents... mais on va bien sûr tout surveiller. Il y aura beaucoup d'acteurs qui feront ça très proprement et quelques-uns qui essaieront de tricher. Ça fait partie de l'activité humaine et il faut se montrer vigilant.  


Sur le même sujet

Gramegna: "Continuons à diversifier la place!"
Fin mai, entre un accord avec les ministres européens des Finances au sujet de la mutualisation du risque et la cérémonie de signature d'un accord entre le Luxembourg et l'IFC pour développer les financements climatiques dans les marchés émergents, l'agenda du ministre est chargé en ce printemps. Au cours d'une heure d'interview, au ministère, Pierre Gramegna fait le tour des problématiques qui concernent la place financière.
"Si le Luxembourg est parmi les tout premiers au monde en termes de productivité, c'est à cause de son secteur financier. Plus de valeur, mieux diversifier, on pense à la finance verte. "