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Brexit: La Place vise 3.000 emplois
Économie 4 min. 06.09.2017

Brexit: La Place vise 3.000 emplois

Nicolas Mackel en 2005 lors d'un forum sur la monnaie chinoise à Luxembourg.

Brexit: La Place vise 3.000 emplois

Nicolas Mackel en 2005 lors d'un forum sur la monnaie chinoise à Luxembourg.
Guy Jallay
Économie 4 min. 06.09.2017

Brexit: La Place vise 3.000 emplois

Pierre SORLUT
Pierre SORLUT
Le directeur de l'agence de promotion du centre financier luxembourgeois, Nicolas Mackel, livre le mode d'emploi du Brexit et les attentes du secteur.

(AFP) - Les établissements financiers établis au Royaume-Uni sont dans la dernière ligne droite pour se préparer au Brexit, prévient Nicolas Mackel, responsable de la Place du Luxembourg qui espère récupérer 3.000 emplois.

Depuis le vote pour la sortie de l'UE de juin 2016, une concurrence vive mais feutrée s'est installée entre les capitales financières européennes, que ce soit Paris, Francfort, Amsterdam, Dublin ou Luxembourg.

Etre opérationnel au premier jour du Brexit.

Toutes cherchent à séduire les entreprises financières voulant disposer d'un siège en Europe continentale après le Brexit, censé être effectif en mars 2019.

«Ce que ces institutions sont en train de faire c'est de mettre en place une entité qui leur permette d'être opérationnelles le premier jour du Brexit», explique Nicolas Mackel, directeur général de Luxembourg for Finance, organisme de promotion de la Place luxembourgeoise.

«Tout le monde essaie de prendre sa décision pour la fin de l'année. Il s'agit d'une décision d'engager une procédure réglementaire qui prendra au moins 12 mois», dit-il, interrogé à Londres par l'AFP.

Pas de délocalisations massives

La sortie du marché unique voulue par le gouvernement de Theresa May implique la perte du passeport financier européen, qui permet aux grandes banques internationales de proposer leurs services dans l'UE en étant établies au Royaume-Uni.

«Comme on ne sait pas du tout quelle sera la nature du Brexit, la future relation du Royaume-Uni avec l'UE, quel sera le degré d'accès au marché intérieur, on ne sait pas quelle sera l'envergure» de la présence européenne de ces sociétés, explique le responsable luxembourgeois.

C'est la raison pour laquelle il est difficile à ce stade selon lui de tabler sur des délocalisations massives et rapides de Londres vers le continent, surtout que les négociations démarrent à peine et qu'elles s'annoncent longues et complexes.

Chaque ville a ses atouts propres

«Ce que l'on a vu les quinze derniers mois c'est qu'il n'y a pas un exode de Londres vers où que ce soit. Il n'y a pas de relocalisation de telle banque ailleurs sur le continent mais au contraire une réflexion sur une relocalisation très ciblée de certaines activités», explique-t-il.

M. Mackel estime que chaque ville doit compter sur ses atouts, compte tenu du fait que les grandes banques ont de multiples activités ne répondant pas toutes à la même logique.

C'est l'erreur de croire qu'une banque est un monolithe

«C'est l'erreur de croire qu'une banque est un monolithe. Il y a différents métiers dans une banque et chaque métier prend une décision différente», selon lui.

Le Luxembourg entend en prendre sa part, en mettant en avant sa stabilité économique et politique ou encore son multilinguisme, la présence d'écoles internationales et un cadre juridique adapté.

Interrogé sur le nombre d'emplois récupérables du fait du Brexit, «dans le court terme, que je chiffre à deux ans, je pense que ça se situera plutôt autour de 3.000 postes au Luxembourg», juge M. Mackel, qualifiant cette estimation de «réaliste».

Pas forcément de grandes annonces

Le Grand-Duché veut s'appuyer sur son savoir-faire en tant que place forte de l'industrie financière qui emploie 60.000 personnes, surtout dans la gestion d'actifs.

«Tous les acteurs de la gestion d'actifs sont déjà au Luxembourg», surtout dans la gestion de fonds patrimoniaux, rappelle M. Mackel, qui anticipe que les gérants d'actifs y intègrent les activités les plus risquées installées traditionnellement à Londres, comme les fonds spéculatifs.

«Ce sont des activités qui viennent s'ajouter à une plateforme existante et qui ne nécessitent donc pas de grandes annonces», prévient-il.

Huit assureurs annoncés

En dehors de la gestion d'actifs, le Luxembourg a réussi à attirer huit assureurs, dont l'américain AIG et le britannique RSA, et d'autres sont en attente.

Le pays espère également accueillir le siège de l'autorité bancaire européenne, l'EBA, jusqu'à présent à Londres, qui pourrait s'ajouter aux autres institutions déjà implantées au Luxembourg, comme la Cour de Justice de l'UE et la Banque européenne d'investissement (BEI).

Il fait valoir à ce titre une décision européenne remontant en 1965 selon laquelle les institutions du domaine financier doivent avoir leur siège à Luxembourg.


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