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Bétons Feidt «veut réapprendre les gestes du métier»
Économie 3 4 min. 02.04.2020 Cet article est archivé

Bétons Feidt «veut réapprendre les gestes du métier»

Plus de 200 camions-toupies sont maintenant cloués aux dépôts du fournisseur de béton.

Bétons Feidt «veut réapprendre les gestes du métier»

Plus de 200 camions-toupies sont maintenant cloués aux dépôts du fournisseur de béton.
Photo : Guy Jallay
Économie 3 4 min. 02.04.2020 Cet article est archivé

Bétons Feidt «veut réapprendre les gestes du métier»

Patrick JACQUEMOT
Patrick JACQUEMOT
La crise sanitaire pousse le fournisseur à revoir son mode de fonctionnement, pas seulement pour aujourd'hui mais surtout pour la reprise complète de son activité. En attendant, il faut encore distribuer du béton notamment pour des chantiers en Allemagne.

Quand le bâtiment va, tout va au Luxembourg. Mais quand il s'arrête? Pour Bétons Feidt, la fin des chantiers le 20 mars dernier a marqué «un arrêt abrupt» de l'activité. Et l'on évoque là, notamment, quelque 200 camions effectuant six rondes quotidiennes avec les toupies remplies de près de 23 tonnes de béton... «Mais plutôt que de parler de crise, je veux faire de ce nouveau temps une transition positive», annonce Ferdinand Feidt, administrateur délégué.

Bien sûr, il a fallu dans l'urgence tenter de tout réorganiser. Les congés pour raisons familiales des uns, le chômage partiel des autres, le télétravail de certains mais aussi l'activité d'une dizaine de collaborateurs dans les locaux mêmes de la société. «L'épidémie nous a ouvert les yeux sur des situations qui, aujourd'hui, nous apparaissent aberrantes. Tout le monde devait mettre la main sur la même poignée de porte pour rentrer, touchait la même pointeuse, allait prendre son café à la même machine.» Un paradis pour les contaminations, un enfer rétrospectif pour le chef d'entreprise.

Aussi, il l'annonce: une réorganisation s'imposera dans le quotidien même de la société. Et s'impose déjà d'ailleurs. Sur le site de Mertert, spécialisé dans la production d'éléments préfabriqués, Bétons Feidt a fait installer des tentes devant l'usine pour éviter aux employés de se retrouver à l'étroit dans les vestiaires habituels. «Nous rouvrons cette activité car nous devons fournir nos clients en Allemagne, le pays n'ayant pas mis ses chantiers à l'arrêt.»

Les employés en service vont devoir «réapprendre les gestes du métier pour mieux se protéger». A eux aussi le rôle de mettre en oeuvre les nouveaux réflexes à adopter aujourd'hui, et demain. Entre collègues, avec les clients, dans les bureaux, sur le parking, sur les chantiers. «Là, on réfléchit avec notre développeur informatique comment on pourrait éviter à nos chauffeurs d'avoir un bon de réception à donner de la main à la main, quelque chose de dématérialisé et pas forcément un écran de tablette.»

Un exemple parmi d'autres auquels réfléchit la direction. Un encadrement qui compte bien s'appuyer sur tous les conseils précis et adaptés que pourront lui fournir l'Inspection du travail ou les différents ministères (Travail, Santé...). «Je peux donner l'impulsion mais j'ai besoin de ces soutiens», reconnaît Ferdinand Feidt.


NEW YORK, NY - MARCH 26: Construction workers build a new tower on March 26, 2020 in New York City. Some construction workers building luxury condominiums are being forced to work in the city by their companies, while across the country schools, businesses and places of work have either been shut down or are restricting hours of operation as health officials try to slow the spread of COVID-19.   Eduardo Munoz Alvarez/Getty Images/AFP
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En attendant, pour garder le contact et informer ses effectifs, Bétons Feidt a décidé d'ouvrir une plateforme ouverte aux seuls salariés de la maison. Pour les renseigner sur les mesures sociales prises par le gouvernement, sur l'activité du fournisseur, mais aussi permettre à tous d'échanger librement. «Le travail, ce sont aussi des relations humaines importantes. Pas question que le virus nous prive tous de cela. Nous sommes 450 dans la société et nous devons rester proches.» L'accès à ce service devrait être ouvert dès cette semaine.

Pas de trous d'air

Pour Ferdinand Feidt, l'heure est aussi aux comptes. Si les mesures de soutien gouvernementales ont été appréciées, elles n'empêchent pas la vigilance sur les finances du groupe. Pour l'heure, il note avec satisfaction que «les liens forts unissant les grands noms du secteur de la construction ont tenu». Sous-entendu, chacun paye ce qu'il doit. Pour d'autres firmes, l'administrateur délégué sait que c'est la survie de l'activité qui est en jeu.

«Il faut donc non seulement que tout le monde règle ses factures pour combler les trésoreries, mais aussi qu'à la reprise il n'y ait pas de trous d'air dans l'activité». Et là encore les autorités publiques ont un rôle à jouer. Ainsi, ne faudrait-il pas que la crise du covid-19 paralyse l'instruction des nouvelles autorisations de construction. Sans quoi les entrepreneurs pourraient manquer de chantiers sitôt achevés ceux en cours et en pause aujourd'hui. «Le secteur a déjà traversé des interruptions de deux semaines, pour intempéries. Mais si cette année, un deuxième arrêt devait survenir, nous l’accepterions bien sûr, mais si le tout devait perdurer, tous les dominos tomberaient.» Et quand le bâtiment ne va plus...

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