Bausch: «Je ne vais pas envoyer de l'argent à Paris»
Bausch: «Je ne vais pas envoyer de l'argent à Paris»
par Thierry Labro
«Si Xavier Bettel est tellement ami avec Emmanuel Macron, il ne devrait pas y avoir de problème!» A la mi-journée, devant le buffet du sous-sol de la Maison du Savoir de Belval, les participants à la conférence sur la mobilité transfrontalière, organisée par le ministre des Transports, n'ont pas encore digéré la prise de bec polie entre deux élus lorrains et François Bausch.
Une fois encore, c'est d'argent dont il s'agit. Le premier, un élu du Conseil général de Moselle, et le second, le maire de Villerupt, Alain Casoni, «invitent» le Luxembourg à mettre la main au porte-monnaie pour accompagner le développement de la partie lorraine des anciennes friches industrielles d'ArcelorMittal.
«Il n'est pas possible que les frontaliers viennent travailler au Luxembourg et repartent sans que nous n'en profitions pas», a avancé M. Casoni, en oubliant de manière délibérée que les frontaliers français dépensent en moyenne 83% de leurs revenus luxembourgeois en Lorraine.
Trente projets concrets soumis à Eckert
François Bausch a l'habitude. Depuis quelques années, les Français reviennent systématiquement avec cette unique question.
«Le gouvernement luxembourgeois a toujours été très ouvert à cette discussion. Mais je ne vais pas envoyer de l'argent à Paris, qui ne reviendra jamais dans la région, vers des projets très concrets qui vont nous aider à favoriser le développement de la Grande Région et la Smart City de Belval!», défend le ministre écologiste.
Le ministre des Transports et l'ex-secrétaire d'Etat français au Budget, Christian Eckert – un élu de la région justement – s'étaient mis d'accord sur une trentaine de projets concrets autour de Belval. «Cela peut aller de l'infrastructure numérique aux pistes cyclables, à la gare, à des sujets liés à la mobilité ou au logement, peu importe, mais il faut que cela soit concret!»
«Je suis disposé à commencer tout de suite et j'attends un retour de l'autre côté de la frontière. Seulement avec les niveaux décisionnels très complexes, ce n'est pas évident...»
Entre les communes, les intercommunalités, les métropoles, les Conseils départements et régionaux ou le niveau étatique, difficile de trouver un interlocuteur.
Bâle a réglé le problème depuis longtemps
A moins de regarder comment la ville de Bâle, en Suisse, a réglé cette question si particulière du développement harmonieux des deux côtés d'une frontière. «Les Luxembourgeois sont venus chez nous, voir comment cela se passe», raconte Frédéric Duvigne, de l'Eurodistrict Trinational de Bâle.
«La vraie question que vous devrez résoudre est: est-ce que les Luxembourgeois sont prêts à payer pour des infrastructures qui soient situées en France ou en Belgique?».
C'est comme cela que la situation s'est engagée dans la ville suisse il y a vingt ans. La coopération du canton de Bâle avec l'Allemagne et la France change de nature pour passer d'une dimension politique à une dimension de projet.
«Après, vous avez eu la coalition au pouvoir dans le canton, socialiste et écologique, qui dit: nous devons trouver comment faire baisser le nombre de voitures dans le centre de la ville.»
Toutes les solutions sont envisagées en même temps mais Bâle décide de lancer un fonds d'investissement, le «Pendlerfonds» qui est abondé pour 40% par les Suisses et pour le reste par les Français et les Allemands. Chaque année, un appel à projets est lancé et des projets sont financés par ce fonds. Cela a permis d'avancer sur de nombreux points.
Aujourd'hui, environ deux à trois millions de francs suisses arrivent dans les caisses du fonds, presque de manière automatique, depuis les recettes des parkings publics.
Un nouveau park and ride en discussions à Longwy
M. Duvigne a aussi évoqué le cas du prix de la ligne de tram internationale. «L'infrastructure était quasiment terminée que les élus n'étaient pas encore parvenus à se mettre d'accord sur le prix du ticket. Les Français payaient un euro pour arriver au centre de Bâle, les Suisses payaient trois francs suisses pour prendre le tram. Sur une ligne, le tarif est désormais de 2 euros.»
Pour cet expert suisse, le problème de Belval est l'absence de collaboration de part et d'autre de la frontière. «Dans notre zone, la ville de Huningue en France et celle de Bâle ont chacune élaboré leur stratégie dans ce contexte en informant l'autre partie, pour pouvoir adapter leur offre. Quand je regarde Belval, je me dis surtout que le Luxembourg a bien travaillé. Pas que c'est un projet transfrontalier.»
Comme il l'a déjà fait avec la Belgique en finançant la construction d'un park and ride et un tarif unique pour les utilisateurs belges du train sur un terrain donné par la commune belge, le ministre a dit discuter avec la commune de Longwy pour un projet de ce type. Il finance aussi les bus transfrontaliers qui ajoutent des capacités à des rames de train surchargées. Signe que le concret est déjà... sur les rails.
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