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ArcelorMittal sort d'une «année difficile»
Économie 4 min. 17.01.2020

ArcelorMittal sort d'une «année difficile»

Le site de Differdange produit des poutres uniques au monde. Un savoir-faire appréciable en plein boom mondial des constructions en hauteur.

ArcelorMittal sort d'une «année difficile»

Le site de Differdange produit des poutres uniques au monde. Un savoir-faire appréciable en plein boom mondial des constructions en hauteur.
Photo: Guy Jallay
Économie 4 min. 17.01.2020

ArcelorMittal sort d'une «année difficile»

Si les sites sidérurgiques luxembourgeois ont tiré leur épingle du jeu, la surcapacité mondiale en acier inquiète le groupe industriel. Les invasions chinoises et la position de l'Europe font donc l'objet d'une veille constante.

(pj avec Marco MENG)  Michel Wurth, président d'ArcelorMittal Luxembourg, n'a pas pris de gants pour exposer la situation économique : «2019 a été une année difficile». Une déclaration faite à l'ouverture de la réception de Nouvel An du groupe sidérurgique, jeudi, à l'usine de Differdange. Il est vrai que depuis une dizaine d'années, l'industrie sidérurgique européenne vit une situation délicate. Mais l'an dernier, la surcapacité de 450 millions de tonnes d'acier sur le marché mondial a entraîné plus de préoccupation encore.

Pour moitié, cette surproduction provient de Chine. Et il faut se rendre compte que cette vague d'acier qui déferle sur le monde depuis Pékin est gigantesque. A titre de comparaison, les usines luxembourgeoises et leurs quelque 3.800 employés produisent juste 2,2 millions de tonnes d'acier par an.

Roland Bastian a souligné les belles réussites 2019 des sites de Differdange, Rodange et Belval.
Roland Bastian a souligné les belles réussites 2019 des sites de Differdange, Rodange et Belval.
Photo: Guy Jallay

Roland Bastian, directeur général d'ArcelorMittal Luxembourg, a d'ailleurs dressé l'état de santé des sites du Grand-Duché. Et ces installations, il faut en convenir, s'en sortent plutôt bien.

Differdange a ainsi établi un record de production l'an dernier, avec 804.000 tonnes produites. L'usine s'est également fait remarquer en fournissant l'acier nécessaire à l'édification de la plus haute tour jamais construite en Russie (21.000 tonnes).


Un jour avec un Couleur-Giesser, Chez Arcelor Mittal, Stahlwerk, Siderurgie, Stahlindustrie a Esch-sur-Alzette, le 06 Decembre 2016. Photo: Chris Karaba
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Rodange, elle, a été retenue pour vendre l'acier nécessaire à la plus grande grue du monde. L'usine de Bissen a, pour sa part, augmenté ses ventes de 5% en 2019. Roland Bastian a également souligné que les sites de Differdange et de Belval faisaient l'objet d'un programme visant à les préparer à l'avenir grâce à la numérisation (amélioration de la chaîne logistique et du processus de production).

Les poutres perdent du poids

De plus, les branches luxembourgeoises d'ArcelorMittal ont développé 27 nouveaux produits au cours des deux dernières années. Des réalisations qui peuvent, notamment, s'avérer jusqu'à 44% plus légères que les produits comparables. «A  Differdange, par exemple, nous fabriquons des produits uniques», explique Thomas Georges, directeur de l'usine. C'est là dont sortent les poutres en acier les plus lourdes et les plus grandes du monde.

La Burj Khalifa à Dubaï, le One World Trade Center à New York, mais aussi le nouveau siège de Cargolux ont été construits avec ces poutres «made in Dudelange». Au vu de l'explosion de l'immobilier en grande hauteur, ces poutres ont donc un bel avenir, semble-t-il.

Reste qu'à l'échelle mondiale, Michel Wurth pronostique un premier semestre 2020 probablement encore difficile, même si, selon Roland Bastian, le marché semble se redresser. Mais à partir d'un niveau très bas. L'achat de l'usine d'Ilva en Italie est également toujours sur la table. En effet, un tribunal italien a déclaré, le 7 janvier, qu'ArcelorMittal disposera de 14 mois pour mettre en œuvre le plan industriel de l'usine. Cependant, il n'est pas certain pour l'instant que l'achat se concrétise au final.  

Cette politique industrielle est absurde

Pour le président d'ArcelorMittal Luxembourg, il serait important que l'Europe fasse front face aux quantités astronomiques d'acier en provenance d'Extrême-Orient. L'Union européenne a en effet augmenté ses quotas d'importation en Chine, mettant les producteurs du continent en difficulté. Arcelor se heurte ainsi à une «politique industrielle européenne incohérente». 

Et de faire notamment référence au refus de la fusion entre la division acier de ThyssenKrupp et Tata Steel en particulier et au système européen d'échange de droits d'émission en général. Le coût par tonne de CO2 produite rend la production européenne coûteuse, alors que l'acier produit en dehors de l'UE n'est pas soumis à une taxe CO2. Cet acier peut donc être importé en Europe à bon marché. «Cette politique industrielle est absurde», a souligné Michel Wurth en espérant que le «Green Deal» de la nouvelle Commission européenne appliquera une taxe sur le CO2 à l'acier importé.


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