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ArcelorMittal Florange: contrat rempli
La nouvelle chaufferie, 5 millions d'euros, témoigne d'une nouvelle prise en compte des sujets environnementaux.

ArcelorMittal Florange: contrat rempli

Chris Karaba / Luxemburger Wort
La nouvelle chaufferie, 5 millions d'euros, témoigne d'une nouvelle prise en compte des sujets environnementaux.
Économie 5 1 5 min. 17.11.2018

ArcelorMittal Florange: contrat rempli

Thierry LABRO
Thierry LABRO
Le 1er décembre, les deux contrats passés avec l'Etat français en 2012 et 2013 sur l'avenir de Florange arriveront à échéance. ArcelorMittal a rempli son contrat. L'inauguration de la nouvelle chaufferie, vendredi matin, offrait l'occasion idéale pour en parler.

Le cimetière est de l'autre côté de la rue, des corbeaux se disputent un ver de terre dans l'herbe fraîche de ce matin d'hiver ensoleillé, mais ArcelorMittal Florange est toujours vivante. Le parking des grands bureaux de la Sollac, un temps menacés de disparition, est presque plein, signe que l'activité est toujours là. 

Seul le nouveau système d'accès par badge électronique au lieu des gardiens témoigne d'une nouvelle époque mais le non-initié pourrait croire que rien n'a changé. 

Six ans après le premier des deux accords passés avec l'Etat français, avec François Hollande et son Premier ministre Jean-Marc Ayrault, sur la mise en sommeil des hauts-fourneaux, «Florange vit, contrairement à ce que disent les chauffeurs de taxi locaux ou d'autres quand on est à Metz...», glisse la directrice du site depuis novembre 2012, Anita Bonnard. «Sur les 629 emplois des hauts-fourneaux, 60 % ont été reclassés sur le site et 40 % ont fait valoir leurs droits à la retraite. Il n'y a eu aucun licenciement. Depuis novembre 2014, nous avons même recommencé à embaucher. Plus de trois cents personnes.» 

Au total, 2.300 personnes – dont 100 extérieurs – travaillent sur le site d'ArcelorMittal à Florange contre 2.000 au moment où la fermeture du site était envisagée par la direction. 

50 % d'investissements de plus que prévu en 2012 

Sur le plan des investissements, le topo est aussi spectaculaire. 

Le numéro un mondial de l'acier s'était engagé à investir 180 millions d'euros sur cinq ans (2013-2018): 270 millions d'euros ont été mis sur la table. Soit 50 % de plus que prévu. 

La différence est due à la nouvelle ligne de galvanisation, 67 millions d'euros et cent emplois supplémentaires, qui produira 600 tonnes d'acier galvanisé à 100 % pour l'industrie automobile. Son démarrage est prévu pour septembre 2019 et sa pleine capacité devrait être atteinte un an plus tard, a indiqué la directrice du site. 

Le maire Les Républicains (droite), de Florange, Remy Dick, a dit espérer que le sujet ne sera pas à nouveau politisé à partir du 1er décembre.
Le maire Les Républicains (droite), de Florange, Remy Dick, a dit espérer que le sujet ne sera pas à nouveau politisé à partir du 1er décembre.
Chris Karaba / Luxemburger Wort

Maire de Florange à la surprise générale depuis décembre 2016, le jeune étudiant de Science-Po (24 ans), Rémy Dick est le premier à s'en féliciter. «ArcelorMittal emploie 2.300 personnes mais au total, 4.400 personnes de ma commune travaillent dans le secteur industriel, sur 12.000 habitants. Nous devons être la première ville industrielle alors que Paris fait de Florange un nouveau Germinal...» 

Depuis la capitale française, l'industrie reste souvent associée à l'image des gueules noires, ces mineurs du nord de la France qu'Emile Zola décrit dans son roman, paru en 1885. «Sauf que l'industrie n'a plus rien à voir avec cela», renchérit son adjoint, qui veille sur le jeune prodige politique avec soin. «L'industrie s'est modernisée et cherche à utiliser les meilleures technologies disponibles.» «Regardez les efforts menés sur le plan environnemental pour avoir des technologies propres», reprend le maire Les Républicains (droite) «Et pourtant, l'image de Florange reste à jamais collée à cette crise. J'espère que la politisation du dossier ne va pas recommencer...» 


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«Nous n'avons pas vraiment le choix», explique à son tour la directrice «Energie» du groupe, Lieve Logghe, qui a fait le déplacement. «Si vous regardez le prix du gaz et de l'électricité et l'état d'esprit des jeunes générations, en tant qu'entreprise, vous ne pouvez que vous diriger vers ces technologies». La Belge, à cheval sur Bruxelles, Paris et Luxembourg, désigne la nouvelle chaufferie inaugurée en ce vendredi matin. «Le site de Florange est un exemple dans le groupe. On veut pouvoir répliquer cet exemple sur d'autres sites, en Belgique, en Espagne ou en Pologne.» 

Pour la directrice Energie d'ArcelorMittal, Lieve Logghe, le prix du gaz, de l'électricité et l'omniprésence des sujets environnementaux invitent le numéro mondial de l'acier à aller de l'avant
Pour la directrice Energie d'ArcelorMittal, Lieve Logghe, le prix du gaz, de l'électricité et l'omniprésence des sujets environnementaux invitent le numéro mondial de l'acier à aller de l'avant
Chris Karaba / Luxemburger Wort

Pour quatre à cinq millions d'euros, le site est le deuxième à être doté d'une installation de pointe après celle présentée à Esch-Belval cet été. La deuxième chaufferie du genre après celle de Belval Le co-investissement avec Delkia, une filiale d'EDF, se traduit par deux chaudières Bosch capables de produire 43 tonnes de vapeur par heure chacune à partir des gaz naturels ou de la cokerie. «Soit 65 GW de gaz et 13.000 tonnes de carbone en moins, l'équivalent de 26.000 foyers standards», détaille Mme Bonnard. 

La chaufferie, mise en service en avril après moins d'un an et demi de travaux – un laps de temps assez cours – s'inscrit dans une série de «petits progrès et de choses plus structurantes, comme l'éclairage des halles de stockage avec des leds, la récupération de chaleur fatale sur le four de recuit ou de galvanisation ou l'utilisation du variateur du gros moteur.» 

«Le défi de réaliser cette chaufferie sans arrêter la production et sans impact sur les ,process‘ est une belle réussite et très efficace en peu de temps», se félicite la directrice du site, tandis que des discussions ont à peine commencé à s'engager avec la commune pour fournir du chauffage à partir de cette installation, comme celle de Belval le fait avec la nouvelle ville et l'université ou comme celle de Dunkerque en fournit à l'hôpital, à la mairie, à la piscine et les écoles de cette commune du nord de la France. 

Ces avancées vont-elles éviter le réveil des héros de la révolution de l'acier de 2012? Non. 

Tandis que l'ex-syndicaliste devenu député européen Edouard Martin a une nouvelle fois étrillé l'absence de politique industrielle de la France à propos de la fermeture d'Ascoval dans le Nord, le leader de la France insoumise, Jean-Luc Mélenchon, et le secrétaire général du syndicat CGT, Philippe Martinez, sont déjà annoncés à Florange vendredi prochain pour donner le coup d'envoi d'une «nouvelle marche de l'acier». En 2012, des salariés du site de Florange avaient rallié Paris en dix jours pour sensibiliser au cas des derniers hauts-fourneaux de Lorraine. 

Car au-delà de la dimension économique que le groupe étudiera à partir du 1er décembre, Florange est devenue le symbole. 

 Symbole d'une industrie et d'une lutte.

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